Snapchat : exhibitionnisme et savoir-vivre

Snapchat est une application mobile qui permet de communiquer avec son entourage par le biais de photos ou de vidéos d’une à dix secondes et de façon éphémère. Une fois que votre snap est ouvert, il est impossible d’y accéder une nouvelle fois. Dans un premier temps adoptée par les adolescents, elle a commencé à se développer chez les adultes en quête d’injection de sextos de courte durée, de claques mentales et de belles teubs lancées comme des petits coeurs.

Nez à nez avec la trompe d’un éléphant

Quand Snapchat est apparu, n’étant pas technophile, ayant passé l’âge de tester toutes les applis du marché et souffrant d’un iphone 4 pas S qui, du haut de ses 2 ans, affiche un bon 75 ans en âge numérique, j’ai laissé les adolescents jouer avec. Pire, j’avais un petit air méprisant pour ceux qui frissonnaient de cette messagerie éphémère.

Faut dire que ce maudit téléphone avait aussi vu débarquer par tous les ports (Whatsapp, Viber, Gmail et Skype…) le graal du sexto pour adulte respectable : la sextape perso. Celle qu’on envoie quand la confiance éternelle est atteinte, contre un bout d’intimité – un fap partagé par écrans interposés. Alors l’idée de voir pendant 3 secondes un téton pour aussitôt l’oublier ressemblait à s’y méprendre à du touche-pipi numérique et pas digital, ce qui est moins intéressant (si tu l’as, tape dans tes mains).

Mi-2013, le hasard de la vie, un article ou un bruit de couloir fit apparaître ce petit fantôme coquin sur fond jaune sur mon téléphone qui n’en finissait pas de geindre à chaque mise à jour de la grosse pomme croquée. Je fis le tour de mon répertoire Snapchat et remarquai que peu d’âmes y vivaient, à part Norman que je n’osai pas ajouter ; quelques potes et bien trop peu de filles. Ce truc sentait l’arnaque, comme la version hétéro de Grindr où trois dépressives et 350 mecs en chien se battent pour espérer tirer leur crampe.

Cette réalité n'est pas celle de la rencontre en ligne © x-art.com

Cette réalité n’est pas celle de la rencontre en ligne © x-art.com

Suivant le nouvel adage qui dit que sans vous exprimer vous n’existez pas sur internet, je décidai alors de lancer un tweet à la mer pour signaler au peuple qui me suivait que je faisais à mon tour partie de la grande communauté des Snaptchos, tel un ado nerveux prêt à recevoir des flashs de boobs et des snaps de chatte.

Le premier snap que je reçus fut la belle trompe d’un pote… N’étant pas braconnier, je ne m’attardai pas à lui piquer ses défenses et envoyai à mon tour ma teub, sans pudeur, lancée à travers cette application qui semblait tout oublier, à commencer par la honte. Cette introduction à l’internet éphémère et exhibo deviendra plus tard un rituel, les nouveaux venus qui le mériteront seront accueillis par ce fier étendard en la qualité de mon vit, dressé ou non, selon le sens du vent. Jizzkov encore traumatisé, peut témoigner.

J’étais baptisé du glaive et j’allais à mon tour conquérir le monde

La puissance de l’application réside dans sa contrainte de temps alliée à la liberté de pouvoir envoyer ce que l’on veut. Cette même équation qui a fait le succès de Twitter ou Vine en poussant à la créativité par son cadre restreint.

Il existe plusieurs façons d’utiliser l’application, on peut envoyer des photos à la con, dessiner dessus, rajouter une légende, mais ça n’a pas grand intérêt puisque Whatsapp ou Viber le font déjà, sauf si on a des amis marrants. On peut aussi s’en servir comme messenger, communiquer uniquement en photos, sachant que l’accès à l’appareil photo est (bien) plus rapide que l’application dédiée d’Apple (continuez à nous faire rêver les gars !). Mais on peut surtout s’en servir pour envoyer ou recevoir des tranches de porn comme des petits shots, accoudé au bar de l’exhibition, partout, tout le temps.

Une attitude déshonorante qui entache le vivre ensemble

Une attitude déshonorante qui entache le vivre ensemble

Les esprits grincheux vous diront qu’on n’est jamais à l’abri d’un screen furtif, d’un leak de quine, mais vu que l’appli vous le signale, vous serez vite cramé tel un sportif qui ne respecte pas les règles du sport. Libre alors à vous de rester sur le banc de touche pour recevoir des snaps de paysage de merde avec vos copains les boloss. Pas de ça chez nous.

Pics or it didn’t happen

Passons cette parenthèse explicative pour revenir à Casper notre petit fantôme exhibitionniste et une journée typique avec lui. Ça donne des potes qui lancent des mèmes, Saint-Sernin qui se prend pour Houellebecq, Zafinho qui fait des imitations de Chirac, Lola Viande joint au bec, Sylvain Paley community manager de sa vie, des #bonui, des snaps groupés cramés et surtout des snaps de cul lancés comme des boulettes de papier. C’est bien là que réside le potentiel énorme et illimité de Snapchat : se prendre en pleine gueule le cul d’une copine, les seins d’une ex, la chatte de ta voisine ou les kiwis d’un pote.

Se foutre à poil, faire monter l’aventure, n’est pas chose aisée quand l’enfer ressemble à un dossier d’archivage des conneries qu’on envoie. Avec Snapchat, aucun risque, sauf peut-être si vous avez un contact qui a ses entrées à la NSA. Teub aussi vite envoyée, teub aussi vite oubliée. Tout ça n’a pas plus d’importance que de passer dans le salon en ouvrant furtivement son peignoir pour faire marrer quelqu’un ou lui signifier qu’un futur en commun est possible.

Je ne suis pas de nature exhibitionniste, je ne suis pas non plus vraiment pudique ; si je peux me permettre quelques écarts de conduite numérique, c’est quand le terrain est propice et les fuites éventuelles parfaitement maîtrisées. Avec Snapchat, toute cette prudence vole en éclat, il faut du sexe, du porn, se faire peur et repousser certaines limites. Draguer sans prendre de pincettes, coucou tu veux voir ma bite ? Surtout si c’est à un(e) inconnu(e).

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DTC

Pas vu, pas pris

Puisque personne ne vous voit, autant y aller franco : meufs maquées, pote qui n’a rien demandé, snap groupé lancé comme un défi à qui finira le plus à poil dans ce bout d’internet parallèle, drague qui dérive… Si la personne en face vous fait chier, vous pouvez toujours plaider non coupable, pas de preuve, pas d’existence, la loi d’internet est formelle : pics or it didn’t happen.

Un jeu débile mais chargé d’adrénaline, surtout quand on regarde ses snaps furtivement au bureau. Yeux exorbités, sueur qui perle sur le front, certains snaps mettent clairement la pression. Est-ce un jeu, un rêve, ou le futur de la communication privée ? En tout cas, c’est un espace de liberté salvateur dans cette époque où chaque tweet, chaque message est analysé, décortiqué et vous revient à la gueule — chienne de vie numérique.

Mais faites tout de même attention, il existe une petit faille dans ce système : la mention publique de vos best friends (les trois personnes à qui vous envoyez le plus de snaps). Une arme de stalking assez puissante qui permettra par exemple de vous rendre compte que le dragueur du coin a trouvé une nouvelle proie ou bien que votre copine snappe un peu trop avec ce dernier. Mon conseil est simple : gardez toujours vos trois meilleurs amis inoffensifs dans ce top, ça évitera qu’on grille vos plans. Pour le reste, il paraît que les photos seraient stockées dans le cache du téléphone et que ce serait déblocable contre 650 $. On s’en tamponne les kiwis, sérieusement.

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Adrénaline et endorphine

Snapchat a encore de beaux jours devant lui, l’application reste extrêmement basique avec un potentiel d’évolution assez grand, mais son succès est déjà énorme, avec quelque 5 millions d’utilisateurs quotidiens en juin 2013. Il s’échange déjà plus de 200 millions de snaps par jour, à comparer aux 350 du mastodonte Facebook qui a d’ailleurs voulu racheter Snapchat pour lui apprendre à fermer sa gueule.

En revanche, impossible de connaître le taux de pornographie maison qui y circule, mais une chose est sûre, la technologie pousse au vice et à l’exhibition quand personne ne peut fouiller dans votre historique. Une bouffée d’air frais, un hélicoteub pour s’aérer. Snapchat, application de l’année 2013, on attend au tournant ceux qui tenteront de le nier.

Retrouvez-moi sur Snapchat : desgonzo.

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