Mai 2014 – Lula par Florian Delhomme

Lula_Florian_Delhomme

Année :
1987

Ville :
Paris

Ton premier support masturbatoire ?
Je me rappelle des bandes dessinées sexy-futuristes de mon père et des fameux téléfilms érotiques diffusés sur M6. Je programmais mon magnéto pour les enregistrer sur des vieilles VHS de cartoons. Mais il y a une scène qui a clairement mis le feu aux poudres ; dans Le Grand chemin de Jean-Loup Hubert, celle où les deux gamins observent en cachette un couple en train de baiser dans la paille. Elle débute par un cunni, mise sur l’humour et place le spectateur dans la position du voyeur. Les ingrédients d’un bon porno.

Ton premier porno ?
J’ai découvert le X avec des images fixes. J’avais 13 ou 14 ans, j’habitais un petit bled, il y avait un seul ordi dans la maison et ma connexion Internet était pourrie. J’avais peu de temps donc j’allais droit au but en tapant des mots naïfs dans Google : sexe, chatte, bander. Mon vocabulaire s’est complexifié au fil des recherches. À 15 ans, une copine m’a montré une vidéo avec un chauve qui foutait sa tête dans le vagin ultra dilaté d’une pin-up. C’était dégueu, mais intrigant. Je crois que mon histoire de fappeuse a vraiment commencé là.

As-tu déjà envisagé de sortir une sextape ?
Il m’est arrivé de tourner des vidéos avec mon ex, mais à titre intime et expérimental. Ça ne m’excite pas plus que ça. Je préfèrerais plutôt être derrière la caméra.

Quel est ton rapport à l’image dans le porn ? Es-tu dans l’immersion, la projection, le voyeurisme… ?
Pour moi, le porn est à la fois un support de masturbation physique et intellectuelle. J’en visionne pour le plaisir et de façon instinctive, en m’identifiant aux personnages et aux situations. Mais aussi quand j’écris pour Le Tag. Dans ce cas, je m’efforce d’adopter un regard critique et de mettre mon désir sur pause. Je pense que ces deux pratiques se nourrissent mutuellement. D’un côté, je suis plus exigeante quant à la technique, la mise en scène ou encore le choix des acteurs. De l’autre, je reste une fille sensible.

Quels sont tes tags du moment ?
Mon combo de mai 2014 ? Un #stranger qui éduque une #teen adepte du #spanking. Ou un truc à plusieurs dans la nature. Culture du partage et du printemps.

Raconte-nous la dernière scène que tu as vue et pourquoi tu l’as regardée ?
C’était une séquence amateure, une orgie d’étudiants américains. Assez mal filmée, mais spontanée et rythmée. J’ai cliqué dessus parce que je suis dans une phase régressive, donc pas mal en demande de décors scolaires. Les profs autoritaires, les élèves rebelles ou timides, les dominants et les dominés… C’est cliché, mais ça titille mes fantasmes. Je me fais un remake de mes années estudiantines. Quand j’étais en fac de ciné, on était tous trop sages.

À quoi ressemblera le porn dans le futur ?
J’imagine un porn émotif où c’est notre corps qui déciderait des turning points d’un film. En gros, on materait sa vidéo chez soi, sur un grand écran 3D ou dans son casque Oculus Rift, en ayant choisi au préalable les tags, les protagonistes et la musique. Puis nos réactions physiques auraient un impact direct sur l’intrigue : le cœur s’emballe, l’action continue ; l’érection faiblit, l’action évolue. Ce serait du vrai sur-mesure.

Est-ce que tu es prête à faire l’amour avec des robots ?
Depuis la sortie de Her au cinéma, je m’interroge ! Plus sérieusement, bien qu’il existe des sex toys de luxe qui n’ont rien à envier aux bites, selon moi, le contact entre deux peaux est inégalable. Mais présente-moi le robot parfait, Gonzo.

Le porn français a-t-il un avenir ?
S’il écoute davantage les doléances des consommateurs(trices), oui. Pour l’instant, l’industrie hexagonale peine à s’adapter aux nouvelles habitudes initiées par Internet. Notre génération ne se retrouve pas dans les pornos d’auteur de B. Root et les pornos à papa de Dorcel. Au-delà des modes de diffusion, ce sont les codes qu’il faut changer.

Écrire depuis 4 ans au Tag, tu ne t’en lasses pas ?
Non ! Il me paraît essentiel d’avoir un discours libéré autour du sexe et du X. Ces questions relèvent de l’intérêt général et traversent tous les médiums, donc impossible de s’ennuyer, surtout avec une équipe aussi douce et créative. En plus, je suis ravie de la trajectoire que prend le Tag. Quand j’ai publié mon premier article, c’était un blog géré par une bande de potes. Aujourd’hui, il s’impose comme un pure player proétiforme dont 30% des lecteurs… sont des lectrices. Demain, ce sera peut-être un réseau social du porn.

Pourquoi vouloir être parfaite ?
Je parle beaucoup de gens à poil. Du coup, je trouvais pertinent d’inverser les rôles au moins une fois. Et sinon, j’ai une peur à la con : vieillir. Il s’agissait d’arrêter le temps, de me blottir dans les bras de cet Internet qui n’oublie rien.

Photo par Florian Delhomme

Si vous voulez être le ou la prochaine parfaite, envoyez-nous un mail avec quelques photos.

1 commentaire Voir les commentaires

  • champêtre et printanier à souhait… « Culture du partage et du printemps » c’est très païen je trouve comme vision et j’ adhère a fond… :P

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