Panteros666 : « On vit carrément le futur mais personne ne l’accepte »

Il n’y a pas que le porn qui nous fait bander, il y a aussi la musique, le futur et surtout internet. Un mélange de tout ça pourrait donner Panteros666, artiste polymorphe et grand explorateur du réseau. Il vient de sortir Hyper Reality, son nouvel EP chez Bromance qu’il défend en live à l’aide d’un clone digital, c’était l’occasion pour nous d’aller à sa rencontre et tenter d’entrevoir à travers les coquillages qu’il ramasse sur les plages numériques, le futur qui approche. 

Tu viens de sortir un EP, tu peux nous en dire plus ?
C’est un EP de 7 titres que j’ai produit en même temps qu’un live du futur. C’était vraiment du BTP à l’échelle individuelle avec mon équipe réduite, Inest Marzat assistée de Stéphane Iwanowski pour le visuel et Alexandre Le Guillou pour la technologie Kinect. J’ai passé genre 1 an sur le design de la fresque digitale du live, 3 mois pour pirater la technologie Kinect, 3­ mois sur les 7 tracks de l’EP « Hyper Reality ».

C’est la fin du premier chapitre Panteros666 qui est assez énergique, parfois brutal, post-­industriel… C’est un peu cheesy de dire ça, mais c’est ce que m’inspire le monde en ce moment, un mélange chaotique d’écrans colorés avec des gens qui se font aspirer partout et qui ne maîtrisent rien.

Au niveau de la musique, tu travailles comment ?
Je travaille pas mal à l’ambiance, c’est super important l’ambiance dans la techno qui est trop souvent fonctionnelle, sans style et sans âme comme un meuble Conforama. Si ce côté « banque de sons sans personnalité » est complètement voulu, c’est cool ; mais souvent il est subi. L’absence d’âme c’est vraiment ce qui me fait le plus peur en musique, comme un corps inanimé. Ecouter une compil de techno sans âme revient à me balader dans une morgue, vraiment. Sur pas mal de tracks, y a cette atmosphère bataille de cyborgs, c’est exactement où je voulais en venir.

C’est physique comme le rapport que tu as avec la musique de club ?
En ce moment la musique électronique est le meilleur truc sur Terre, tu peux encore avoir la grosse puissance dans le son tout en étant fin, pionnier et intelligent dans ce que tu fais. Par exemple je suis fan de métal, qui a de la puissance, mais qui est devenu comme le reggae : un style 100% codifié, une histoire de traditions à respecter ; toute innovation sera moins bien que tout ce qui a été fait avant. Y a pas de front pionnier donc ça fait chier ; tandis qu’avec la techno tu as l’énergie et le front pionnier.

Pourquoi avoir appelé ton EP Hyper Reality ?
Ça vient du live où il y a mon clone digital sur écran géant derrière moi. Un être humain ça restera toujours un être humain, une matière organique qui pue le fromage tôt ou tard. Avec le digital tu peux tout pousser, atteindre des formes de perfection abstraite géniale, tu peux transformer ton corps et ton image comme tu veux. C’est vraiment un truc qui m’excite.

Tu as l’air assez marqué par ce qui t’a touché étant ado, tu sais pourquoi ?
Je ne sais pas trop. Je me suis un peu rendu compte d’une arnaque de l’histoire, je pensais que tout allait progresser assez vite au niveau social, économique et technologique alors que pas du tout. On reste fan de la mode 70’s et économiquement on est bloqué dans les 80’s, j’en ai trop trop marre de l’amour facile pour le vintage. C’est comme voir un bon pote bloquer sur son ex du lycée jusqu’à 35 ans.

Donc je pousse de mon côté pour des nouvelles formes esthétiques et visuelles. Par exemple des courants américains comme le New Aesthetic que j’adore. Y a vraiment un nouveau mouvement qui repart sur des nouvelles bases où l’esthétique n’est pas l’expression pure de la beauté comme ça a été pendant mille ans, mais sur des nouveaux canons qui viennent du digital. Des gens trouvent ça hyper moche, mais pour moi la nouvelle beauté se cache là­-dedans.

Comment tu archives tes fichiers, tes découvertes ? Tu réorganises les chaos d’internet ?
T’as besoin d’avoir ton bordel hypra organisé à toi… J’aime bien les dossiers, les sous sous sous ­dossiers. Je fais des haikus pour les noms de dossiers.

Ça t’attire cette dualité entre le digital et monde organique, les deux sont opposés mais se rejoignent au final ?
J’aime bien le côté chaos­ graphique d’ordinateur qui reforme une végétation. Si t’imagines toutes les pages internet que t’as visité dans la journée en prenant du recul, tu les mets côte-à-côte et ça te fait un big buisson. Chaque page devient une feuille d’un grand arbre.

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T’es un peu une sorte d’archéologue du passé proche ?
Là je prépare des trucs qui repartent sur la 3D qui ont moins cet aspect “first generation internet”. Quand j’ai commencé à faire de la techno, je mettais mes vidéos sur Youtube et comme j’ai jamais trouvé personne avec qui taffer… Je me suis mis à faire moi-même mes graphismes, et je me suis dit que c’était cool : cette 3D, ce monde artificiel. Y’a le mec des LOL boys qui faisait ça et @lilinternet qui est une espèce de légende underground américaine avec qui je suis rentré en contact super tôt, tout de suite en 2011 quand j’ai sorti mon premier EP sur Sound Pellegrino. On a parlé et on avait les mêmes coups de cœur graphique, tout le monde se foutait de notre gueule, après il a trouvé un nom : “seapunk” pour parler de ça, et c’est devenu un mouvement très niche qui se développe et que les gens connaissent.

Pour revenir à ce qui t’a marqué ado, il y a j’imagine du porno ?
J’ai eu très tard internet et un ordinateur, et sans grand frère qui aurait une boite à chaussures sous le lit remplie de Penthouse, j’ai vraiment dû me démerder avec les moyens du bord. C’est à dire Redoute ou le vol de magazines à la Ocean’s Eleven en équipe de ­trois potes à la librairie.

Il s’est passé quoi quand t’as eu internet ?
C’était assez fou. Je faisais des missions la nuit, j’allais imprimer des jpeg sur l’ordi de la famille. Y avait cet historique qui était super dangereux à gérer, c’était un peu criminel… Avant les sites de boules c’était vraiment un truc à cacher, un truc de bandit moral, maintenant y a plus ce côté là. Je vois ça par rapport à mes petits cousins qui ont grandi avec des smartphones, c’est un truc de fou comment le porn vient à eux facilement. Ils ont pas besoin de réfléchir à des stratégies pour trouver le trésor ultime : une photo de femme un peu à poil. J’ai l’impression d’être le Petit Spirou par rapport à eux.

T’as fait le clip d’Aiku, ça t’inspire cette matière porno ?
Ouais les gens nus c’est toujours incroyable.

Ce que j’adore c’est mélanger des trucs que je trouve sur internet avec des trucs que je refais. On vient de sortir le clip d’I AM UN CHIEN, je leur ai fait reproduire des séquences de documentaire animalier en mettant les deux en parallèle. Toutes les images qu’il y a sur Youtube ou sur internet je les vois vraiment comme des coquillages que tu ramasses sur la plage. Un coquillage seul tu t’en fous, mais si tu mets du caramel dedans et que tu en fais un collier, ça devient un petit truc cool.

Comment s’est passée ta rencontre avec François Sagat ?
Pour le clip d’Hyper Reality je voulais faire l’inverse de mon live. Dans le live, j’intègre mon corps dans un monde virtuel, et pour ce clip avec François Sagat, j’intègre le monde virtuel dans son corps. J’ai fait des tests sur moi avec un Zentai, c’était bien mais hélas je suis pas assez sculptural. Il fallait un mec qui ait un corps de statue grecque et j’en connaissais aucun. C’est Woodkid qui a eu la bonne idée de me présenter François Sagat.

Le mec dégage une sorte d’hyper­virilité, il est complètement fascinant.
C’est un vrai soldat. J’avais maté Universal Soldier et je trouvais ça génial, en plus François a un peu la tronche de Dolph Lungren.

Ces images 3D, très 90’s, il y a aussi cette idée de cyber­sex…
Y’a une scène dans Demolition Man qui tue, où Stallone débarque dans l’appart de Sandra Bullock qu’il draguait à moitié. Elle arrive dans le salon, lui est assis en portant un genre de peignoir en soie nacrée et Sandra lui tend des lunettes 3D connectées au cerveau. Ils se mettent chacun à trois mètres de distance et font l’amour virtuellement. Ça marche 10 secondes et Stallone fait “oh mais c’est quoi cette merde putain ?!”, il saute sur elle et elle part en courant.

Voilà, j’attendais ces lunettes ; mais non. Le progrès technique fait partie des arnaques de la jeunesse, c’est pas lent, mais c’est jamais là où tu l’attends.

Dans 50 ans on continuera à baiser “normalement” et à se branler devant un ordi ?
Bien sûr, s’il y a d’autres trucs qui arrivent, ils seront des compléments bonus, comme il y a les jeux à gratter, ils sont le bonus des casinos avec les roulettes — c’est juste une multitude d’offres pour la même chose.

De toute façon maintenant il n’y a plus vraiment de place pour le futur dans la tête des gens. Le futur fait chier tout le monde, à part les cadres quadra en Segway fans de smartphone, les autres se disent que c’était mieux avant. Il y a un retour aux valeurs traditionnelles, tout le monde se fringue comme des menuisiers des années 40’s ou des pêcheurs scandinaves de 1965. On sent vraiment le fantasme pour les professions artisanales d’antan que plus personne n’a les couilles de faire, les uniformes, les métiers manuels et tout, alors que tout le monde est derrière un ordi. On vit carrément le futur mais personne ne l’accepte.

A force d’utiliser internet en permanence, on n’est pas en train de devenir notre propre avatar ?
Je ne pense pas, cette utopie à la Tron, de vie artificielle, ça finit sur une course sur le retour des valeurs d’antan. J’ai l’impression que maintenant les jeunes gens modernes, sont un mélange entre des Macbook Pro et une boite de biscuits Bonne Maman. Si ça avait été entre des Macbook Pro et un laser, j’aurais dit ok. Mais les gens utilisent internet à 4%, ils sont dessus mais je trouve qu’ils sont super prudents. Personne fouille les recoins chelous. Donc je m’y colle.

Les trucs comme Second Life et tout c’était vraiment cheap. C’est vraiment pour les gens qui avaient beaucoup de mal à se faire des amis. C’était quand même complètement pathétique. C’est un pansement. Peut ­être qu’un jour ça viendra si un mec trouve une bonne idée de monde virtuel.

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T’as dit quelque chose de très juste dans Fact Mag : internet est la seule révolution qu’on ait connu.
Je pense pas qu’il y en aura d’autre, même si pas mal de gens ont l’air d’y travailler, y’aura pas d’extraterrestres, de colonies sur la Lune, tous ces trucs là anticipés par les générations d’avant. Internet est le seul bon en avant technologique qu’on n’a pas vu arriver.

On est des gens qui se revendiquent vraiment d’internet, c’est important pour nous par exemple.
C’est ça qui nous rend spécial, à chaque ère il y a des grands symboles : les gens des 70’s ont eu le Vietnam et le rock, ceux des 90’s ont eu l’arrivée du sida et les magnétoscopes, nous on a connu internet et la musique digitale. Quand la techno était sur vinyl c’était autre chose, ça fait partie de l’ère « magnétoscope ».

Tu recherches comment le porno que tu mattes ?
Je me balade et je me laisse surprendre. Vaut mieux y aller l’esprit ouvert, comme flâner dans une braderie. “Qu’est­-ce qui peut me plaire ? Un petit vase. Ah tiens si je me rachetais une N64, ah tiens pas mal ce petit berger allemand brodé…” Dès que tu tapes des tags ça devient vite ennuyeux, même si tu as une offre énorme tu tombes vite sur les mêmes trucs d’un site à l’autre.

Le sexe avec les machines ça t’intéresse ?
C’est plus un truc pour les meufs, vu qu’on a un rôle plus mécanique qu’elles dans le sexe. C’est tellement creepy nul les poupées gonflables. L’humanité attend les lunettes 3D de Demolition Man.

Pourtant les sextoys japonais commencent à être impressionnants…
Je reviens du Japon pour une tournée du live et on y était cet été avec Club Cheval, du coup on s’est fait pas mal de sexshops vu qu’il y en a partout là­ bas. C’est un truc de consommation normal, ils font 35 étages et y’a tout, c’est un truc de fou. Tu te dis qu’ils répondent vraiment à toutes les demandes de Japonais chelous. Mais les trucs en latex pas au point sont assez nazes, on dirait des farces et attrapes pour ta bite.

Photos par Maxime Chermat

7 commentaires Voir les commentaires

  • Wahou, je savais que la Tag Parfait était un mag sur la « culture porn », mais réussir à faire une branlette aussi monumentale que cet article, chapeau bas. Les rédacs de Chronic’Art vont être fous de jalousies.

  • Perso je le trouve cool ce mec, curieux de voir ça en live (et le coup des Jpeg imprimé, ça m’a rappelé pas mal de vieux fap sous la couette ;) )

  • Hello,

    J’invite l’interrogé à regarder Barbarella, qui intronisait en premier « l’orgasmotron », repris quasi en citation dans Demolition Man et qui est aussi passé dans je ne sais plus quel Woody Allen…

    Ce qu’il y a de pas mal dans Barbarella (le film), c’est que le méchant lui fait l’amour à l’aide de sa machine en jouant sur un orgue. Et qu’elle jouit tellement fort qu’elle met la machine en surchauffe.
    Dans la BD, ça s’appelait la « Machine Excessive » et ça avait fait du foin à l’époque.

    Oui, j’aime Barbarella.

    Il y a une entrée Wikipedia pour « orgasmotron », vous pouvez pas vous planter.

  • Très pertinent comme mec ! Et interview très intéressante !

  • Toujours heureux de revoir ce petit coquin de Kamel Toe.

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