Gaël Mectoob : « Big boobs & deep throat »

Il est arrivé comme dans ses vidéos, la démarche tranquille du mec qui est sur le point d’être drôle, mais ne veut pas trop qu’on le dise. C’est à peine le “bonjour ça va ?” passé, que les vannes s’enchaînent naturellement sans se forcer, comme on retrouve un gars de sa bande de potes du lycée : ni le temps ni l’envie de se raconter nos vies, tellement pressés de lâcher des blagues de boobs, de bass et de prouts le long d’une discussion décousue.

Rencontre avec Gaël Mectoob, vrai garçon du web. Si on l’a connu dans le potache, et désormais culte, feu 10 minutes à perdre, on le suit aujourd’hui dans Studio Bagel, avec les mêmes potacheries dans un plus gros budget où on le voit, entre autres, errer dans un monde sans les effets de l’alcool ou personnifier Doctissimo. Dans le même temps, il scénarise des BDs, diffusés sur le très recommandé Glory Owl de Mandrill Johnson, où l’on peut croiser sans s’étonner des lapins Disney, rieurs, qui se fourrent des carottes dans l’anus. Ainsi officie Gaël Mectoob au milieu de la bataille féroce du web faite de pouces rouges et de verts.

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On commence doucement et classiquement, c’était comment ta rencontre avec le porno ?
Ambiance René Château Vidéo. Mon vrai premier souvenir de “boulard” c’était chez mon père, avec mon demi-frère et ses potes. Moi, j’avais 8-9 et ils étaient tous là, il avaient genre 13-14 ans”, “ouais trop fort on va se mettre un porno”. Ils avaient mis une cassette tard le soir, un truc funky américain avec des masseuses. Impossible de te dire le titre. On était tous un peu honteux et ma demi-sœur est arrivée pour dire “vous ne pouvez pas le laisser là, ça va pas ou quoi ?” et j’ai été ramené dans ma chambre tranquillement en me disant “il y a des films bizarres qui existent” sans que ça ne me hante plus que ça. Et après c’était les VHS avec les potes et des BDs, Fluide Glacial, l’esprit erotico-porno. Jusqu’à l’explosion avec Internet. L’explosion de foufounes.

On a du mal à t’imaginer en consommateur attentiste, t’étais plus un dealer de VHS, le dessinateur de bites ou le consommateur massif ?
Ah dessinateur de bites oui ! J’ai été champion régional, payé en heure de colle. Mais je ne suis pas un méga gros consommateur de porno. C’est surtout dans ma tête. Je suis plus dans l’imaginaire, je me fais des films. À l’arrivée de Youporn, je trouvais ça juste marrant d’y traîner. En fait, si je veux m’exciter, je ne me lance pas un porno, mais j’aime bien traîner et je browse, je browse. En y repensant, le premier pote qui avait Internet, on a traîné dix minutes en se disant “waouh” mais on allait tout de suite voir les trucs de cul. Même sur le Minitel, avec mon demi-frère, on aimait regarder le pixel qui bougeait en animation, c’était tellement nul, mais on disait “oh putain putain regarde un mec qui se faisait sucer”. Au début des années 2000, je regardais pas mal sur le net avec l’explosion des “mini-vidéos” qu’on se partageait.

Bonhomme © Klém Photographie

Bonhomme © Klém Photographie

J’anticipe ta prochaine question, mais j’ai un gros classique de cette époque et c’était l’un des rares trucs qui me plaisaient : Les deep throat d’Heather Brooke et ça tournait comme ça d’ordi en ordi, comme si c’était volé. Ce que j’aimais, c’était la fille mignonne mais pas trop plastiquée et le côté fun et marrant, un vrai délire de couple. Elle était là avec son mec, tranquille. C’était fun. Et même si on ne savait pas le délire fake ou vrai, c’était vraiment cool. Quand j’étais ado, j’avais aussi les bandes dessinés, comme Manara ou même Druuna (de Paolo Eleuteri Serpieri), avec une espèce de Monica Belucci et tous les prétextes possibles pour qu’elle baise des monstres dégueulasses. Ce côté bizarre me plaît.

Je me souviens d’un sketch de 10 minutes à perdre, avec le Palmashow, où vous faisiez “l’envers du décor”, à intellectualiser votre humour, façon actor’s studio, pour finalement amener une “casserole dans le cul”… Tu t’es déjà amusé à te transposer de la même façon en réalisateur porno ?
J’adore les bons boobs, je suis un peu un obsédé sexuel aussi hein. Mais je pense que j’irais plus vers un film érotique qu’un film porno. Le Russ Meyer tout ça, le vieux porno. Là je fais un clip pour un pote où je sample plein de films pornos classiques, Deep Throat, Behind The Green Door… C’est un vrai travail de fourmi. Je me lancerai dans le film forcément un peu parodique et très assumé. Je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire techniquement pour réussir à faire un truc bandant et excitant à la fois pour les filles et les garçons… Mais visuellement, ça pourrait se finir aussi comme des films de Matthew Barney, (Il décrit une scène de Hoist, court métrage artistiquo-pornographique réalisé à l’occasion du projet collectif “Destricted”). Drôle et dérangeant. C’est le genre de trucs qui me fascine, non pas pour l’excitation, mais dans le concept. Après je vois les trucs que vous faites sur le Tag Parfait et c’est exactement ce que j’aime faire et voir. Et j’ai plein de copines genre Suicide Girls ou assez libres avec ça, même si je n’ai jamais eu l’occasion de le faire, je me vois bien poser quelque chose sur Vimeo, sexy, fun et sans prétention.

D’ailleurs chez les filles de ton entourage t’as vu une évolution vis-à-vis du porno ?
Quand le porn a explosé dans les années 2000, on se disait putain on va tous devenir fous, on en aura plus rien à foutre, ils en auront plus rien à foutre, ils vont sodomiser leurs copines sans leur dire bonjour, on sera inondé de pornstars et de sextapes adolescentes. Et… non. Même si j’ai des amies, avec qui il ne s’est jamais rien passé, où on s’offre plus de libertés dans nos relations, peut-être influencé par le porno ou même pas. Je pense qu’on a perdu une honte vis-à-vis “du truc” et les gens en parlent plus facilement, Le Tag aide à ça. Et ça se voit dans mes MMS ou sur mon Snapchat (Il appuie son propos en fouillant sur son smartphone et me montre une pote à lui qui lui dédie ses fesses – mi-scarlettjohanssoning dans une salle de bain).

Autant mon Facebook ou mon Twitter n’ont plus aucun sens, c’est tout public et j’y mets n’importe quoi, autant je garde une part de privé avec mon snapchat et ces outils. Même si c’est à la mode chez notre public (les ados) et Monsieur Poulpe s’est fait envahir en en parlant sur Twitter, je préfère son utilisation entre créatifs, potes et, surtout, avec les meufs. C’est le terrain parfait pour voir du boobs. Et du boob accessible. J’ai ma collection perso dans mon portable. Mais c’est beaucoup plus excitant qu’un porno. D’avoir une copine où on s’excite vite fait, sans forcément aboutir à un truc. C’est du bon scénario. Et c’est parfait, car ce n’est pas vulgaire, c’est assumé et c’est fun.

Keep calme snapchat

Un art de vivre

Parlons de Studio Bagel un peu, et de l’internet, il se passe quoi pour l’avenir, vous êtes sur plein de trucs ?
Studio Bagel c’est tout jeune, ça s’est créé en octobre 2012 et je les ai rejoints en février. Et ça marche très très bien. On a eu globalement un bon accueil, c’est parti super vite et super bien. On était dans les premières chaînes d’Europe au lancement des chaînes thématiques et on affronte la hate tranquillement. Youtube, qui est en partenariat avec la boite de prod, espérait 200 000 abonnés et là, on est proche de 600 000 (plus de 733 000 depuis, ndlr).

Par rapport à Youtube, vous êtes en totale liberté ou des trucs sont bloqués ?
Oui c’est vraiment libre, on a juste eu une vidéo qui s’est fait censurer et encore même pas, elle est juste passée en “moins de 18” car on y voyait un objet phallique. Mais après on fait ce qu’on veut, tu parles de bukkake et tout ce que tu veux il n’y a aucun problème. 10 minutes à perdre, c’était juste Baptiste et moi et un producteur associé, on y allait. Là Studio bagel c’est un gros truc, il y a un directeur d’écriture, un producteur, etc. C’est une grosse machine, mais on garde plein de liberté. Tout le monde balance des idées et on regarde ce qui est possible ou non. Moi, j’ai proposé ma connerie avec Spielberg en me disant “bah ils ne vont pas accepter c’est trop chelou” – QUEQUETTE QUEQUETTE à une heure de la remise des prix c’était un peu taré… Je me suis pris 10 000 pouces rouges alors qu’elle était à 300 000 vues. Donc elle a été bien partagée, mais c’est un peu comme tout ce que je fais, on adore ou on déteste et sur cette vidéo c’est flagrant avec une “barre des pouces” à moit-moit’. Dans l’ensemble on fait des trucs très produits, très réalisés, et là j’avais proposé cette idée débile et on l’a faite… C’était cool. Mais c’est encore tout nouveau, on balbutie. On cherche à lancer des séries chacun. Quand tu te dis qu’en novembre, ça n’existait pas… On a déjà fait du chemin.

Et à propos de 10 minutes à perdre, ça va avec Baptiste?
Ouais ça va carrément, bon on a eu une petite période de froid. Mais on s’est vu pas mal à Cannes et on a bien rigolé. On se snapchat aussi. On est toujours sur nos grandes discussions philosophiques et théologiques sur le pouce rouge par rapport à certaines de nos vidéos. 10 minutes à perdre, si on peut faire un parallèle avec le porn, on a explosé moins avec le buzz de “vraiment pd” qu’avec notre ambiance visuelle “amat’” – qui était pourtant produite. Je pense que c’était ce côté accessible où on se retrouve avec un pote dans son appart tout serré, à faire des vannes. Ça a fait comme moi plus jeune avec Jackass : mais qu’est-ce qui m’empêcherait de pousser ce caddie avec eux ? Et donc on en parle et on partage.

T’as d’autres vies au-delà de “l’humour en ligne” ?
J’avais commencé un peu toutes mes activités pseudo-artistiques. Avec mon groupe Joe La Mouk, on faisait du punk psychédélique au début et on est allé vers des trucs à la Sonic Youth, mais très vite, comme on est débile, on a fait des clips rigolos et des vidéos pipi-caca. On avait par exemple fait une chanson qui s’appelait “Ta gueule”, et on avait fait une vidéo avant Youtube/Dailymotion qui avait fait 1,5 millions de vue directement sur nos serveurs. Les gens téléchargeaient et tout avait été pété, ça nous avait fait un peu connaître.

Sinon je mixe depuis toujours, et juste après l’arrêt de 10 minutes à perdre, j’ai un tourneur qui m’a fait confiance. J’arrive au bon moment, pile quand le dubstep est mort ! (rires) Mais je m’en fous. J’ai encore fait une soirée samedi dernier et c’était totalement fou. Les jeunes font la teuf et se déchirent, c’est la déchéance. C’est comme le porno, c’est marrant. Pour le dubstep, j’ai connu les deux périodes où on traînait au Nouveau Casino et on se regardait bizarrement en dansant sur trois “blop blop” et là maintenant les grosses soirées turbines/stades avec les filles seins nues et la folie partout. J’ai connu et aime les deux.

Au Tag, on est fan de tes strips sur Glory Owl.
Ça fait plaisir. Je connaissais Mandrill Johnson sous son ancien pseudo “biscuit” et surtout son strip “Pétain & Gandhi” qui nous faisait chialer de rire. Il en a fait quelques-uns et il a disparu. Puis récemment j’ai vu qu’il relançait ça avec Glory Owl qui se présentait comme blog bd collectif (on y croise Gad l’auteur d’Ultimex ou encore Davy Mourier l’animateur star de Nolife, membre du Golden Moustache et humoriste sur scène, ndlr) où on retrouvait le même ton gentillet hardcore, alors j’ai donné des idées à un pote, bault, et il m’a fait des super dessins et ça a pu se goupiller parfaitement et rapidement.

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