Yelle : « Le porno est nécessaire »

Où étiez-vous quand vous avez entendu parler du petit sexe entouré de poils roux de Cuizinier pour la première fois ? Je veux te voir, c’était il y a dix ans, déjà. Trois albums et autant de tournées internationales plus tard, Yelle est désormais l’une des plus célèbres représentantes de la scène musicale française dans le monde entier. Nous l’avons rencontrée quelques heures avant sa soirée d’anniversaire pour discuter passé, futur et culture porn.

Et voilà, Yelle a dix ans. Où en êtes vous ? Des projets, des regrets ? 
Je ne regrette rien. Je crois qu’on a toujours été spontanés et qu’on ne s’est jamais mis de barrières. On a eu la chance d’avoir beaucoup de soutien et un public fidèle, qui a grandi avec nous. Je garde plein d’aventures un peu folles de ces dix années, même si je me rends compte aujourd’hui que je suis restée très sage. Je voulais que ça se passe bien, j’évitais de trop picoler et de trop faire la fête pour pouvoir assurer le lendemain. Je pense que je vais être moins sage dans les années à venir. Jusqu’ici je me sentais beaucoup dans le contrôle, mais c’est important d’avoir des moments d’explosion. Au quotidien, je suis assez timide et pas très aventurière. Je me dis que ce serait bien de trouver l’équilibre dans tout ça, d’être moins extrême.

Ça va s’exprimer musicalement ?
Je pense.

Sur un quatrième album, alors ?
On commence tout juste à bosser sur des choses. On a envie de se remettre à travailler assez vite. Avant, on était un peu du genre à laisser passer quelques années entre chaque album. Là, on a envie de rebondir un peu plus vite. On a l’impression que le public, notamment français, nous voit un peu différemment. À cause de ça, on s’est dit qu’il fallait battre le fer tant qu’il est chaud et réussir à proposer quelque chose rapidement. Après, il faut aussi que ça nous plaise. On ne fera pas un truc juste parce qu’il faut faire un truc.

Le 16 septembre dernier, vous avez joué à Nantes avec SOPHIE
En fait, il a annulé au dernier moment. Mais on le connaît, on a déjà travaillé avec lui.

SOPHIE fait partie de l’équipe du label PC Music, qui fonctionne assez fort en ce moment. Vous avez prévu de travailler avec eux ?
On aimerait bien. SOPHIE est venu passer quelques temps à la maison l’année dernière, on a travaillé sur des bribes de chansons qui n’ont pas abouties parce qu’il était très occupé. Et nous aussi, avec la sortie de Complètement fou. Depuis, A. G. Cook et SOPHIE ont quand même fait un remix de Moteur Action. On a envie de poursuivre ce travail avec eux, on aime beaucoup leur univers et ils sont extrêmement gentils. Les gens créatifs et cools, ça donne envie. Donc oui, je pense qu’on va pousser les collaborations avec eux dans les mois à venir. On avait aussi envie de faire un titre avec Kyary Pamyu Pamyu.

J’allais t’en parler, tu étais à son concert l’année dernière ! Je trouve que ton univers est assez proche de celui de son producteur Yasutaka Nakata, qui s’occupe aussi du trio Perfume depuis plus de dix ans.
On a découvert Perfume en premier, quand on a joué au Japon en 2011 au festival Summer Sonic. Elles jouaient juste avant nous, toutes les trois, c’était génial. On a vu leurs répétitions avec Yasutaka Nakata, on a aimé son travail et on a commencé à le suivre. C’est comme ça qu’on a découvert Kyary Pamyu Pamyu et ses clips hallucinants. On l’a rencontrée après son concert, elle aime beaucoup de ce qu’on fait, alors on s’est dit qu’on pourrait collaborer ensemble. On avait commencé à écrire un morceau dans cette optique avec SOPHIE, qui est très fan de Pamyu Pamyu lui aussi, mais c’est resté en suspens parce qu’elle était occupée sur un nouvel album. Mais c’est dans les tuyaux, ça pourrait arriver !

Yelle est connue pour ses chansons ouvertement sexuelles. C’est plutôt rare dans la chanson française contemporaine. Pourquoi, d’après toi ?
J’ai l’impression que la chanson française est assez pudique par tradition. À part Gainsbourg et quelques artistes type Colette Magny, le langage courant est peu assumé dans l’écriture des paroles. C’est comme s’il fallait qu’un morceau soit toujours poétisé, imagé, plein de métaphores… Quand on écrit des chansons avec GrandMarnier, on parle de relations et de sexe, deux sujets qui reviennent souvent dans nos discussions. Le sexe, c’est quand même méga important. Pour moi, c’est le ciment d’une relation. C’est une bonne raison d’en faire un morceau avec des paroles claires, compréhensibles, comme si on en discutait avec des potes.

J’ai été marqué par les paroles de Je veux te voir. Le mot « pornographique » qui claque, toute l’imagerie du morceau… Est ce que tu regardes du porno ? Ça fait partie de vos influences, avec Grand Marnier (son producteur et compagnon, ndlr) ?
On en regarde pas forcément ensemble, mais le porno fait partie de nos influences, oui. Le porno a une image un peu sale, un peu dépassée, on imagine souvent des films tout nazes, sans scénario, alors que c’est hyper vaste et qu’il y en a pour tous les goûts. Quand tu es un peu curieux et que tu cherches ce qui te convient, tu trouves. Et ce n’est pas nécessairement des films américains. Ça peut être du sexe à la maison avec une petite caméra et une lumière pas terrible… Ça peut aussi être du Jacquie et Michel.

Tu m’as l’air de bien t’y connaître.
Je ne regarde pas beaucoup de porno mais j’ai quelques acteurs et actrices de prédilection. Je cherche leurs films ou les Tumblr qui leurs sont consacrés, je trouve que les gif sont parfois bien plus excitants que les films. Il y a de super Tumblr pour ça. Et puis tu peux naviguer de Tumblr en Tumblr, ainsi de suite. Je mets les trucs que j’aime bien dans un petit dossier. Parfois, je ne me souviens même plus de mon point de départ et j’atterris toujours dans des endroits différents.

Tu peux me parler de tes acteurs préférés ?
Oui, totalement. Il y a April O’neil, qui est une fan, d’ailleurs, c’est drôle. On l’a rencontrée aux Etats-Unis et depuis on l’invite régulièrement à nos concerts, c’est une petite nana hyper gentille qui passe sa vie dans les comic-cons. On l’aime bien. Il y a Tori Black, aussi, qui nous a laissé un commentaire quand on a posté notre vidéo de Moteur Action sur YouTube il y a quelques jours. Et puis Jessie Andrews. En garçon, aucun ne me revient à part James Deen… Il a ce truc « mec que tu croises dans la rue », c’est ludique. Le nom de Rocco Siffredi plane toujours, mais ce n’est pas de mon époque. Ha si, il y a Xander Corvus ! C’est mon préféré.

Est-ce que tu penses que le porno participe de la libération sexuelle et de la libération de la femme ou, au contraire, que ça lui fait du mal ?
Je pense que le porno est nécessaire. Par contre, il y a une éducation à avoir. C’est comme une oeuvre d’art, certaines sont difficiles à recevoir sans connaître le discours de l’artiste. Dans le porno, c’est pareil. Les gamins de 14 ans qui se retrouvent devant des films hardcore, je pense qu’ils peuvent finir par se dire « C’est la réalité, c’est ce que veulent les meufs », tout mélanger et oublier tout le respect qu’il y a derrière. En même temps, je pense que le porno peut aussi être éducatif. Il permet à certains couples d’échanger, de communiquer autour de leurs fantasmes, de créer ensemble. Mis dans les mains de différentes personnes, un film porno ne va pas avoir le même impact, ça va dépendre de l’éducation, de l’environnement familial… Mes parents ne m’ont jamais mis devant un porno, hein ! Mais ils m’ont toujours dit que je tomberai sur ce genre de chose et que la réalité, l’amour et la sexualité ne se résumaient pas à ça.

J’ai lu plusieurs fois que ta mère était féministe, sans jamais en trouver la source.
J’ai dit qu’elle était féministe dans le sens où c’était une figure de femme indépendante dans sa génération. Je ne l’ai jamais entendue revendiquer quoi que ce soit, mais elle était impliquée dans des associations, elle a notamment travaillé dans un établissement pour jeunes filles. Ma mère a toujours revendiqué son individualité et ses choix de carrière, mon père les a toujours respectés. Avec le recul, je me rends compte d’à quel point leur couple était moderne par rapport à leur époque. J’ai toujours vu mon père faire la cuisine, le ménage et la lessive. Ça fait 45 ans qu’ils sont ensemble. Quand ma carrière a commencé, il y a dix ans, j’ai compris que cette éducation-là y était pour beaucoup.

Le genre musical qui parle de cul, en général, c’est le rap. Le problème, c’est que le rap reste assez masculin et machiste. Ton rapport au rap, c’est quoi ? Tu en écoutes ?
Je suis un peu obsédée par PNL en ce moment, je suis de près chaque sortie de clip, chaque nouveau titre, la date de sortie de l’album. Je trouve qu’ils apportent une fraîcheur dans le rap français. Il y a toujours ce petit rapport aux meufs, mais je pense que ce sont des mecs intelligents qui vont dans ce cliché-là en restant conscients de ce qu’ils font. La manière dont ils démarrent leurs carrières, dont ils maîtrisent chaque petit détail, ce n’est pas anodin. Quand ils commencent La petite voix par « J’baise ces gros pédés », tu te dis « Putain, ce truc est complètement homophobe » mais je n’y crois pas. C’est trop gros, c’est du folklore, c’est une phrase type. Voilà, c’est mon groupe du moment. En rap US, j’aime bien Tyler, the Creator.

J’aimerais te parler d’Ophélie, le morceau que tu as enregistré avec Nouvelle Vague. Il parle de zoophilie, c’est un sujet qui aurait fait reculer beaucoup de monde. Pourquoi pas toi ?
Parce que c’est un morceau hyper poétique, un truc un peu rêvé et cauchemardesque à la fois. J’aime cette ambiance particulière, je trouvais intéressant de raconter un histoire très onirique et un peu dégueulasse avec une mélodie agréable et une petite voix. Et puis c’était chouette de travailler avec Nouvelle Vague, ça m’a permis de rencontrer Jad Wio, les auteurs du morceau original.

Pas d’intérêt particulier pour la zoophilie, alors ?
Non, totalement pas ! (rires)

Crédit photo : Paley Fairman

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