Mickey Mod : « C’est très compliqué pour les hommes d’avoir une sexualité libre »

Difficile de me rappeler comment j’ai découvert Mickey Mod, peut-être en traînant sur Kink, ou chez Crash Pad Series, à moins que ce ne soit pendant sa nomination aux AVN 2011 pour An Open Invitation. Je me souviens surtout d’une chose, cette découverte allait ouvrir les portes d’explorations infinies en ligne et hors ligne. Je rêvais d’interviewer mon acteur porno préféré, voici ses réponses.

C’est assez chaud de trouver des infos sur toi ou ta carrière, il y a quelques mois il me semble avoir lu un article où tu disais avoir commencé le métier de performer en passant une annonce sur Craiglist, mais impossible de remettre la main dessus. C’est vrai ?
Tout a commencé il y a quelques années, j’enchaînais les relations amoureuses mais j’étais déçu – ou plutôt j’étais frustré – sexuellement parlant. Pour continuer à explorer mes fantasmes, j’ai regardé sur internet quelles boîtes de prod cherchaient des acteurs. J’en ai parlé à un pote qui m’a recommandé le studio Kink. Au même moment, j’ai posté une annonce sur craiglist.com et il s’est avéré qu’ils cherchaient quelqu’un. J’ai donc répondu à l’annonce, ils ont accroché, j’ai fait quelques entretiens et c’est un peu comme ça que je me suis retrouvé à tourner ma première scène pour Kink.

Tu étais déjà dans le BDSM (bondage, discipline, sado-masochime) avant de bosser pour Kink ou c’était par simple curiosité ou pour te dépasser ?
C’était un truc qui me bottait bien mais que je me pensais incapable de faire ça au sein d’un relation. Au début j’étais vraiment timide, je ne savais pas comment faire pour exprimer cette envie. Je n’ai pas reçu une éducation religieuse très stricte mais ma famille était vraiment très pratiquante, le sexe était donc un sujet tabou. Pendant longtemps ça a été très compliqué pour moi d’en parler, de dire aux autres ce que je voulais essayer, ce qui m’excitait.

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Ce qui me fascine le plus chez toi c’est ta façon de pouvoir passer de dominant à dominé, parfois pendant la même scène (avec Drew Devaux par exemple). J’ai vraiment l’impression que tu n’as ni tabou, ni limites.
Tu sais, chaque performer a sa façon d’envisager sa scène et de faire comme il le sent… Perso, il y a tellement de choses que je veux faire que je me vois mal me fixer des limites si je compte m’épanouir là-dedans.

Comment expliques-tu cette habilité à passer de dominant à dominé ?
Je pense que ma façon de baiser avec quelqu’un s’apparente à une sorte de danse, tu ressens les énergies et les mouvements de ton partenaire, et si ça sonne juste, si le tempo est bon, alors tout s’enchaîne facilement. Je ne me considère pas comme dominant ou dominé, je vois ça comme une exploration sexuelle, un peu comme si j’étais un journaliste et que je me disais : “J’ai envie d’essayer ça, peut-être que je m’y connais moins que d’autres, mais je vais quand même y aller avec un esprit curieux et ouvert et ça va le faire”

J’ai vu que tu avais étudié la photo et le cinéma et tu avais également dit que tu rêverais de passer derrière la caméra. Qu’est-ce tu tu penses pouvoir apporter au milieu ?
C’est quelque chose sur quoi j’ai pas mal bossé, et qui continue à m’intéresser, mais c’est difficile pour moi d’imaginer à quoi ça va ressembler. Comme tu le sais sans doute, dans le porn, tout est extrêmement marqueté pour un but précis, les gens veulent voir des filles entre elles, de l’interacial, de l’anal, et toutes ces catégories très spécifiques ; et j’ai du mal du coup à savoir où je veux aller. Les gens veulent toujours te mettre dans des cases, ils attendent certaines choses de toi selon l’étiquette qu’ils te collent et ça m’angoisse un peu.

Pour l’instant, les gens te mettent l’étiquette “d’acteur noir queer cisgenre”. T’en penses quoi ? C’est encore une façon de te mettre dans une case ?
Grave. L’industrie du X a vraiment du mal à sortir de ces catégories. Les ventes régulent le marché, l’idée est de donner à la masse ce qu’elle veut. Je rêverais d’être dans un monde sans aucune catégorie : hétéro, gays, queer, blanc, interracial, tous ensemble dans un même film. Je voudrais vivre dans un monde où les gens pourraient juste explorer leur sexualité sous toutes ses formes, mais malheureusement ça ne se passe comme ça. Quand j’ai commencé à tourner, je pensais que le terme de “queer” me définissait pas mal, dans le sens où je suis plus intéressé par la connexion que j’ai avec mon partenaire que son genre. Mais ça ne me correspond plus, je ne rentre tout simplement pas dans une catégorie.

mickey mod crash pad series

Pansexuel ?
Quand je pense au mot pansexuel, j’imagine un mec qui va au festival Burning Man avec un boa en plumes autour du cou… Je viens de San Francisco et là-bas les pansexuels sont plus une communauté, dans laquelle je ne me retrouve pas vraiment.

Tu es le seul acteur que je connaisse à faire du porno queer. Quels sont les autres ?
Il y a Danny Wilde, Owen Gray, Wolf Hudson ou James Darking. C’est très compliqué pour les hommes d’avoir une sexualité libre, d’arriver à jouer dans des scènes très différentes. On est tout de suite catalogué, c’est beaucoup plus simple pour une fille d’enchainer porn hétéro, lesbien, BDSM… Je ne sais pas si c’est typique des Etats-Unis ou si c’est pareil dans le reste du monde.

Je dirai que c’est partout pareil. Il y a une sorte de tabou autour de l’anal chez les mecs.
C’est complètement un tabou. L’idée de laisser quelqu’un jouer avec ton cul est souvent assimilé à de l’homosexualité. Pour le commun des mortels, si quelqu’un joue avec, alors tu es forcement gay. Le concept de masculinité est basé sur la domination et cette domination se focalise sur la pénétration. Se laisser pénétrer est perçu comme une perte de virilité.

Tu as fait des scènes de pegging, des vidéos avec des transexuels MtF et tu te fais sucer par d’autres hommes. Tu as déjà pensé à faire de l’anal avec un mec devant la caméra ?

Oui bien sûr. En fait, même si j’ai pris beaucoup de plaisir à tourner des scènes incluant une pénétration anale, même si c’était des expériences positives, ce n’est pas quelque chose que je cherche absolument à refaire. Je pense que dans le futur, si je dois le refaire, que ça soit avec une vraie bite ou avec un gode-ceinture, ça sera juste parce que j’ai envie de le faire avec la personne en particulier, et pas pour l’acte en lui-même.

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Tu as beaucoup parlé de ton besoin d’être connecté avec l’autre, avec qui tu aimes et aimerais bosser ?
On me pose souvent cette question. J’aime beaucoup tourner avec Dylan Ryan, elle est assez dingue. J’ai récemment bossé avec Nikita Bellucci qui est incroyable. Il y avait une barrière au niveau de la langue, donc on a surtout parlé du groupe Nine Inch Nails qu’on avait en commun. J’adore tourner aussi avec Juliette March. Plutot que d’énumérer des noms, il semble juste que j’accroche surtout avec les gens qui aiment tellement le cul qu’ils baiseraient de la même façon même si ils n’étaient pas payés pour. C’est ça la clé d’une bonne scène, des gens qui aiment ce qu’ils font, et qui savent articuler ce qu’ils aiment, ce qui les excite ou au contraire ce qu’ils ne veulent pas faire.

Tu as parlé de Nikita Bellucci, qui est française, es-tu déjà allé en France ? Qu’est-ce que tu penses du porn français ?
Je ne suis jamais allé en France, juste en Allemagne, Hollande, Angleterre et Espagne, mais j’adorerai aller et travailler en France et en Europe. J’ai tourné avec Tiffany Doll pendant une scène de gang bang et aussi avec Angell Summers. Ce sont les seules actrices françaises avec qui j’ai travaillé.

Tu joues parfois dans des scènes assez extrêmes, fouetté, fessé, bondagé ou puni. As-tu déjà atteint tes limites face ou hors caméra ?
J’ai bien sûr des limites. Quand je travaille, elles s’arrêtent à ce que les studios sont autorisés à montrer légalement. J’ai déjà testé le blood play dans ma vie privée, mais je ne suis pas assez à l’aise pour le faire devant la caméra. Pareil pour le “sounding”. Sinon, les jeux de rôles orientés vers l’humiliation raciale, ça ne passe pas. De manière générale je teste tout dans ma vie privée d’abord, avant de me lancer devant la caméra.

Tu faisais déjà partie de la communauté BDSM avant de commencer à bosser pour Kink ?
Pas vraiment. J’ai des amis qui en faisaient partie et ça m’a toujours intrigué, mais avant de commencer ma carrière, je ne trainais pas particulièrement dans ce milieu, non.

Beaucoup de personnes pensent que le succès de 50 shades of Grey est entrain de rendre le BDSM mainstream, t’en penses quoi ?
Ça l’a mis sur le devant de la scène mais je ne pense pas que ce soit devenu mainstream, et je ne crois pas non plus que ça le deviendra même un jour. Mais au moins ça devient plus acceptable et accepté. Le BDSM est devenu une sorte de sous-culture, quelque chose dont on peu parler librement. Ce n’est plus honteux de se dire adepte du BDSM, on ne pensera plus que tu es déviant ou que si tu es comme ça c’est parce que tu as subi des sévices dans ton enfance.

Mickey mod

Tu mates du porn ? C’est quoi tes tags ?
Ce que je regarde chez moi va plus vers l’amateur ou le homemade. A partir du moment où tu as été sur des plateaux et que tu as vu le porn à travers le prisme de la prod, il commence à perdre de sa saveur. Quand je mate du porn homemade, je veux voir des gens vraiment prendre leur pied, pas juste s’envoyer en l’air parce qu’ils ont été payés pour le faire.

Tu as entendu parler du projet Make Love Not Porn ?
Par Cindy Gallop, c’est bien ça ? Je trouve ça génial. J’en ai parlé avec quelques personnes autour de moi et je pense que plus les gens sont prêts à exposer leur sexualité et plus cela va participer à éradiquer les clichés autour du porno, et plus ça ouvrira un débat sur ce que les gens veulent vraiment voir dedans. La pornographie est principalement dictée par les fantasmes des mecs hétéros et ce projet donne l’opportunité de partager d’autres idées sur ce qui excite les gens. Perso, j’en ai marre d’entendre des réalisateurs me dire “Je veux te voir lui gicler sur la gueule” et je me dis “ah ouais ? Tu veux vraiment que je fasse ça ? C’est tellement cliché…”. J’adore quand les gens font ce qu’ils aiment faire, pas juste parce qu’on leur a demandé, ou parce qu’ils bossent pour une boite qui a une certaine image à respecter, ou parce qu’ils ont été payé pour. J’ai du mal à l’expliquer mais en gros quand je matte du porn, j’ai envie d’assister à une expérience authentique. C’est plus complexe que simplement dire “j’aime l’amateur, l’anal et les gang bangs”. En fait plus tu en vois, et plus c’est difficile de trouver quelque chose que tu kiffes vraiment.

Je suppose que c’est pour ça que le Tag Parfait a été créé, parce que tout ce qui nous excite ne peut pas être décrit avec un seul mot-clé…
Et toi, qu’est-ce que tu recherches quand tu regardes du porn ?

C’est super compliqué pour moi de trouver du porn via les tags. Je suis plus intéressée par les acteurs et les connexions entre eux. Je dois être un peu snob, mais j’ai besoin d’être physiquement attirée par tous les acteurs et actrice d’une scène.
Pareil. Je peux te poser une autre question ? Pourquoi tu as voulu m’interviewer en particulier ?

Je suis à fond dans le BDSM dans ma vie privée et j’aime autant être soumise que porter un gode-ceinture. Mais je galère vraiment pour trouver des partenaires ouverts et qui auraient envie d’explorer ça avec moi. C’est la raison pour laquelle je suis assez fascinée par toi, parce que j’aimerais trouver quelqu’un qui a les même capacités à passer de dominant à dominé, quelqu’un qui n’a pas de tabou. Je suppose qu’on peut dire que tu incarnes un peu le partenaire idéal pour moi [je deviens toute rouge]

Merci !

Juste une dernière question, tu as dit que pour toi, le sexe était comme la danse. Quels sont tous goûts musicaux ? T’écoutes quoi comme son ?
J’ai grandi avec le punk, mais maintenant mes goûts vont de Rihanna, The Murder City Devils, Stereolab ou Iggy Azalea au métal américain avec des groupes comme Tomahawk. J’ai eu une période où j’écoutais beaucoup de musique française des années 60s et 70s comme Françoise Hardy ou Gainsbourg.

Traduit de l’anglais par Gonzo et 0dd. 

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