Max Hardcore : enquête et débat

Il y a quelques années, le gouvernement américain a traîné John Stagliano devant un tribunal fédéral. Sur l’acte d’accusation, on peut lire : « United States of America [versus] John Stagliano. » Le patron d’Evil Angel était accusé d’obscénité, un chef d’inculpation qui permet au gouvernement américain d’attaquer les pornographes en justice dès que bon lui semble. Outre-Atlantique, on maîtrise le truc depuis des décennies : il suffit de se sentir gêné ou offensé pour justifier ses élans liberticides, peser sur la vie politique et distribuer les procès. C’est ce genre d’indignation de la part de groupes religieux et conservateurs qui a poussé l’administration Bush a créer l’Obscenity Prosecution Task Force en 2005.

Cette cellule spéciale du Département de la Justice, diluée dans la Child Exploitation and Obscenity Section en 2011, a pour seule mission de pourchasser les pornographes. C’est elle qui a décidé de lancer des poursuites contre John Stagliano et contre bon nombre d’autres producteurs suspectés comme le doux Seymore Butts de contrevenir aux lois fédérales sur l’obscénité. Dans ce genre de situations, les défenseurs du premier amendement finissent généralement par sauver les meubles en s’interposant entre les excités de la morale et leurs boucs émissaires. C’est l’une des raisons pour lesquelles John Stagliano a été acquitté ; tout le monde n’a pas eu cette chance.

De Paul Little à Max Hardcore

Max Hardcore a presque soixante ans. Il est né au bord du lac Michigan, à Racine, un charmant petit bled dont la réputation n’est plus à faire : pauvreté, criminalité et décrépitude générale, Racine est l’une des villes les plus violentes du Wisconsin. Malgré tout, Max Hardcore, de son vrai nom Paul Little, revendique une enfance tranquille. Son père est artiste, sa mère femme au foyer, il étudie la mécanique à l’université ; devenu garagiste, il crève doucement d’ennui comme tous ceux qui habitent au bord des Grands Lacs. A la fin des années quatre-vingt, Paul Little plaque tout et part pour la Floride. C’est là qu’il découvre son potentiel de pornographe en filmant les filles qu’il ramène chez lui. C’est aussi à cette époque qu’il découvre les films de John Stagliano. Pour lui, c’est une révélation : c’est décidé, il va en faire son métier.

David Perry Hanson

David Perry Hanson

Coup de chance, Paul Little a déjà de la famille dans le business. Ou pas loin. Mark, son frère aîné, se fait appeler David Perry Hanson. Il tient des boîtes de strip-tease et des salons de massage à Los Angeles. C’est vraisemblablement grâce à lui qu’il rencontre le mythique Bobby Hollander en 1990. Les deux hommes s’entendent bien ; très vite, Hollander embauche Little. Il était garagiste, le voilà réalisateur. Derrière la caméra, il se fait appeler Matthew Poulsen, Sham Shivnan ou Vince Hardcore. Il tourne une poignée de films qui ne le satisfont pas, ses acteurs ne se comportent jamais comme il le souhaite. Au bout de quelques années, Paul Little craque une seconde fois : il plaque ses acteurs et Bobby Hollander pour créer sa propre boîte de production, Max World Entertainment, avec son autre frère Pete. Désormais, c’est lui le patron. Max Hardcore est né.

Une formule « abjecte et cinglée »

En 1992, il lance sa série The Anal Adventures of Max Hardcore, qui s’inspire ouvertement des Adventures of Buttman de l’ami Stagliano. C’est l’âge d’or d’Evil Angel et du porno façon West Coast, foutraque et bonne ambiance, le gonzo fleurit sous le soleil californien et personne ne se doute que la face du porn en sera changée à tout jamais. Comme Stagliano, Max Hardcore n’embarrasse pas ses films d’un scénario. La ressemblance s’arrête là. Grâce à son goût prononcé pour la sodomie et les gros plans, il va malgré tout devenir l’un des pionniers oubliés du gonzo. Max Hardcore a inventé le piledriver, démocratisé l’utilisation des spéculums, ses techniques de réalisation ont enfanté d’une génération de réalisateurs obsédés par le sexe anal ; il est l’une des personnalités les plus influentes qu’ait connu l’industrie, mais aussi l’une des plus détestées.

Le problème, c’est que Max Hardcore aime beaucoup jouer avec les limites, quelles qu’elles soient. Dans ses films, il maltraite salement les hardeuses. Il crache et urine, fiste et gifle à toute volée ; elles pleurent lorsqu’il les force à vomir pendant les gorges profondes. Max Hardcore nourrit aussi un goût immodéré pour les teens. Ses actrices sont souvent assez jeunes, ce qui ne l’empêche pas de les infantiliser à grand renfort de couettes et de patins à roulettes avant de leur faire subir d’innombrables dégradations. Il explique : « Baiser une vieille pute, ça ne surprend personne, mais moi, je baise des filles qui ont l’air fraîches et innocentes. C’est ça qui fait fantasmer mon public ! » Un homme vieillissant qui humilie des jeunes filles innocentes : du propre aveu de l’intéressé, la formule est « abjecte et cinglée » mais elle a toujours très bien fonctionné.

maxcom

Sale histoire

Rumeurs, accusations et premier procès

Les pires rumeurs circulent au sujet des tournages de Max Hardcore. Neesa, une ancienne porn star qui n’a tourné qu’une seule scène avec lui en 2002, n’a jamais cessé de l’accuser de viol. Elle affirme qu’elle a porté plainte mais que la police a refusé d’enquêter. Dans le documentaire Hardcore, il s’illustre en insultant une actrice débutante qui refuse de poursuivre une scène. En 1995, dans une interview pour Hustler,il explique : « Ce que je préfère, c’est quand une fille s’acharne à me dire qu’elle ne prendra pas de bite dans le cul… Oh que si, elle va se la prendre ! » La rumeur va bon train et Max Hardcore semble prendre un malin plaisir à l’entretenir. Difficile de démêler le vrai du faux. En tout cas, aucune de ses anciennes actrices n’a porté plainte contre lui. Légalement, il est parfaitement en règle. Jusqu’en 1998, en tout cas.

Cette année-là, les choses dérapent vraiment pour Max Hardcore suite à la sortie de Max Extreme 4. L’une des actrices de la vidéo prétend qu’elle n’a que douze ans. Bien sûr, elle est majeure, mais cette fois c’en est trop pour la ville de Los Angeles qui porte plainte contre le réalisateur. Accusé de pédopornographie et d’obscénité, il est jugé en 2002. Quelque jours avant le début du procès, la Free Speech Coalition le sauve sans le vouloir en obtenant l’abrogation de lois interdisant les représentations de mineurs engagés dans une quelconque activité sexuelle. Autrement dit, le tag teen est légal du moment que la fille a plus de dix-huit ans civilement, même si elle en paraît moins. Max Hardcore comparaît donc pour obscénité, mais le jury ne parvient pas à se mettre d’accord. Il quitte la salle libre, narquois et lucide : il sait qu’il ne va pas s’en sortir aussi facilement.

2005, les mandats d’arrêt tombent en pluie fine sur la Californie ;  l’Obscenity Prosecution Task Force vient d’être mise en place et bien sûr, Max Hardcore est l’une de ses cibles prioritaires. Un beau jour, le FBI profite du départ de Max à Barcelone pour perquisitionner les locaux de sa boîte de production, Max World Entertainment. Ces beaux gosses trouvent le moyen de tirer une balle dans le plancher avant de saisir tous les ordinateurs et cinq malheureux DVD. L’idée est de coffrer le réalisateur pour une infraction à la loi 18 USC 2257, mais ça ne donne rien : Max Hardcore est parfaitement en règle, ses actrices et ses registres aussi. Heureusement pour l’OPTF (Obscenity Prosecution Task Force), il reste l’obscénité !

Max et sa go Layla Rivera

Max et sa go Layla Rivera

Condamné pour obscénité

En 2007, le réalisateur et son entreprise sont mis en examen pour dix chefs d’accusation chacun : cinq concernent le transport de matériel obscène par le biais d’un service informatique interactif, cinq autres l’envoi de matériel obscène par voie postale. Cinq comme les cinq films saisis par le FBI lors de leur descente ; les douches dorées, les douches romaines et les séances de fisting qui y sont mises en scène ont irrité l’OPTF. Max Hardcore encourt cinquante ans de prison et une amende de cinq millions de dollars. Pour le tribunal, il a laissé tomber les chapeaux et les chemises affreuses. Le verdict tombe en août 2008. Il est reconnu coupable des vingt chefs d’accusation retenus contre lui et Max World Entertainment.

Max Hardcore est condamné à 85 000 dollars d’amende, à la désactivation de son site officiel et à quarante-six mois d’incarcération. Le tribunal tente même de saisir sa maison. Daniel Ruth, journaliste vétéran du Tampa Bay Times, met de côté son mépris viscéral pour Max Hardcore et s’insurge contre les jurés : ils ont prévu d’écrire un livre racontant leur aventure judiciaire, histoire de gratter quelques biftons : « Plutôt que de débattre de manière objective de l’avenir d’un homme, les membres du jury ont choisi de s’engager dans une hypothétique relation commerciale dont le succès serait déterminé par l’issue du procès. Où est la véritable obscénité ? Dans des films coquins ? Ou dans un jury d’entrepreneurs ? » .

En Janvier 2009, Max Hardcore se rend aux US Marshals, direction la taule. Il déclare : « Je suis déçu d’avoir été jugé coupable, mais je respecte cette décision. Je suis ici car j’ai choisi de me rendre. En tant qu’amoureux de la liberté, tout ça ne me fait pas vraiment plaisir, mais ainsi va la vie. On se voit plus tard, les gars. »  Le 19 juillet 2011, après deux ans d’incarcération dans une prison texane de basse sécurité, Max obtient une libération conditionnelle ; il reprend les tournages aussi sec, à pas loin de soixante ans, un bracelet électronique à la cheville.

Sapologie

Max Hardcore : enquête et débat

Les grands acteurs de l’industrie ne sont jamais mesurés quand le cas Max Hardcore est évoqué. La doyenne Nina Hartley le défend coûte que coûte : « Beaucoup de filles affirment que Max est un violeur et érigent ses films en preuves de leurs accusations. Mais il n’a jamais été poursuivi ou condamné pour viol. […] Au moins, Max avait une vision personnelle de la sexualité. Il n’aurait jamais rencontré le succès si les gens n’avaient pas partagé cette vision. » De son côté, Ron Jeremy affirme que « Max Hardcore se moque que la fille ait mal, c’est même ce qu’il aime. » Veronica Hart le considère comme un « type pas très sympa » mais elle dénonce aussi les journalistes qui se servent de lui et de sa réputation pour faire du sensationnel.

Monstre misogyne et dégénéré pour certains, type banal, gentil et humble pour d’autres, Max Hardcore a catalysé les indignations les plus viscérales. Mais sa condamnation était-elle justifiée ? Punir un homme au nom de textes qui entendent définir et punir l’obscénité, c’est le punir pour sa sexualité. Il y a cinquante ans, quelques types ont invoqué ces lois-là pour traîner Allen Ginsberg en justice. Il avait eu le mauvais goût de parler d’homosexualité. Seymore Butts a du arrêter ses films avec du squirting pour les mêmes raisons et John Stagliano a bien failli y passer aussi. Max Hardcore a été condamné de la même façon et non pas pour des accusations de viol, mais seulement parce qu’il était pornographe hardcore.

Il serait peut-être judicieux d’enquêter une bonne fois pour toutes sur ces rumeurs d’agressions sexuelles. Il y a plus de quinze ans, un certain Nick Ravo avait écrit à propos de Max Hardcore pour le magazine Icon. Cet ancien journaliste du New York Times, poète et professeur à l’Université de Sydney, s’était entretenu avec l’une des anciennes actrices du réalisateur, Pamela Dee. Son histoire est franchement terrifiante, mais malheureusement la performeuse n’a jamais jugé bon de raconter tout ça aux autorités.

Mises sous pression par le système pornographique, bon nombre d’actrices ne portent jamais plainte contre les ordures qui profitent de certains mécanismes de l’industrie pour maquiller des viols en rapports consentis. Max Hardcore est peut-être de ceux-là ; en attendant, il n’est qu’une victime de l’Obscenity Prosecution Task Force.

6 commentaires Voir les commentaires

  • « La doyenne Nina Hartley le défend coûte que coûte  »

    Oui, enfin Nina Hartley dit aussi: « For some women, it would be the most traumatic experience of their lives and make them want to quit the business. He is not the person to send a novice to. »
    Source: http://goo.gl/VelJYN

    Un chouette type, quoi…

    • Ouep, un gentil bonhomme.

      « Elle affirme qu’elle a porté plainte mais que la police a refusé d’enquêter », parce qu’elle était actrice X d’après ce qui se murmure.
      Faut peut-être y voir un lien avec le fait que le mec n’ait jamais vraiment été inquiété. Si les actrices sont persuadées que leur cause est perdue d’avance du fait de leur job, c’est aussi compréhensible que déprimant pour elles.
      Après je ne suis pas du genre à condamner un type sans fondements, mais je ne supporte pas qu’une plainte d’une nature aussi grave soit autant prise à la légère.

      D’où la conclusion fort pertinente de cet article :
      « Il serait peut-être judicieux d’enquêter une bonne fois pour toutes sur ces rumeurs d’agressions sexuelles.  »

      Histoire de le condamner pour viol, et pas pour obscénité.

      Bref, merci pour le thread, super intéressant.

  • Au fait, elles sont toutes moches les photos de cet article, ce qui ne ressemble guère à la ligne éditorial du Tag… On tenterait presque le délit de sale look. Coupable!

  • Il fait quand même sacrément penser à terry richardson du coup. Encore un sur lequel il serait peut-être bon d’enquêter…

  • Moi ce qui me choc, c’est que le porno c’est du porno, donc si on va vers du porno, faut pas venir pleurer derrière ? A partir du moment ou une actrice porno est payé pour son rôle, en quoi cela peut être un viol ? C’est son métier de se faire troncher, donc il n’y a pas viol, sauf il ne la paye la je veux bien, mais si elle est payé pour du sexe ça ne s’appelle pas du viol. Ensuite et pour finir, je n’aime pas son genre de porno, trop brutal à mes yeux, trop dégueu aussi, et le mec fait vraiment très très peur : et je suis un mec, et je le vois avec mes yeux : alors comment une nana, hardeuse de métier en plus, peut aller vers lui sachant ce qu’il fait, et se plaindre après ? Quand on va vers un boulot, on se renseigne sur le poste à pourvoir : je préfère encore être à la rue que de bosser pour telle ou telle enseigne (je suis dans la vente), et donc la, on sait très très bien ce qu’il fait et ce qu’il propose comme porno, donc si on va vers lui en tant que hardeuse, il ne faut pas se plaindre après, elles savent très bien à quoi s’en tenir ! Pour finir, c’est grave ça d’accuser de pédopornographie juste parce que la nana « fait jeune » ou a une « tenue de jeune » : qui veut se farcir une vieille peau ? Personne ! On a le droit de rêver non ? En quoi c’est mal de rêver de se faire une ado ? Ce n’est pas mon truc mais je peux comprendre… Mais la c’est du rêve, c’est une nana de 20 ans qui fait jeune qu’on fringue comme une ado, point barre, il n’y a rien d’illégal la dedans : la nana est majeure et consentante, donc fuck la justice !

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