Domiaddict : le porno gay français qui repousse les limites

Face à un porno gay français saturé de productions mettant en avant des minets, Citebeur continue de proposer un x plus bestial, plus brut. Consciente que les trips évoluent et qu’une seule thématique peut s’avérer lassante sur la durée, la boîte de x amateur (et leader du marché gay) s’est diversifiée : aux fameux lascars de té-ci se sont ajoutés d’autres sites (appelés « sites cousins ») comme Sketboy (spécialisé comme son titre l’indique dans les plans skets et panards) et surtout Domiaddict. Ce dernier, qui porte le nom de son réalisateur / personnage, est sans aucun doute ce que l’on a pu voir de plus couillu et de plus fou dans le x gay hexagonal depuis des lustres.

J’étais tombé sur le site de Domiaddict en explorant la filmographie de Ridley Dovarez : des longs-métrages scénarisés, très bien réalisés, oscillant entre sexualité SM hard qui titille et cauchemar éveillé (le film Schizo avec la pornstar Jordan Fox avait par exemple pour personnage principal un serial killer dominateur tour à tour drôle ou tétanisant tandis que Sadik mettait en scène un jeune gay se faisant enlever et transformer en esclave sexuel jusqu’à l’avilissement le plus total) . Du porno définitivement pas sage qui joue avec les limites de celui qui le regarde. Domiaddict a suivi de près et a participé à ces projets avant de se lancer en solo avec son propre site sur lequel il joue davantage la carte du porn amateur. La première fois que l’on découvre ses vidéos, on reste franchement sans voix. Même quand on a l’habitude de regarder de temps en temps des trucs hard. Je me disais qu’après avoir maté un certain nombre de scènes de Bound in Public ou Men on Edge (du site Kink) j’étais vacciné. Je me trompais. La force de Domiaddict est que tout dans ses productions sonne extrêmement vrai. Bound in Public, on sait que c’est parfaitement orchestré, mis en scène, que ça relève de la pure performance. Domiaddict joue nettement plus avec la frontière fiction / réalité : les textes de présentation des scènes sont volontiers brutaux, jouant allègrement sur la dégradation des modèles passifs ; dans la plupart des vidéos un appel à participation est lancé pour les soumis amateurs désireux de tenter l’aventure ; son compte Facebook, très hard, voit tout un tas de lopes s’agiter autour de ses publications quand elles n’achètent pas un de ses maillots pour le plaisir de « se faire pigeonner »…

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Que voit-on au juste dans ces scènes ? De la domination-soumission extrême. Les mecs viennent se faire « loper », transformer en « bâtard », rampant au sol ou se déplaçant à 4 pattes, expérimentant le dogtraining, le larbinage ou succombant aux plaisirs masochistes. A première vue, excepté le port de la capote obligatoire, les limites sont peu nombreuses : violence cérébrale ou physique, insultes à gogo, uro, fist, exhibitionnisme poussé, mise à dispo… J’ai vraiment vécu cette découverte comme un tour de Grand 8, avec le confort d’être juste devant un écran (ce qui ne m’a pas empêché d’être choqué, d’avoir parfois la nausée, de crier… et aussi d’être excité). Qu’on pratique ou pas ces trips, le site a un énorme pouvoir de fascination car il dépeint la sexualité gay la plus hard, ses zones les plus dingues et les plus sombres, avec une précision jusqu’ici jamais vue en France. J’en avais parlé sur mon blog perso, à la fois intrigué et sur mes gardes. Je m’interrogeais sur les conditions de tournage, je m’inquiétais pour les soumis qui donnaient l’impression de subir parfois un véritable calvaire. Est-ce que tout ça n’était pas un peu trop gravos, trop extrême, dangereux pour les petits mecs potentiellement paumés venant tenter l’expérience face caméra ? A peine la mise en ligne de mon billet et ses réserves publié, je recevais un mail de Domiaddict qui souhaitait échanger avec moi et « mettre les choses au clair ». Depuis, j’ai eu l’occasion de faire une interview de lui et ai même été invité à découvrir « l’envers du décor » en allant assister à l’un de ses tournages et en rencontrant ses modèles réguliers le temps d’un week end à Nice (tout est produit là-bas).

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Je dois avouer qu’en rencontrant l’homme derrière le personnage j’étais assez impressionné. Le mec est brut de décoffrage, en impose. Il n’excelle pas dans le rôle de maître dominateur pour rien. Mais il est loin d’être aussi premier degré qu’on pourrait l’imaginer. Si bien sûr il filme des trips qui l’inspirent, l’homme derrière Domiaddict a une vie normale, travaille dans un bureau, et, il insiste là-dessus, des valeurs. « Comme pour tout site relié à Citebeur, tout est safe. On ne fait pas de sans capote, je ne mets pas en danger la santé des mecs qui participent ». Il ne faut pas lui parler de « modèle porno » quand on évoque les garçons : « On fait du cul, on est pas à Hollywood ! ». S’il veille à travailler la forme et que certains tournages en extérieur ne manquent pas de plans intrigants magnifiant des lieux abandonnés ou désaffectés, ce qui l’intéresse c’est de montrer la réalité des rapports domi-soumis comme les gays qui en sont les adeptes les pratiquent aujourd’hui. Ce désir d’une sexualité plus hard, il l’a observé depuis quelques années. « C’est devenu quelque chose d’assez courant. Tous les mecs sont travaillés par ce côté rapport de force ». Dans un premier temps, l’entrepreneur nicois a créé dans sa propre ville un sexclub, Le Code (où beaucoup de ses scènes sont tournées – pratique !). A force de voir sa clientèle s’élargir, de constater l’afflux de vidéos sur ces thématiques hard sur les tubes, il a décidé de donner naissance à son propre label porno.

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Le fait d’être le patron d’un sexclub hard fréquenté par une clientèle fidèle et quelques personnes attirées ou faisant déjà du x l’a aidé à mettre sans mal en chantier ses premières scènes avec une équipe de confiance. Il a notamment trouvé en Justin, son jeune barman et ami, un de ses participants les plus emblématiques. Ce garçon adorable aux traits lisses livre des performances assez hallucinantes dans les vidéos où il se fait prendre en main : dogtraing, mollards, coups de fouet, rasage, la tête dans les toilettes… Quand on lui demande si tout cela n’est pas difficile à assumer quand on a à peine une vingtaine d’années, s’il n’a pas eu peur de se dévoiler dans des situations pareilles devant une caméra, il répond, posé et souriant: «Non pas du tout. Je suis très à l’aise avec ma sexualité, j’assume. Et puis, la caméra et le montage exagèrent et renforcent les situations. Je n’ai pas forcément cette sexualité-là dans ma vie de tous les jours mais ça m’amuse d’essayer des choses, de réaliser des fantasmes pour le site. J’ai totalement confiance en l’équipe, ce sont mes amis. Domiaddict ne me fera jamais faire quelque chose qui ne me plaît pas. On reste dans un jeu de rôle ».

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S’il cultive l’ambiguïté avec ses fans sur Facebook, Domiaddict confirme qu’il s’agit bien de plans réels mais complètement consentis et globalement pré-établis à l’avance. Les aspirants soumis du site, débutants ou confirmés, sont choisis avec méticulosité. « Il faut que les mecs soient motivés, que ça soit vraiment leur kiff. Je ne veux pas de dégonflés. Je rencontre les postulants qui m’intéressent pour discuter avec eux, voir s’ils sont sain d’esprit, équilibré, pas perdus. Si c’est ok on évoque leurs trips et leurs limites, ils ont une idée de comment se passera le plan et le moment du tournage venu on improvise ». Quand le moteur tourne, le jeu de rôle débute et tout le monde s’oublie. Tout est filmé en temps réel, avec quasi aucun temps mort. Les actifs réguliers du site, qui contrairement aux passifs sont souvent des performers ayant déjà de la bouteille et une certaine carrière dans le x, apprécient. Enzo di Karina et Glenn Coste s’accordent : « Quand tu tournes pour du porno hyper léché ou scénarisé, notamment à l’étranger, tu passes des heures sur un plateau. C’est anti naturel. C’est de la mécanique, on prend jamais ou très rarement notre pied. C’est pour ça que là-bas il y a des tas de mecs qui se font des injections. Tous les sites rattachés à Citebeur ont recours à la même méthode du plan cul filmé en temps réel sans indication particulière. Ça permet de kiffer vraiment. On se stresse pas avec les angles de caméra ou les positions. On prend notre pied et ça rend les scènes nettement plus excitantes au final ».

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L’originalité du casting tient dans le fait que le site joue beaucoup sur le cérébral et se contrefout du physique. Le trip est plus fort que les apparences. Domiaddict insiste : « Tout le monde peut participer et venir se faire souiller et chienner de son plein gré ! ». Ses vidéos mettent en scène des minets imberbes comme des mecs de 50 ans. Et cela peut se faire en « plan discret » car les participants ont le choix de porter une cagoule ou pas. Une façon intelligente de contourner l’angoisse des débutants qui n’ont plus à se soucier du risque d’être reconnu et vivre l’expérience à fond en se focalisant sur le délire (et bien sûr ils sont rémunérés). Résultat : les candidatures n’ont de cesse d’augmenter (et les ventes des vidéos aussi).

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N’ayant peur de rien et toujours amusé à l’idée d’essayer de nouvelles choses et pousser le délire encore un peu plus loin, Domiaddict s’est rendu le 2 octobre dernier à Paris pour une soirée spéciale au sexclub Le secteur x dont il allait devenir l’hôte le temps d’une nuit. Un concept pour le moins singulier : Domiaddict invitait ses fans parisiens soumis à venir le rencontrer pour se faire loper en vrai dans un bordel. Rare opportunité, demandant quand même un certain courage et de la motivation, de passer du fantasme à la réalité. L’événement a remporté un franc succès et le lieu était blindé de 22h à la fermeture, rempli de soumis ravis de rencontrer leur « idole ». Face à cet accueil chaleureux, le nicois lâchait : “Ce monde part vraiment en couille, regarde-moi voir tous ces batards !”. LOL.

Je me souviens de ma première fois au Secteur X : j’avais été intimidé. C’est sans doute l’endroit le plus hot et le plus hard de Paris. Les mecs y sont très cash et y règne une tension sexuelle palpable dès l’entrée. Vu que certains pratiquent l’uro, lors de ma première visite j’avais eu un peu de mal avec les odeurs. Pour y être quelque fois retourné depuis, j’ai découvert un lieu certes subversif mais aussi étonnamment convivial. Si au sous-sol (il y a un -1 et un -2) ça baise brutalement, quand on reste un peu au bar ou au fumoir, les mecs tombent le masque du jeu de rôle, plaisantent, les tenanciers sont doux et sympas… Il m’est même arrivé de repartir un soir avec un mec tout à fait sweet en mode câlin. On retrouve au final une certaine ambiance à la berlinoise : très directe, kinky et plus « humaine » qu’elle ne peut en avoir l’air au premier abord.

La douceur n’était en tout cas pas de vigueur ce soir-là. Dès le lancement de l’événement, Domiaddict, entouré de ses potes actifs domis, a fait entendre sa voix tout en claquant des doigts :. « Elles sont où les putes ? Oh les bâtards on descend au -1 !». C’est alors que 3-4 minets ont filé à toute vitesse, obéissant à la voix de leur maître de la soirée. On a vu passer un petit mec que Domiaddict avait croisé à la salle de muscu le matin même : « Putain on s’est parlé je savais pas que c’était une chienne ! ». Le jeune mec est arrivé tout souriant et timide : un fan qui jubilait. Pas de pitié pour les soumis, le boss l’a regardé droit dans les yeux, autoritaire : « Ah ouais t’es comme ça toi ? T’es venu faire ta pute ? Qu’est-ce que tu fous encore habillé ? Fous-toi à poil et rampe jusqu’en bas ! ». Il a obéi.

D’habitude déjà très chaud et hard, le Secteur x est devenu un véritable temple de la décadence avec son guest pas commode et diaboliquement joueur. Au point que certains clients qui étaient venus par hasard étaient un poil choqués : « C’est quand même ultra hard là… » pouvait-on entendre en se grillant une clope au fumoir. Certains observaient, amusés, hallucinés ou excités. A en juger par le nombre de soumis présents, Domiaddict a son lot de fans parisiens. On comptait aussi parmi la clientèle le modèle Anthony Cruz qui était venu pour voir  « comment ça se passait en vrai ». Ce dernier a lancé lui aussi son site amateur, Airmaxsex, il y a peu (mélange de plans persos, trips sneakers, domi/soumis soft et minets) et se disait très intrigué par l’univers Domiaddict : « Je ne tournerai pas dans une de ses vidéos mais à regarder c’est impressionnant ».

Impressionnant, c’est le terme qui vient en tête quand les hostilités débutent vraiment au -1. L’espace est bondé, plein de petits mecs sont à poil au sol en train de lécher les pieds de Domiaddict, des acteurs et des dominateurs. Le maître mène tout le monde à la baguette et personne ne bronche. Tout en insultant les soumis de « pute », « batard » ou « salope », il leur donne tout un tas d’ordres. « Batard va décrasser ses panards, allez dépêche-toi !», « Va sucer les bites, salope ! Voilà ! », « Va aux urinoirs et prends la pisse espèce de sous-merde !»… Les actifs surexcités ont un regard évoquant les ténèbres, les clients réguliers n’en reviennent pas de la docilité des mecs présents, vivant le délire à fond. Domiaddict les envoie ramper au milieu de tout le monde en les faisant répéter  « Je suis une pute » ou « Je suis un chiotte », les attache les uns aux autres avec une corde en les baladant dans le sexe club, tous à 4 pattes, en file, contraints d’avancer en léchant le cul du mec de devant… le tout avant une golden shower de groupe ahurissante. OH-MY-GOD. Mollards, uro, baffes, insultes, fist : tout était permis et on avait vraiment l’impression d’avoir basculé dans une autre dimension. Le cœur battait fort, les gens étaient devenus des pures bêtes de sexe se défoulant comme jamais. En haut, on pouvait entendre le patron se réjouir : « C’est énorme ! ». Si Domiaddict a bien un talent, c’est celui d’être apte, sans jamais forcer les traits et avec un naturel sidérant, à faire ressortir la part sombre de chacun. Et moi de me retrouver avec un « esclave » me léchant les pieds et me suivant partout pendant que je buvais ma bière…

Vers la fin de soirée, alors qu’un client curieux lui adressait la parole pour lui dire à quel point il était impressionné par ce qui se passait, Domiaddict lui rétorquait : « C’est rigolo, non ? ». Un drôle de jeu qui ne sera sans doute pas du goût de tout le monde, en vrai comme devant un écran, mais qui pour les adeptes repousse les limites de l’excitation. En repartant, l’un des soumis avait les yeux qui brillaient : « C’était trop bon, ça m’a défoulé, merci maître !». Vu le succès de la première édition, le Secteur X a fait savoir qu’il comptait renouveler l’expérience, pourquoi pas de façon récurrente. Les amateurs de sensations fortes sont prévenus…

4 commentaires Voir les commentaires

  • “Ce monde part vraiment en couille, regarde-moi voir tous ces batards !”

    La seule parole vraiment sensée de l’article.

  • Excellent article et après avoir regardé quelques vidéos du label, ben je suis franchement étonné. Beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux que ces trucs américains tout sauf bandant. Si certains trucs plus obscurs sont plutôt bon, les leaders sont clairement les pays de l’est. Sans parler de Tumblr et l’amateur.
    Mais vraiment étonné par Domiaddict et je vais peut-être refaire un tour sur les sites du réseau CitéBeur !
    (plus d’articles comme ça, keur et crachats)

  • C’est pas du tout mon trip, mais le milieu gay en est plus à ça près. Pour une fois que l’on arrive à faire ça de façon saine en France, c’est cool.

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