Le coffee porn, un fap 100 % arabica

À l’heure où ces lignes sont écrites, je laisse passer dans mon gosier une rasade brûlante de café noir trop sucré. Le café a cela de miraculeux qu’il éveille immédiatement les désirs, réveille le palpitant, en mêlant l’amertume des grains à la douceur de la première masturbation journalière. Le coffee et le porn font bon ménage.

Cum-on-coffee

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Dans le Urban Dictionary on trouve une jolie définition du coffee porn, signée Chris Abagato : il est question de coffee porn quand l’homme s’enfonce un grain de café dans le gland avant de l’éjaculer dans la bouche de sa partenaire. C’est beau la culture. Néanmoins, cette description spectaculaire semble trop fantaisiste pour le fappeur scientifique que je suis. Une autre dérivation du coffee porn laisse songeur, le traditionnel “teen drink morning coffee with sperm ». Le lait laisse la place à un tout autre liquide et le porn investit la bouffe sans préliminaires, souillant le délicat contenu d’un mug immaculé : #milking. Un blasphème ! On trouve ainsi au fil de ses élucubrations liquides une phrase-choc résumant joliment le concept: “She likes her coffee with a splash of hot man cream!”. Bref, le cum-on-coffee est de ces passages – malheureusement – obligés dans la vie d’un explorateur du porn.

Le tag caféiné, c’est du foodporn concu à l’arraché façon sex tape, un beau cumshot se faisant l’équivalent moderne du “nuage” anglais ponctuant un ronflant thé d’après-midi. L’analogie était trop évidente pour ne pas être exploitée : le café qui parcoure la gorge, c’est du sperme que l’on avale. Dans l’univers du porn, on ne boit que du café bien fort (“HARDCORE” !) et celui-ci se voit traversé façon Jackson Pollock d’une coloration virginale (foutre ou sucre). Le Starfucks a remplacé le Starbucks.. Au gré de ces trucs amateurs mal branlés, le porno devient alors un poème un peu brut, en noir et blanc, une sorte d’expérimentation gustative pour secoués de la cafetière.

#morningblowjob

morningblow

Mais le café, c’est aussi le premier rapport charnel avec le monde, dès le lever, les premières sensations, le contact initial avec un corps étranger. Camille Crimson a parfaitement compris le délire à travers son classique fantasque Morning Wood Blowjob. La belle rousse se lève non sans difficulté, prépare le café, le chaud café s’éjacule progressivement et la chaleur de la caféine de laisser la place aux premières fulgurances brûlantes de l’érection, le café mis en tasse n’étant que le décalque coutumier du chibre délicatement mis en bouche. Au gré de ses oeuvres apaisantes conciliant la lenteur zen et la rudesse du sexe explicite, Crimson privilége le #morningblowjob, un tag qui a tout pour émoustiller puisqu’il exploite brillamment la sensation inégalable de la première érection matinale – celle-là même qui transforme le rêveur groggy en fappeur aguerri, aussitôt levé aussitôt raide comme la Tour Eiffel. Le morningblowjob est une mise en abyme du spectateur trop tôt posé sur ses pattes, encore caressé par le sommeil et qui, le café en pogne, assiste au réveil galvanisant en diable d’un couple coquin. Le café, l’excitant par excellence, représente alors l’excitation sexuelle. Et à travers lui, la fellation du matin est l’incarnation d’un fantasme quotidien, celui de rentrer en contact avec la lumière du jour par la force du plaisir, le corps dressé en même temps que la quine.

Introduisant sur son site sa vidéo Another Cute Morning Blowjob, Crimson écrivait d’ailleurs : “I’ve done teasing in the retro look in my little vignette, but now it’s time to show you what happened after I finished my coffee… A blowjob, of course! There’s something very sweet about the experience of giving a loving blowjob first thing in the morning”. L’art de la pipe est-il indissociable de celui du bon café ? Si oui, puisque grand-mère sait faire un bon café, on laissera les courageux aller chercher le nirvana du côté des grannies.

Coffee’n’Clothes
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Mais le coffee porn est à envisager sous d’autres perspectives désormais. Investissant les comptes instagram et le langage-foodporn, il s’impose aujourd’hui comme un nouveau tag parfait. En témoigne l’admirable compte Instagram de Ryan Glick, Coffee’N’Clothes : une mosaique de vignettes méticuleuses célébrant avec justesse l’art galant du fétichisme en redonnant à l’érotisme culinaire ses lettres de noblesse. Avec Coffee’N’Clothes, les belles chaussures des demoiselles – ou les pompes des messieurs – sont tout aussi excitantes qu’un bon café aux arômes troublants, et ces splendides jambes étendues non sans majesté invitent à se délecter d’un peu de caféine interdite. Ce café, à l’image des pieds partiellement dénudés qui s’accumulent au fil des photos, est à lui seul l’incarnation d’un torrent de personnalités chromatiques (c’est à dire de tags), de l’obscurité pure de la nuit noire à la blancheur brunâtre si populaire.

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Au gré des tasses l’Instagram se fait blason, puisqu’y sont célébrés l’esthétique du vernis à ongle, la délicatesse des fines mains qu’on aimerait toucher, la justesse d’une pose avant délectation buccale, autant de gros plans simples comme bonjour sur les charmes de la femme-mystère, compositions en puzzle d’une sensualité multiple sans visage. La beauté féminine ne fait plus qu’un avec celle d’une boisson qui, bien plus que le pétrole, mérite le titre d’or noir. Et le plaisir, comme le coffee shop, se trouve au coin de la rue. Cherchez-le et trouvez-le.

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Trop soft pour vous ? Et pourtant, rien de plus logique que la création de cette fenêtre instagram ouverte sur les fixations libidineuses du néo-fappeur. Au sein du macrocosme porno, le spectateur a toujours entretenu une relation obsessive – et indéniablement fétichiste – avec une multiplicité de mots, de signes et d’images, des jambes écartées aux talons aiguilles relevés en l’air, de la petite culotte en dentelle aux langues entremêlées. L’objet des fantasmes ne pourrait être que cela, un simple objet : un vêtement qu’on retire, un crayon mis en bouche, un lit qu’on caresse des doigts, une tasse de café immortalisée sur Coffee N Clothes.

À travers cette entreprise de “tagification” intensive, la pornstar (la “coffee”, c’est à dire l’ebony, à l’instar de Coffee Brown ) et la boisson éponyme entrent en communion, toutes deux sujettes à une abondante faciale. L’équivalent “mainstream” du coffee porn originel proné par Glick fait état du même culte, puisqu’il met en valeur une identique -mais plus subtile- transfiguration charnelle de la vie de tous les jours. Une sorte de réécriture très sexualisée qui fait du bien aux sens. Comme le café à 6 heures du mat.

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Si le porn est venu ponctuer le moindre mot, la moindre phrase, désignant aussi bien les corps des bâtiments (l’architecture porn ) que l’esthétique alléchante du casse-dalle (le burger porn), ce mariage entre la chaussure à embrasser et le café à savourer n’est rien de moins qu’un retour salutaire à la subtile perversité des faps poétiques. La tache ébranlant le flux du café forme un coeur, l’heure est au romantisme naif, aux déclarations d’amour insouciantes et rétros, au porno très implicite. Un pantalon de cuir renvoie à la couleur du café, et ce café que l’on humecte est un café de #fetish. Assumons-le.

Un arabica qui, dans mes rêves les plus fous, se fait BDSM trash, me gifle comme une lanière, me propulse dans l’obscurité caféinée, me détruit les papilles avec vigueur et me laisse un goût merveilleusement amer dans la bouche – le goût violent de l’orgasme.

Image en une : « They’ve done it. They’ve made the food-porniest food porn that ever food porned » 

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