Nuru Massage : massage à caractère pornographique

J’arrive, attendez-moi. Nous allons nous connaître. Préparez votre temps, pour vous j’ai tout le mien…

(Message personnel, Françoise Hardy)

Le nuru massage naît au Japon et se définit, tout simplement, comme l’extension plus explicitement érotique du massage traditionnel. La professionnelle qui vous prodigue tant d’actions attentionnées retire enfin ses vêtements : le regard est alors aussi éveillé que les sens. Si pour Tarantino l’excitation ultime revient à malaxer les pieds d’une demoiselle, le contact de deux corps se fait ici plus organique. Les fines mains de la masseuse touchent subtilement le dos huilé du client, caressent et pétrissent, mais ne s’arrêtent pas en si bon chemin, en osant toucher du doigt son sexe fièrement dressé. Plus qu’une simple déviation libidineuse, le nuru massage nous raconte une histoire, de celles-là même qui font perdurer le Grand Livre du Kamasutra.

Avant tout, le Kamasutra était le guide des amants riches et de leurs courtisanes, une expérience de couple à vivre pour toucher du doigt une forme de maîtrise passionnelle. Le massage façon Eros peut ainsi se concevoir comme un discours sensuel visant à éduquer son public et à l’initier aux subtilités de la séduction. Une invitation à la pureté. Entrez. Ne soyez pas timides. La masseuse vous enseignera l’Art de Vivre.  C’est une oratrice, ses gestes composent un récit progressivement narré. Loin des tracas du quotidien, votre corps devient un objet soigneusement poli, chéri, noyé dans un bain chaud, recouvert de gel, terrain de caresses et de frottements intimes pour la douce qui frictionne ses membres sur les vôtres. Par définition, « Nuru » équivaut à « slippery”, c’est à dire à ce qui est lubrique mais surtout glissant, lisse, graisseux, ainsi que le devient le corps du mâle enduit de la pommade magique. Ces images sont celles d’un culte des corps, non pas des corps athlétiques et érigés comme des statues, mais des corps offerts, trempés, appaisés et jamais brutalisés, acteurs pacifiés de l’empire des sens, sous l’emprise de la douceur féminine. Comme c’est le cas pour beaucoup d’expériences porno japonaises, les actions importent moins que les parties du corps, devenu fétiche et oeuvre d’art.

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La friction délicatement assénée représente l’aspect le plus important de cette pratique : l’attente. Il faut être patient pour goûter à l’orgasme, évidence trop ignorée des traditionnelles vidéos pornographiques, où le passage à l’acte débarque avec ses gros sabots. Vêtements lentement retirés. Premier face à face sous la douche. Premier échange de regards et de tendresses. Vue et toucher ne font qu’un, comme jamais. Fait évocateur, les vidéos de nuru massage ne sont pas noyées sous un gloubiboulga musical, le climax émotionnel ne sera pas ponctué d’une overdose sonore, tout n’est que sérénité et silence, à peine brisé par le bruit de l’eau qui coule, les soupirs de joie et les glissades coquines sur les parties intimes. Le nuru massage suggère plus qu’il ne montre et là réside son impact sensoriel, cette impression de ressentir chaque toucher, chaque tremblement, au fur et à mesure que la pression augmente et que l’érection se fait douloureuse. Mais pas de pénétration ici, messieurs et mesdames, juste l’essence thérapeutique de l’amour, éphémère comme un haiku. Et la beauté toute simple des seins mouillés, de ce qui dégouline, de ce qui se frotte, de ce qui fait sprotch. Avis aux dévorateurs, ici on déguste, on savoure, qu’il s’agisse de la chaleur de l’eau ou des sexes mis en bouche.

La patience est à la base des écrits indiens de l’amour charnel, qui ne sont pas une célébration de la frénésie sexuelle mais un appel à l’apaisement et à la modération érotique, le bienfait naissant du bien-être. En cela, comme le Kamasutra, le nuru massage emprunte ses saveurs particulières à l’art de la rhétorique antique, c’est-à-dire une impeccable compréhension du langage, un emploi réfléchi des gestes et la garantie d’une dynamique entre deux êtres. Ce que propose le nuru massage ce n’est rien de moins qu’une interconnection, une symbiose à la fois physique et spirituelle, où chacun désire l’autre et savoure la netteté de ses mouvements. En fin de parcours éclate la jouissance, l’union terminale : le yoga, aboutissement sensitif, psychique et spirituel, terme philosophique depuis devenu tag parfait. Car il est bien question d’union libre. A travers les nombreuses playlists de vidéos, ce va-et-vient entre deux anatomies prend les traits d’un événement culturel : l’américain standard y côtoie l’irrésistible asiatique, échappée d’un rêve oriental, ce qui n’est pas sans évoquer les songes des voyageurs d’antan, captivés par les exotiques concubines. La tension sexuelle et la pelletée de fantasmes propres au nuru renvoient son spectateur à l’iconographie des harems et à leurs bonheurs vaporeux. A ce titre, on ne peut guère oublier l’un des classiques de ce sous-genre, mise en scène éclatante de l’intrépide Asa.

Le nuru massage, qui n’est pas sans rappeler une mémorable prestation de Mimi Rogers, nous invite à quitter la pauvreté moderne pour mieux nous enfuir vers quelques terres ancestrales, au-delà des cams et des exubérances contemporaines. Vers une sorte de simplicité perdue. Et de paix retrouvée. Ailleurs.

Je n’ai plus vraiment toute ma tête…et je suis loin d’ici, oh, je suis loin d’ici…je ressens la pluie d’une autre planète…d’une autre planète.

Amoureuse, Véronique Sanson.

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