Le Bon Fap

Nicolas & Bruno : interview à caractère pornographique

A l’occasion des 30 ans de Canal, la chaîne du ballon et du boule, Nicolas & Bruno, les créateurs du cultissime Message à caractère informatif sortent Message à caractère pornographique — à la recherche de l’ultra-sex, une version longue et en roue libre de leurs détournements avec des extraits de film de l’âge d’or des films scénarisés et infappables. En bon gros fans hardcore des délires de Berthier et de sa pornstache, on ne pouvait pas passer à côté de partager un délicieux café allongé avec eux.

Comment vous avez vu tous ces porn, est-ce qu’il y avait un docteur es-porno pour vous conseiller ?
On avait fait le Message à caractère informatif sur Canal en 98-2000. On avait commencé à travailler avec une documentaliste, et assez rapidement on s’est rendu compte qu’il fallait de la matière, on est donc passé d’une documentaliste à quinze, vingt, vingt-cinq dans le monde entier. Pour le porno, on s’est dit qu’on allait mettre en place une charte hyper précise avec des périodes très définies, en gros l’âge d’or 1975-1995. On est allé voir des spécialistes comme Henri Gigoux – qui s’occupe de la programmation des films de boule sur Canal depuis 25 ans – qui nous a mis en garde: “les gars vous pourriez mettre 3 vies à tout regarder donc ciblez à mort”.

On a donc rencontré François Cognard, un des fondateurs de Starfix, passionné de cinéma parallèle et de cinéma porno, Jo Khalifa du Club 88 et les mecs de Nanarland. On savait que ces trois allaient comprendre ce qu’on cherchait. Il faut savoir que humour + film de cul + détournement de comédie, c’est nul pour nous. C’est le premier degré qui nous intéresse dans l’histoire. Le second point c’est qu’on voulait avoir des perles totalement inconnues, c’était un peu la recherche du WTF.

Au début on voulait détourner un seul film, une seule perle porno, un peu comme Woody Allen avec Lily la Tigresse ou René Viénet avec la Dialectique peut-elle casser des briques ?. On a une culture porno très pauvre et quand on a commencé à voir tous ces films de cul des 70s avec des mecs à poil en train de conduire des vaisseaux spatiaux ou des films japonais, on s’est dit qu’on devait montrer ça aux gens. On s’arrêtait pas d’en regarder, on en a vu 2500 en 4-5 mois.

Vous les regardiez comment ? Vous vous touchiez un peu ou pas ?
On était tous les deux à côté et on se montrait des trucs en répertoriant les films avec un système de fiche. Au final, on a retenu 150 films, soit 200 extraits. On a mis en place une technique : on a sorti une photo par extrait, on avait 200 photos par terre avec potentiellement une séquence derrière et on s’est dit qu’on allait faire une histoire avec ça. On a construit notre histoire par terre, avec une enquête et une quête dans l’espace. On a mis en place une vraie histoire avec un début et une fin, des personnages, des champs / contre-champs dans des films différents, un mec dans un film de 82 qui parle avec une nana dans un film allemand de 95.

On a aussi utilisé le fait que c’est un petit milieu, qu’on y retrouve souvent les même acteurs et qu’on pouvait les suivre pendant une heure à travers plusieurs films. Des mecs comme Peter North ou Mike Horner (notre grand chéri, le Monty Python du cul), ils peuvent jouer autant dans Cro-Magnon que dans l’espace, ils ont toujours le même brushing et la même gueule.

A quoi pouvaient bien servir ces porn à l’époque ?
Les gars, quelle est l’utilité de ce film ? Que veut dire cette séquence ? Pourquoi imaginer toute cette histoire beaucoup trop longue avec des rollers et des gens qui ne savent pas en faire et encore moins baiser avec ? Quel est l’objectif ?” C’est assez curieux et c’est là où ça devient magique et génial. Y’a plein de mecs qui se sont dits : pourquoi on ne pourrait pas faire des films d’aventures, des grandes fresques, avec des enquêtes, des planètes, des sabres lasers et à un moment le mec se ferait sucer la bite en très gros plan en 35 mm ? Qu’est-ce qui interdit ça ? C’est quoi le cinéma normal ? C’est juste un cinéma qui est régit aussi par la censure.

On a déterminé deux périodes dans cet âge d’or, 74-85 (avec l’arrivée de la vidéo). Avant on faisait appel aux techniciens du cinéma classique, ça donnait des choses très bien, on pense notamment à Devil and Miss Jones. On a fait un voyage dans toute cette culture qu’on ignorait complètement. Puis 85-95 (avec l’arrivée d’Internet). Y’a aussi un changement dans les corps : disparition des poils, réfection des seins puis facilité de tourner avec la vidéo. Après 95, disparition totale des poils, les mecs disparaissent, on filme plus que les meufs : en fait c’est quand même gênant de se branler et d’éjaculer pile au moment où on voit un gros plan de moustachu, donc les réa et producteurs ont enlevé ces plans. Puis en 94 on va demander aux gonzesses de regarder la caméra. On a vu arriver les premiers regards caméra, le one-to-one qui est complètement interdit au cinéma ! Là y’avait une vraie révolution. Tout ça était absolument passionnant.

Avec l’explosion du gonzo, est-ce qu’on arriverait encore à faire un détournement avec les images des années 00s ?
Y’a plus de fiction, y’a plus de narration, y’a des sketchs, des petits modules. C’est ce que racontait Ovidie, aujourd’hui l’attention sur Internet c’est trois-quatre minutes sur un truc de cul, donc faire des films d’1h30 paraît complètement dingue. Nous on est devenu des sortes de spécialistes de cette période mais on arrête tout en 95, après c’est vous qui prenez le relais les gars, c’est votre spécialité.

Au départ c’était vraiment artisanal, puis on a vraiment vu l’évolution de cette industrie, et après 95 on arrive dans l’industrie de service.

L’excellent bouquin The Other Hollywood s’arrête d’ailleurs en 95.
Il est génial, on l’a lu cet été. On a regardé tous ces films, on s’est dit “mais combien de films ont-ils tourné ?Amber Lynn et Peter North, combien de films ont-ils pu faire ensemble ? Ils ont fait au moins 70 films ensemble ! Est-ce qu’ils s’aimaient, est-ce qu’ils ne s’aimaient pas ? Et Francois Cognard nous a parlé de ce bouquin et effectivement on retrouvait tous nos copains avec des histoires démentes et épiques.

C’est une période où y’avait de l’argent, c’était tenu par la mafia, tout le monde était chargé à bloc….
Quand tu vois 300 films du même mec, t’es avec lui. Tu vois les périodes, tu vois qu’il a maigri, qu’il a les pupilles très très dilatées… (rires). Notre seul lien avec le post-95 c’est vous et Henri Gigoux qui maintient en perfusion un cinéma traditionnel porno de tradition française avec un scénario.

Est-ce qu’il n’y avait pas déjà une tentation à l’époque du Message à caractère informatif de le faire basculer dans le NSFW ? Quand on était ado, quand on regardait un film de cul, on le détournait, c’était une évidence.
C’est une des particularités de notre boulot sur le détournement, ça reste ultra bricolé. On est resté enfermé pendant 8 mois quasiment tous seuls à faire nos conneries, c’est ce qu’on faisait aussi pour le Message à caractère informatif ou quand on était en seconde et qu’on passait nos mercredis dans notre salon à détourner des films de cul. On a commencé par ça en fait.

Vous ne regardez pas de porno pour votre plaisir ?
C’est pas dans notre culture, nous, on est des petits bourgeois de Versailles donc y’a une sorte de pudeur. Ou peut-être c’est un réflexe différent suivant les générations. C’était d’autant mieux car on était complètement “vierges” et on a découvert ça comme un océan de perles.

Est-ce que 30 ans après, « l’esprit Canal » est-il toujours là ?
Oui. Il y avait un truc complètement fou avec Alain de Greef et Bruno Gaston, une sorte de liberté mais vraiment réelle. Ils nous ont proposé de faire un truc quotidien à Nulle part ailleurs, 15 jours avant l’antenne et on envoyait nos K7 tous les jours et personne ne regardait ce qu’on faisait — ils diffusaient en direct. Il y avait cette espèce de liberté de confiance qui était assez énorme. On se moquait assez de cet “esprit canal” mais on faisait ce qu’on voulait.

Et là on a vraiment retrouvé le même esprit avec la carte blanche que nous a donné Arielle Saracco [directrice du pôle créations originales du groupe Canal +], le même esprit de liberté et de proposition. C’est assez unique de proposer à deux crétins de bosser pendant 6 mois à regarder 2500 films et faire n’importe quoi dessus. Y’a que Canal qui peut proposer ça.

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Et vos projets maintenant ?
On a trouvé ce qu’on voulait faire comme métier : doubler des films de boule vintage dans des studios. On veut faire ça toute notre vie. On a un autre projet, c’est de faire une version longue d’1h20 du Message à caractère pornographique – A la recherche de l’ultra-sex et la sortir au cinéma. On veut renouer avec cette tradition de mater un film de groupe en groupe.

Ce soir on fait une grande avant première publique au Palais de Tokyo devant 500 personnes et ensuite, Symposium : le Film de boule, bilan et perspective, animé par Fred Tousch, avec Gerard Kikoïne et François Cognard, des performances surprises d’artistes contemporains. Il va y avoir Virginia Vulve qui va faire une performance, dégustation de porn food avec la chef Marion Proust et la blogueuse Cecile Cau : carpachatte, meli-melo de clito et d’anus, royale de moule, tarte au cul, des petits biscuits (qu’on va pouvoir tremper). De 19h30 à 23h et on risque de bien s’amuser.

 Première diffusion dimanche 9 novembre à 00h10 sur Canal +

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