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J’veux du cuir : bas résille et yeux qui brillent

En ces temps décadents de Grey-mania, un nombre trop important de personnes s’émeut savamment sur le remake bâtard d’un film sorti il y a plus de vingt ans (Neuf semaines et demie avec la superbe Kim Basinger). Revenons donc paisiblement à la sensualité véritable, au doux son de la cravache sur le fessier du destrier, à ce cuir qui s’enfile, se glisse et se lèche. Et qui mieux pour nous en parler qu’un chanteur français à la voix douce comme une berceuse ? L’artiste est rigolo, sa dégaine prête à sourire, les cheveux en (Georges) bataille et le smoking de travers, une dégaine de fils-à-sa-maman qui fait soupirer les ménagères… Puis il chantonne sa coquine fleurette et c’est comme si l’Europe retrouvait la bonne manière de parler Q avec élégance. Alain Souchon sachant chanter, ses mots sont comme des caresses sur des sous-vêtements cotonneux. J’veux du cuir !

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C’est justement pour contester l’image qu’on vend de lui, celle des tabloids et des “fiches cuisine”, que Woody Alain se lance dans un éloge croquant du sexe qui craque. Mesdames, messieurs, les fans et les journalistes, veuillez ne serait-ce que quelques minutes mettre au placard l’acolyte romantique de Voulzy, l’éternel cliché du gendre idéal à la mélancolie amère…Et savourez ce petit air candide et coquin, qui se danse et se clame. Amn’nez les jarretelles, les bas résilles, les sexy dentelles et les talons aiguilles ! Aucun mauvais goût ici. Souchon s’y connaît en imaginaire charnel, il sait que toute représentation de la chair est avant tout une sublimation du corps féminin. Face à ce corps, son corpus est pertinent : il est question de Sade, de gros seins, de gros culs, d’une authenticité perdue. Marre d’être catalogué dans les supermarchés, Souchon veut du vrai, du “vécu”, du vrai cul, du sensuel. À travers ces allégories, une virulente critique de la médiatisation sauvage, de celle qui réduit en deux mots un artiste bien plus complexe qu’il n’y paraît. Allez-vous faire foutre, messieurs les colporteurs de discours prémâchés, c’est justement de foutre que je veux vous parler. 

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En quelques mots, il fait s’emboîter les icônes de la culture pop’porn, des dérives du Marquis aux excentricités de la glam’ Suzie Quatro, des années de petites morts seront contemplées. Le public veut de la drogue, du hard (rock), du sadisme. C’est d’ailleurs non sans masochisme que Souchon se plaît à déconstruire son image, sans totalement renier sa fragilité intrinsèque: les petits jeux polissons qu’il nous propose ne sont pas tant des virées infernales vers l’orgasme qu’un très subtil et poétique (presque rimbaldien) “plaisir des souffrances délicates”. Même quand il est question de XXX, Alain demeure timide, presque confus, il rougit comme la peau sous les coups du fouet. Mais l’entendre chantonner ces grivoiseries a tout du délice. Oui, il “casse son image” et n’en provoque pas moins le bonheur des dames. Et sa parade de se terminer sur un beau “J’ai deux ailes au cul” (G2LOQ) évocateur: le sexe fait planer, il est la porte ouverte à toutes les “envolées” lyriques et à toutes les métaphores.

Plus que de masturbation, c’est une chanson qui traite avant tout de la création. Le pouvoir pervers que possède un chanteur, celui d’instaurer un univers, de le démonter, d’élaborer des images-choc ou chic avec trois bouts de ficelle, de s’amuser avec les mots comme un gosse rigolard, de se noyer dans ses fantasmes pour, le temps de quelques minutes, devenir un autre et célébrer les extrêmes de “ce plaisir qu’on dit charnel”.

 

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Avec cette jolie blague potache, Souchon rend hommage aux paillardises de son grand maître à penser : Georges Brassens. Que l’auteur du Blason se rassure là où il est, sa voix ne s’éteind pas, la femme n’en est que plus belle, ses formes se dessinent au fil des paroles et le tout est aussi gaiement provoc’ que finement tissé, comme de la soie. Au fond, quand bien même il rêve d’énormes lunes appétissantes (mais du vrai de chez vrai, désolé Kim) et d’obus à la Russ Meyer, Alain s’adresse toujours à son auditoire favori, celui qui a mûrit avec lui, ces femmes au foyer qui ont peut-être un peu déchanté depuis et rigolent à l’écoute de ce tube qui leur est également dédié. Ce “vécu”, c’est celui de la femme qui a su parcourir les années et dont la beauté ne s’est pas fanée, celle qui souhaiterait juste un peu plus de jambes en l’air et d’orgasmes sévères. Peu importe sa situation actuelle, Alain l’aime et veut juste un petit peu la faire mouiller, l’ennivrer. Et ça a quand même plus de gueule que les farandoles de son pote Julien Clerc, autre chevelu devenu quadra à la guitare sèche.
Loin des touche-pipi futiles, Souchon célèbre, mine de rien, la MILF au physique brut. Et le cuir qu’il chante et qui nous enchante.

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