Souvenir de fap : les baisers d’Alizée

En cette année 2001, la machine pop embrassait le porn à plein tube cathodique dans une France qui ne connaissait pas encore les regrets. Les images défilaient, explicites ; on suait des idées, salement. Les jugements n’existaient pas, la télévision toute puissante nourrissait nos fantasmes.

Symbole de cette perversion, Alizée mangeait des fraises et croquait la pomme dans Gourmandises. Encore adolescente, underage comme auraient pu tagguer les tubes s’ils avaient existé, elle se prélassait sur sa nappe de pique-nique entre deux bottes de foin. Cette vision Hamiltonienne de l’adolescence, cette odeur enivrante et piquante du mois de juin quand on se roule dans les herbes hautes, suivait Moi… Lolita – préliminaires plutôt sages de la Lolita qui s’encanaillait comme une Cendrillon moderne.

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En ce temps là, l’atmosphère était lourde et tendue comme un après-midi orageux et Alizée prenait la forme d’un dernier avertissement d’une France encore plongée dans l’insouciance. Son sourire en coin, son regard vicieux auraient pourtant dû nous mettre en alerte : le loup allait faire éclater sa rage en septembre, l’Hexagone perdrait ses illusions au printemps suivant. Sans entendre le tonnerre au loin, on se prélassait doucement, portés par les dernières vagues des orgasmes sportifs des étés précédents. La vie était belle comme le buste de Laetitia Casta dans toutes les mairies ; la croissance avait la même bosse que nos jeans. 

Gourmandises à l’écran résonnait alors comme un jeu érotique dangereux assumé. Ce clip que n’aurait jamais osé tourner un vieux pornographe s’appuyait sur des codes porno qui prennent un sens évident quinze ans plus tard. Des teens qui se frolent, deux hommes qui n’attendent que de défaire leur braguette, des close-up fétichistes et au milieu de cette orgie imaginaire : Alizée, la Lolita en trophée diabolique.

Ce qui aurait pu rester un sombre clin d’oeil aux films érotique de M6 perdait son innocence d’apparat au fil d’un montage à peine subliminal après le Hit Machine. Dans Gourmandises, il s’agissait de représenter l’interdit, le sexe avec une mineure à l’écran (Alizée avait alors 16 ans). Les fruits juteux et fendus étaient des sexes offerts, le dépucelage “couteau dans la pastèque” tachait en rouge-fruits le drap blanc sans aucune subtilité, tout comme cette éjaculation brutale couleur diabolo menthe. Le tout était entrecoupé de séquences d’Alizée qui répétait à l’envie que ces baisers étaient de vraies gourmandises. Qui aurait osé la contredire ?

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pasteque
sang

Assourdis par cette production dance et aveuglés par ces contrastes violents, on restait passifs. Elle devenait dans nos têtes la petite soeur de Clara Morgane qui excellait sans complexe dans la Collectionneuse. On passait de Canal à M6, de Clara à Alizée, de TF1 à MTV, d’Evelyne Dhéliat à Slave 4 U sous une chaleur accablante : celle de notre frustration cathodique.

Personne ne parlait de pornification et pourtant le sexe était sur toutes les chaines hertziennes. Britney finissait en partouze, John B. Root réalisait French Beauty pour Canal+, Loana tournait sa sextape à poil dans la piscine de Loft Story. On n’était pas encore à poil sur Youtube, on baisait seulement sur petit écran, devant toute la France.

casta

clara

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loana

britney

Belle année.

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