Carpenter Brut : « Il y a des black metalleux qui pleurent sur du Tears For Fears »

Mes coups de cœur musicaux sont de plus en plus rares. Mon âge avancé et la morosité ambiante font que je chéris précieusement ces découvertes qui viennent bousculer mon oreille blasée. Carpenter Brut fait partie de ces sursauts récents. Associant habilement une imagerie sombre aux inspirations multiples (satanisme, Lovecraft, slasher movies, etc.)  à une musique électro burnée typée 80’s, Carpenter Brut s’affirme en deux EP comme le pendant pervers et sulfureux des Kavinsky, Justice et consorts. Entretien avec l’artiste qui officie sous le doux de nom de Carpenter Brut.

Tu assumes t’être lancé dans l’électro sur un coup de tête sans compétence initiale dans le domaine. Comment compose-t-on ex-nihilo quand on débarque en noob complet ?
Comme on peut. Au début on copie ceux qui te font kiffer et puis au fur et à mesure tu te trouves un style que t’essaies d’améliorer. Et après tu tournes en rond, et tout est nul, alors tu tentes autre chose et d’une certaine façon tu repars à zéro, et donc forcement au début c’est mauvais et puis ça s’améliore… Bref c’est sans fin. Mais ça reste fun.

C’est en rematant pour la quinzième fois le clip de « Le Perv » que je me suis dit qu’il fallait t’interviewer pour le Tag. Ta musique a un vrai kick « sexy» et les images que tu as choisi pour illustrer ce titre sont sans équivoque. Le cul fait-il partie de tes sources d’inspiration quand tu composes ?
Pas du tout. J’en ai même plutôt rien à foutre. Mais par contre j’aime l’idée que les gens puissent péter un plomb en écoutant ma zik. Du coup, le cul peut faire partie de leurs délires. Et puis musicalement je trouve qu’un morceau a une musicalité plus intéressante quand il sonne « cul ». Le groove, les bpm, etc. La funk m’intéresse plus que l’indus berlinois de 93 par exemple.

Les metalleux, et plus principalement, les black metalleux, se découvrent une passion soudaine pour l’électro typé 80’s. Il est désormais de bon ton de se dandiner sur du LAZERHAWK ou PERTURBATOR (ce dernier reprend les codes esthétiques du heavy au profit d’une musique qui n’a a priori rien à voir avec eux). Je mettais ça sur le compte de la démocratisation de l’usage de MDMA en soirée goth mais ça a l’air plus profond que ça. Que penses-tu de cette tendance, en tant qu’artiste électro au background metal ?
Je sais pas trop pourquoi beaucoup de metalleux se mettent à ça. Et c’est pas parce que vous découvrez ça que maintenant que leur passion pour cette musique est soudaine. Tu trouveras peut-être même des black metalleux qui pleurent sur du Tears For Fears. Mais c’est peut-être parce que c’est quand même plus simple de gérer ce type de projet plutôt qu’un groupe complet. T’es tout seul à composer donc tu te prends la tête qu’avec toi même, t’attends pas ton bassiste ou ton batteur pendant des heures vu que tu ne répètes pas. Tu ne pars pas en camion à huit. Tu ne joues pas pour que dalle, et tu dors à l’hôtel. Si tu rajoutes à ça le côté « madeleine de Proust » ça expliquerait peut-être pourquoi certains s’y mettent. En tout cas je fais confiance à la presse et aux zines pour rendre tout cela ringard dans un an, au profit d’une nouvelle tendance à la con.

Au-delà des artistes, comment analyses-tu qu’une bonne part du public “metal” semble s’enthousiasmer pour l’électro rétro pourtant loin de cette sphère sur des critères purement musicaux ?
Aucune idée. Je pense que quand t’écoutes du metal, t’es quand même foutu d’écouter et d’apprécier autre chose. Est-ce qu’il y a une boucle qui se crée entre les metalleux, les geek, les gamers etc et que du coup au milieu tu retrouves cette musique, qui est une sorte de mélange de toute cette culture ? En tout cas le point commun de tout ça, c’est le fun. Aller dans un pit, c’est fun, collectionner des conneries, c’est fun, jouer à un jeu video, c’est fun. Et l’électro rétro, c’est fun aussi. C’est la Outrun, la poursuite de bagnoles la nuit, c’est Hotline Miami, tu défonces tout et tout le monde, c’est gore, c’est marrant quoi. Et ça se prend pas au sérieux. Les gens en ont peut-être plein le cul des cinq fruits et légumes par jour. Maintenant tout est quadrillé, tu ne fumes plus aux concerts, t’as des barrières partout, sur tout. Le fun a disparu, mec. Maintenant la fête, tu la fais, sponsorisée par Monster ou Red Bull et leurs hôtesses le cul à l’air. T’as Busy P sur des pack d’Heineken et t’écoutes toute la merde avec des casques Beat. Wow. Je ne trouve pas ça fun. Bref, ça répond peut-être pas à ta question, mais c’est peut-être un élément de réponse quand même. Je pense que les gens se font chier… Pour de vrai.

À de rares exceptions (MYSTICUM, DODHEIMSGARD et quelques plans bâtards de PESTE NOIRE), j’ai toujours trouvé que le mélange entre musique électronique et metal extrême était très casse-gueule. Quel est ton avis sur la question ? Envisages-tu à l’avenir de métisser CARPENTER BRUT ou vas-tu rester dans une optique similaire à celle des deux premiers EP ?
Pareil, quand l’électro rencontre les guitares saturées c’est rarement réussi. Si tu rajoutes à ça un chant « hip hop » tu peux tout de suite sortir la bassine. Hors de question que je touche au metal avec Carpenter Brut, le projet reste électro, mais j’utilise mon background rock pour composer. Donc effectivement mon son ne sonne pas et sonnera surement jamais comme du Gesaffelstein par exemple, parce que je sais pas faire, que c’est pas ma scène, que j’ai pas grandi en écoutant de l’électro et que donc je pense pas qu’un jour je me retrouverai dans cette scène là, avec ces mecs là. Mais malgré tout, dans ma tête, je fais de l’électro et ça doit rester comme ça. Après j’essaie pour le troisième EP de changer un peu, même si ça reste du Carpenter. Il sera plus « happy » et moins « violent ». Y’a pas de « Le Perv » ou de « Roller Mobster » bis dedans. Je vois pas l’intérêt de refaire la même chose. Donc certains seront déçu, d’autres vont préférer, bref, la même merde habituelle quoi.

Peux-tu nous raconter un peu l’histoire du teaser pour le deuxième EP avec cette fille sortie d’un autre monde ?
J’ai deux potes, réalisateurs, et frangins, qui sont aux États-Unis. J’ai bossé sur la zik de leur moyen métrage Father And Son qui sort je sais pas trop quand. A l’époque, on s’était dit qu’un petit trailer pour le deuxième EP serait cool. Ils avaient casté une actrice qui s’est désistée et au dernier moment l’agence leur a envoyé Rashontae. Parfait, merci les gars. Elle est Miss Michigan 2015 depuis. Je suppose que ça marche pareil que chez nous, elle finira donc peut-être Miss USA. Haha.

Tu peux te targuer d’avoir opté pour un nom de « groupe » qui claque. CARPENTER BRUT. L’hommage à Jean Charpentier est transparent mais quid de « BRUT » ? Concrètement j’imagine un Manuel Ferrara en chemise canadienne prêt à sortir sa grosse buche…
En fait ça vient du champagne Charpentier Brut. C’est tout.

John Carpenter fait partie de ces réalisateurs qui divisent radicalement les cinéphiles. Quand certains crient au génie, d’autres lui reprochent d’être surestimé. Personnellement j’ai toujours été très emmerdé vis-à-vis de son cinéma. Le mec est capable de pondre des chefs d’œuvre comme The Thing ou Halloween et de se commettre dans des immondices type Vampires ou Los Angeles 2013. Sans parler de L’antre de la folie ou Prince of Darkness qui m’ont énormément frustré alors que je ne demandais qu’à les aimer. Pourrais-tu me décrire ce qui fait que tu apprécies Carpenter ? Quelles sont ses plus grandes réussites à ton avis et au contraire, où a-t-il merdé ?
Déjà je fais partie de la catégorie de ceux qui pensent que c’est un génie. Même si c’en est pas un. Tu parles de Vampires. Dans la version DVD collector y’avait un livre avec une longue interview de lui. Ça doit être le seul bouquin que j’ai lu de ma vie. Ce gars là, il a au final, tout fait tout seul, vu que tout les studios le renvoyaient se faire mettre. Et il leur rendait bien. Et comme tous les studios sucent que quand il pleut des dollars, ça expliquera pourquoi Los Angeles 2013 est une merde alors que le New York 1997 est fabuleux. Ils ont dû lui filer un peu trop de pognon et donc lui dire un peu trop quoi faire. Comme quand un label te file une grosse avance, c’est plus toi qui décide. Carpenter, il n’est jamais aussi fort que quand il envoie l’establishment se faire foutre, qu’il est indé, qu’il a 400 balles pour faire un film. Et puis bon Halloween, The Thing, New York 1997, They Live, le mec a créé des mythes.

Interracial

Interracial Brut

Je lisais ton interview pour Fier Panda où tu disais être plus branché slashers US old school que films d’horreur italiens. Je pense faire partie de la même école. Les productions d’Argento, Fulci et compagnie, malgré leurs qualités esthétiques indéniables m’ont toujours pompé l’air. Ces dernières années, on a vu pas mal de remakes arriver (Freddy, La colline a des yeux ou plus récemment Maniac ou Evil Dead). Elles t’ont inspiré quoi ces resucées ? Quid des deux Halloween façon Rob Zombie ?
J’ai pas pris le temps de regarder ces films. Je pars du principe con que ce qui est fait n’est plus à faire.  Cette vague incessante de remake n’arrive même plus a cacher le peu d’inventivité dont fait preuve le cinéma actuellement. Il ne se crée plus rien. On surf sur de la licence de comics ou des remakes à la pelle. Je me fait chier, c’est tout ce que j’en ressors. Je ne comprends pas pourquoi dans les années 80 on a eu Star Wars, Indiana Jones, Retour vers le futur, Robocop et j’en passe des milliers, et qu’actuellement personne ne soit capable de créer des personnages, des sagas, de nouveaux univers, et qu’on recycle (mal) les trucs cools vieux de mille ans….

Question classique, si tu devais faire la BO d’un film porno, quel type de matos aimerais-tu illustrer musicalement ? Gonzo hardcore, amat crado, vintage velu, grosse prod scénarisée ou carrément autre chose ?
Un snuff tant qu’à faire. Ou alors un dessin animé pour enfants, ceux où ils apprennent les couleurs, les chiffres et les lettres.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?
Je me suis remis un peu dans le Hard Core de la bonne époque. Sick Of It All, Madball, Terror, etc. Ibrahim Maalouf, j’aime bien le côté Morricone dans son dernier album, j’écoute aussi le dernier Comeback Kid… Et puis gloire éternelle à Wovenhand qui est quand même pour moi le seul artiste qui me fait cet effet. Mystique. Et puis ce putain d’EP III aussi, qui me fatigue…

Tu as déjà fait deux show avec Carpenter Brut. Y-a-t-il un endroit en particulier où tu aimerais faire résonner tes morceaux ? À quoi doit-on s’attendre lors d’un de tes concerts ?
Honnêtement j’ai pas de préférence pour les lieux. J’ai pas envie de me foutre dans des coins misère non plus, juste pour dire « je l’ai fait ». Pour les concerts on essaie de faire quelque chose d’intense et physique sur une heure, mais fun en même temps. On aimerait que les têtes des gens explosent comme dans Scanners de Cronenberg. Silver Strain prépare de la vidéo aussi, bien fun. Je pense qu’on va bien se marrer.

3 commentaires Voir les commentaires

  • Les black métalleux sont juste des personnes de goût voilà tout.

  • Ça se touche un peu trop dans les questions et les affirmations qui servent à rien, mais y a quand même plein de trucs cools.

    Et ça confirme cette grosse tendance de la scène metal et -core qui cherche à produire et écouter sa propre électro. Et pour le coup je pense que ça vient surtout du fait que la plupart des mecs dans cette scène aiment Carpenter, Argento, les Goblins, Romero et tous ces trucs et que cette musique leur renvoie ça dans la tronche, avec des grosses basses qui attaquent.

Laisser un commentaire