La vacuité du porn – Elizabeth Moran

La photographe américaine, Elizabeth Moran, est allée voir les gens de chez Kink.com. La fameuse (certains diront la meilleure) société de production porno, pour les fétichistes du BDSM et autres sexualités à base de corde et de torture électrique, fut ravie d’accueillir cette Texane habitant San Francisco dans sa belle bâtisse.

« Ça serait cool, a-t-elle pu dire, de photographier les plateaux de tournage, les décors, mais sans les acteurs ni les actrices, histoire de laisser libre cours à l’imagination du spectateur. »

Et voilà, une série de photographies représentant l’absence qui fait le tour du Web avec le mot-clé porn dans le titre, sans être hashtaggé NSFW. Rien de mieux pour filer la gaule aux webmasters qui comptabilisent le nombre de clics.

Smug Alert sur San Francisco

Smug Alert sur San Francisco

Le studio Kink est dans la tendance. James Deen, la nouvelle coqueluche des adolescentes américaines, est leur figure de proue : un homme doux et dur, le yin et le yang du fantasme féminin. James Franco, la nouvelle coqueluche d’Hollywood et de Sundance réunis, prépare un documentaire sur ces professionnels du godemichet actionné par vérins hydrauliques. Le patron Peter Acworth voit la police débarquer pour des histoires non élucidées de drogue et de stand de tir illégal. Kink sent le soufre, mais son image scintille au sommet de la branchitude.

Parler de Kink, ce parangon de vice, c’est s’encanailler à peu de frais. Dépasser une limite sans la franchir.

Elizabeth Moran

Double autoportrait. Laquelle est Elizabeth Moran ?

Le travail d’Elizabeth Moran se penche sur les lieux vidés de leurs occupants. Elle parle de rendre visibles les couches invisibles du porn. Au final, pas d’excitation, pas de pensées enflammées par des fantasmes personnels projetés sur cette cuisine, ce lit, ces toilettes pour hommes ; au final, Moran expose la froideur du lieu de tournage, cette mise en scène glaciale réchauffée par les projecteurs, enfin dans la lumière. La sensibilité de Moran tend à montrer que le porno est un métier, le rendu artistique d’une scène où l’actrice est pendue par les pieds, pratiquant une fellation (par exemple), cette émotion suscitée dans les slips et les culottes est contradictoire aux conditions nécessaires de son élaboration. Pour faire simple, encore une fois, nous constatons que le porno n’est pas très funky.

Par contre, l’exploration d’un open-space par Moran, un autre de ses projets, gagne en chaleur lorsqu’il est mis en regard de la forteresse Kink. Les bureaux en désordre, les salles de réunion inoccupées, où sont-ils tous passés ? Que font-ils ? Un pissing gang bang avec la directrice des ressources humaines ?

elizabeth moran Kink

elizabeth moran Kink

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Elizabeth Moran Kink Armory

Elizabeth Moran Kink Armory

Elizabeth Moran : site officielTumblr

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