Lou Charmelle fait son retour en duo avec Lily Labeau

Lou Charmelle peuple les fantasmes de pas mal d’entre nous. Avant sa retraite du porno en 2012, elle avait conquis les cœurs de la communauté fap avec sa sincérité, sa beauté et sa fraîcheur. Depuis, le X français est un peu vide. L’âge d’or de Dorcel et de Blue One, l’époque bénie des films à la télé et en VHS n’est plus, nous sommes définitivement passés à l’ère Internet avec ses sites peuplés de fausses amatrices, ses tubes, ses pirates et le coup qu’ils ont porté à l’industrie.

Elle a arrêté au bon moment. Lors de l’entretien téléphonique que nous avons eu, Lou pointe du doigt la baisse des salaires qu’elle commençait à ressentir. Un manque à gagner flagrant en Europe et principalement dû à la concurrence des filles de l’Est. C’est un peu l’histoire du plombier polonais qu’elle nous raconte, sauf que ça se passe à Budapest. Une débutante était payée très peu pour un train de vie français, mais ce cachet représentait pour une Hongroise une rémunération qui lui permettrait de vivre un mois ou plus.

La fin d’une époque

Cette concurrence et le piratage grandissant sur les tubes mettaient à mal le milieu français notamment. Les réalisateurs trouvaient difficilement les fonds pour une production un peu soignée. C’est alors l’avènement des scènes popularisées par Jacquie & Michel. Moins de moyens injectés dans le porno, plus de contenus médiocres et à bas prix sur la toile : les gens regardent et paient quand même. Aux États-Unis, la Française a vu les poids lourds, les grosses boîtes se faire racheter par MindGeek et les conditions de travail se modifier quelque peu et pas vraiment pour le mieux.

Un point de vue proche de celui d’Ovidie dans son documentaire Pornocratie. Elle ne l’a pourtant pas visionné, mais salue le courage et le regard critique que la réalisatrice a toujours eus sur l’industrie. « Je ne suis pas mécontente d’avoir arrêté », nous confie-t-elle. Elle garde cependant de bons souvenirs de sa carrière. Elle a fait des rencontres touchantes, a voyagé autour du monde et a exploré ses limites pour les dépasser. Elle affirme que ce n’est pas un milieu plus malsain qu’ailleurs.

Nouvelle carrière

Mais pas de retraite pour les actrices, une seconde carrière plutôt. Charmelle s’envole pour Ibiza où elle organisera des événements techno entre 2012 et 2015. C’est une nouvelle vie dans la musique, elle s’y plaît beaucoup et son passé d’actrice est bien vu dans les cercles qu’elle fréquente. Elle témoigne que le rhabillage n’a pas été si difficile dans ce contexte particulier. Une parenthèse après plusieurs années à concilier tournages et son travail d’aide-soignante qu’elle continuait parallèlement. Au final, elle a réussi à faire une coupure nette pour se consacrer pleinement à ses nouveaux projets.

Malheureusement, les perspectives économiques l’obligent à se rapatrier en Suisse, où elle vivait depuis ses premières années dans le X. Elle reprend son activité dans le médical et continue l’organisation d’événementiel.

Lou reprend son pseudo

Et puis vint ce tweet du 8 avril :

Un coup d’éclair frappe dans le ciel des fappos. Nous fouillons un peu après nous être remis sur la chaise de laquelle nous venions de tomber : oui, Lou Charmelle fait son retour. Mais pourquoi, comment, où ? Tant de questions et si peu de réponses. Nous sommes donc allés lui demander de nous en dire plus.

L’ex-retraitée précise qu’elle ne revient pas pour jouer dans des productions classiques. « J’ai fait le tour des plateaux, je ne veux plus passer des heures dans des positions inconfortables et pas vraiment faites pour prendre du plaisir. » Elle a le regard tourné vers l’indépendant, réaliser elle-même des scènes et des films, un virage déjà amorcé durant sa première carrière avec un film vendu à Hot Vidéo et un autre à Dorcel. Mais désormais, elle va travailler en binôme, comme sur celui co-produit avec sa comparse américaine Lily Labeau : Manhunt Ibiza.

L’amitié avec Lily Labeau

Amie depuis 2010, les deux actrices/réalisatrices se mettent ensemble pour créer du contenu sex positive et intelligent. Le projet mûrissait depuis longtemps. Lily a toujours voulu vivre en Europe et son installation suit actuellement son cours. Les Suisses font des difficultés pour donner un visa à cette Américaine, fille de l’Oncle Sam, que nos voisins voient d’un mauvais œil depuis les Panama Papers.

Leur amitié a débuté aux États-Unis. Toutes deux Spiegler girls, elles se rencontrent à un barbecue du 4 juillet organisé par John Stagliano à Hollywood. Assez cool d’être invité à cette fête. Il y a eu une première connexion qui s’est finalisée lors d’une seconde rencontre inattendue. Les chemins des deux actrices se sont croisés à nouveau sur le tournage du clip N’importe comment de The Toxic Avenger avec Orelsan. Lily connaissait le DJ, Lou le rappeur. Cette dernière lui avait apporté son soutien à l’époque de la polémique autour de son titre Sale Pute. Depuis, ils sont devenus amis. Amusez-vous à les retrouver !

Le nouveau projet de Lou et Lily

Pour en revenir au projet, le duo le présente comme la continuité de ce que fait actuellement Lily sur son Patreon. Elles changeront simplement le nom et alimenteront leur communauté avec toujours plus de contenus. En prônant le sexe comme une valeur positive et enrichissante, elles souhaitent participer à libérer des tabous. « On peut explorer un fétiche sans pour autant s’enfermer dedans pour le restant de sa vie. On hésite trop souvent par peur du regard des autres et c’est dommage. Il faut un droit à l’expérience et arrêter de poser des étiquettes définitives sur tel ou tel comportement. Par exemple, on peut s’essayer au plaisir avec quelqu’un du même sexe sans pour autant être homosexuel. » Lou voudrait que nous vivions nos fantasmes et nos envies sans craindre le jugement de la société et « sans se juger soi-même. » Avec cet élan, les deux jeunes femmes nous entraînent dans une quête de soi, dont le sexe fait partie intégrante.

Elles créent des contenus authentiques mettant en avant des valeurs d’ouverture. Cela prend la forme de tutoriels sexo décalés, d’articles, d’entretiens filmés où les personnes interrogées réfléchissent à des questions comme la masculinité et la féminité. Il y a aussi des vidéos soft, des vignettes érotiques vers lesquelles Labeau semble se tourner de plus en plus. Mais Charmelle est là pour mettre son grain de hardcore dans l’histoire : « En effet, pour être rentables, on ne peut pas se contenter de produire de l’érotique. Les vignettes doivent pouvoir être exploitées sur des plateformes hard. » Pour ces contenus, elles ne font pas dans le cheap et créent de jolies choses travaillées en matière de lumières, de post-production « et aussi artistique dans la manière de filmer et montrer la beauté des corps et des gestes » – précise-t-elle. Le but est vraiment d’offrir quelque chose de différent, « témoigner que la sexualité n’est pas que ce qu’on voit dans le porno classique, que la sensualité est essentielle et revêt une multitude de formes. Elle est partout, il suffit de se laisser aller à l’éveil des sens. »

Remettre de la sensualité dans le porno

Lou et Lily travaillent dur pour accumuler du contenu à distribuer sur leur Patreon, elles collaborent notamment avec des artistes comme Greg Kozo. Donner forme à leurs envies coûte de l’argent, pas mal d’argent et pour l’instant elles travaillent à perte. La Française possède ce côté rationnel et pragmatique, tandis que l’Américaine baigne dans cette ferveur artistique, davantage bohème. À elles deux, elles s’équilibrent et c’est pour cela que leur collaboration est intéressante et efficace.

Lily et Rico Simmons en plein tournage, Greg Kozo est aussi de la partie

La Française voit bien que désormais les actrices ne peuvent plus vivre du métier en pratiquant seulement sur les plateaux de tournage. Nombreuses sont celles qui complètent leurs revenus sur les services de téléphone rose, vendent des vidéos personnelles ou ouvrent des comptes privés que les fans achètent pour avoir des images ou des snaps exclusifs. L’argent du mainstream ne suffit plus, alors il faut s’adapter. Et c’est ce qu’elles font : « Je viens d’ouvrir un compte OnlyFans, je vais y publier tout le contenu que j’ai accumulé pendant mes années dans le X, des photos, des vidéos jamais publiées pour pas mal d’entre elles. Et des choses privées aussi, prises dans l’intimité avec mes amants. » Elle va également créer un ManyVids pour toutes les scènes inédites qui traînent sur son disque dur. Il va falloir rester attentif à son compte Twitter pour découvrir tout ça au fur et à mesure.

Dans ce même dynamique d’adaptation, Lou pratique l’escorting. « C’est effectivement un moyen de compléter mes revenus, mais surtout de m’offrir la liberté de travailler à temps partiel dans mon « vrai » boulot. Avoir du temps pour soi, c’est précieux. Cette activité parallèle me permet de financer un projet personnel, celui de partir trois mois par année dans une école en Indonésie pour y devenir maître tantrique. Je me sens l’âme d’une guérisseuse, mais encore plus d’une prêtresse sexuelle qui soigne l’âme par le charnel. J’adore faire de l’escort pour ça d’ailleurs. »

Lou Charmelle est bien décidée à revenir dans le monde du porno et de l’érotisme. Les choses sont en cours : « On va bientôt changer la dénomination du Patreon de Lily pour vraiment officialiser notre collaboration. » Les vidéos et contenus déjà produits ensemble sont disponibles dessus. Alors si leur travail vous intéresse, vous savez où aller.

Photos originales de Lou Charmelle et Lily Labeau

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