Prostitution : le tag interdit

Causette Vs Causeur et ses 343 salauds, le chanteur Antoine et sa pétition, cet automne a été celui des saillies, des volte-face et des grandes engueulades autour du plus vieux métier du monde. Statut professionnel toujours incertain, toujours honteux, la prostitution n’est pas illégale mais tout l’hypocrite arsenal législatif rend progressivement sa pratique impossible et ses conditions d’exercice plus précaires. En cela, la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée Nationale à propos de la prostitution, parée des meilleures intentions (endiguer la traite, l’esclavage sexuel…) répond de manière très grossière à des questions pourtant complexes et subtiles.

La précédente loi sur le racolage passif (LOPPSI II) avait le “mérite” d’afficher clairement la volonté d’invisibiliser la prostitution de rue. Un “Cachez ce sein que je ne saurais voir” mâtiné d’une logique anti-immigration finalement cohérente avec la politique générale du gouvernement précédent. Celle-ci est plus retorse. Elle ne criminalise pas la prostituée (le prostitué homme, la prostituée trans sont au passage oublié-E-s), elle prétend la protéger (d’elle-même) en pénalisant sa source de profit : le client. Avec ce présupposé, il n’y a pas de prostitution librement choisie.

Au-delà du paternalisme liberticide de cette affirmation, la loi pourrait aboutir à l’inverse de ses buts affichés en précarisant un peu plus les victimes de la prostitution forcée. La méfiance des clients augmente dramatiquement les risques d’incidents et d’agressions. La nécessité de protéger le micheton d’une éventuelle amende de 1500€ va pousser encore à la marge de l’espace public les passes. Et moins les putes seront visibles, moins elles seront en mesure d’appeler à l’aide.

Par ailleurs, les prostituées indépendantes (comme certaines actrices X qui pratiquent aussi l’escorting) le craignent : moins de clients, c’est moins de possibilité de les sélectionner, moins le choix des pratiques et une difficulté accrue d’imposer le port du préservatif. Sans compter bien sûr, un chiffre d’affaire en berne. Un militant de la prévention anti-ist va plus loin dans cette BD. La Suède où s’applique déjà la loi de pénalisation du client a vu les conditions sanitaires des prostituées drastiquement chuter. Et c’est pas Beigbeder ou Nicolas Bedos qui le disent, c’est l’association Aides et l’OMS.

Ci-dessous, l’intervention du député Coronado :

Bien sûr, on peut toujours se dire que ce n’est pas si grave ; que la France a de toute façon toujours préféré légiférer selon Tartuffe que selon Diderot. Le problème étant qu’à prendre les prostituées pour des victimes incapables de choisir leur voie et qu’il faut sortir de gré ou de force du tapin, ce sont toutes les travailleuses du sexe qu’à terme on prend pour des connes. Et quand on sait que les lobbys “féministes” à l’origine de cette loi voient unanimement dans la pornographie une autre atteinte à “l’image de la femme”, il y a de quoi redouter de prochaines tentatives prohibitionnistes de légiférer sur l’intime.

6 commentaires Voir les commentaires

  • J’aurais mis associations abolitionnistes plutôt que lobby féministe. J’aurais aussi parlé d’accorder une meilleure reconnaissance pour les travailleurs du sexe, et également une amélioration globale des conditions d’intentions de la nationalité française, et des loi anti-précarité permettant aux individus de faire un choix non biaisé par les facteurs économique.

    Enfin, je pense que la liberté de faire ce qu’on veut de son corps n’a pas à être invoqué ici, car pour un grand nombre de putes on ne peut savoir si elles sont libres sachant qu’elles font ça pour échapper à la précarité. C’est sur la précarité qu’il faut agir et surtout ne pas mettre de loi prohibitionnistes comme cette loi.

  • J’ai préçisé « lobby féministes à l’origine de cette loi » de façon à une pas englober les autres. Les féministes pro-sexe/sex positiv et assoc’ de travailleurs sexuels s’opposent naturellement à cette loi. Par ailleurs, « des loi anti-précarité permettant aux individus de faire un choix non biaisé par les facteurs économique », vaste sujet mais éminemment compliqué. C’est l’absurde sacralisation du sexe qui fait qu’on refuse de considérer la prostitution comme un autre métier du corps. A partir de là, le choix biaisé, il est aussi culturel.

  • Sociologiquement baiser h24 n’est pas forcément le train de vie rêvé.
    N’est-il pas temps de remettre ces prostituées sur de bons rails ?
    C’est un débat qui mérite un traitement sérieux, effectivement.
    Finalement la prostituée me semble instrumentalisée.

  • ce que je vais dire semblera peut être hors sujet … mais pour ceux qui auront vu la vidéo de Coronado auront relevé « on ne demande pas l’avis des personnes concernée … » Je ne peux m’empêcher de faire remarquer que le peuple n’est JAMAIS consulté sur la moindre question.

    On va me dire que je suis un théoriciens du complot … mais la raison de cela c’est parce que nous ne sommes pas en démocratie.

    En résumé nous pouvons voter pour des maîtres, que l’on ne peut pas choisir parmi la population, qui ne sont pas révocable. Nous ne pouvons pas contester leurs loi, nous ne pouvons pas demander de loi, nous pouvons seulement voter pour des « promesses ».

    Si ça intéresse des gens, c’est très bien expliqué ici, et je pense même qu’il faudrait diffuser cela un maximum :

    La vidéo parle d’abord de la dette publique, c’est lié, c’est la conséquence du fait que l’on ne soit pas en démocratie
    http://www.youtube.com/watch?v=3uu_NdsPoHQ

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