J’ai essayé de pécho gratos sur Kink

Avoir un avatar en 3D qui s’envoie en l’air, ça fait tout de même un bail que ça existe : qui, au début des 00’s, n’a pas pris un malin plaisir à faire se rejoindre deux Sims dans un lit et taper « move_objects on » dans la fenêtre à cheat codes pour voir ce qui se passait sous cette couette qui s’agitait au son des « woohoo » de ces personnages à la langue chelou ? Astuce : le code fonctionnait aussi pour la douche.

En fait, cette manipulation se révélait être digne des plus mauvais fappeurs : des corps même pas enchevêtrés, qui ne se touchaient pas du tout, aucune nudité, et des positions inconnues des écrits indiens millénaires, qui semblent donner un sens nouveau et pas forcément agréable au mot « souplesse ». Mauvais délire.

le sexe pour les sims move objects on

Creepy as fuck

DES SIMS AU QUARTIER ROUGE

Les Sims, c’était les débuts de la vie virtuelle en 3D. On était seul, dans notre chambre, à contrôler un double, une famille, à se prendre pour une espèce de marionnettiste fou en hurlant « dance for me, puppets ». Mais ce jeu à vocation familiale n’offrait pas par définition de moment vraiment sexuel, à part ce maigre instant voyeuriste pour cheaters en perpétuelle quête de nudité dissimulée.

Et puis, en 2003, au lieu de rester dans le monde fermé des Sims, on a découvert qu’il y avait un archipel, dehors, peuplé de vrais gens, avec lesquels on pouvait communiquer grâce à une vraie langue, et pas des « Za Woka Genava » pour dire « T’es hot, bébé ». Sur Second Life, si on croisait un avatar aux pixels avantageux, on lui disait directement « T’es hot, bébé ». Plus de frontières, on était libre !

second life screenshot

On pouvait même voler, VOLER ! La liberté, on vous dit.

Libre, ou presque, puisque ça pêchait encore un peu au niveau du sesque. Pour se mettre bien, il valait mieux être littéraire : le coït, c’était une relation textuelle, qui nous ramenait, à peu de choses près, à nos glorieuses heures d’anonymes, sur le quelconque salon d’un chat Caramail ou Voila, avec l’avantage cette fois-ci de voir à qui l’on s’adressait. Mais ne soyons pas dupe : le physique de l’avatar objet de nos avances était probablement aussi mytho que toutes les « 19F33 » à qui l’on demandait « slt asv ? » en espérant pécho la photo pixelisée d’un sein dans notre boîte mail. Tout ça avant Twitter, les Dediboobz et tout ce bordel : il fallait être fin, avoir de la verve, et nombreux sont ceux qui se sont égarés en chemin, pensant y trouver l’Amour, le vrai.

Forcément, le défi d’inclure du cul plus explicite au sein de cet univers parallèle a vite été relevé par des petits bidouilleurs. Grâce à tout un tas de scripts plus ou moins ingénieux, de nombreuses interactions étaient alors possibles : entre avatars, directement, mais aussi en interagissant avec des objets, comme un lit. Là encore, on s’approchait plus du modèle des Sims quittés plus tôt que de baise concrète, malgré l’effort louable de certains moddeurs de greffer des organes à nos avatars. On s’approchait, mais ce n’était toujours pas ça.

second life sex penis mod

Quelques greffes hasardeuses, mais le cœur y était

En 2006, alors que Second Life est gentiment en train de devenir « le » truc, pendant ce temps-là dans le port d’Amsterdam, au milieu des marins qui chantent, mais surtout du côté du quartier rouge, des mecs se disent qu’il y a quelque chose à faire avec cette idée de monde ouvert dans lequel ça manque cruellement de pénétration clairement exprimée.

En partant du nom de leur ter-ter, le Red Light District, ils créent le Red Light Center : même principe en gros que Second Life, mais avec une très grande place accordée à l’acte charnel. Et il y en a pour tous les délires : il existe entre autres des communautés d’amateurs de fourrure, de BDSM, et la communauté LGBT n’est évidemment pas oubliée.

Dans RLC, vous avez la possibilité d’être voyeur ou exhib, d’être escort ou de s’en offrir les services, d’user de pléthore d’objets, des menottes à la fucking machine, en passant par le Sybian. Le côté un peu plus conventionnel de Second Life a également été récupéré, comme celui de la personnalisation d’avatar monétisée. Il est donc tout à fait possible d’embrasser des carrières professionnelles du plus bel effet : DJ, décorateur d’intérieur, ou encore prof de langues étrangères. La vie, en somme, mais dans laquelle pour s’envoyer en l’air il faut être VIP, via un abonnement payant.

Red Light Center party

Toi aussi, fais la fête comme une rockstar, la quine a l’air pendant que des groupies s’amusent sur un lit au milieu du carré VIP ! #VillaSoda

Et Kink, dans tout ça ? Kink y est allé progressivement. D’abord en adoptant le modèle des Sims, en 2009 avec un logiciel très sobrement intitulé 3Dkink. Un monde à la Sims, fermé, promettant des mises à jour régulières en contenu (des toys, des fringues, des salles) mais… payant. : 29,99 $ par mois, ou 169,99 $ par an. Payer pour s’amuser tout seul ? Je vais quand même essayer sans.

BIENVENUE CHEZ VIRTUAL KINK

Quatre ans plus tard – en 2013 donc, le PRÉSENT – Kink annonce du nouveau, et en grande pompe : un événement via Red Light Center, un compte à rebours sur le site de 3DKink, et un site qui nous donnait déjà un indice sur le nom de cette nouvelle aventure dans l’abrupte monde du BDSM, KinkVirtual.com. À voir ce qu’annonce ledit site, la souris nous démange sous la main droite, et l’entrejambe en fait de même sous la main gauche. On nous propose ni plus ni moins de rejoindre gratuitement les modèles de Kink, qui s’ébattraient joyeusement dans une Armory recréée pour l’occasion, le tout dans un monde « massivement » multijoueur. Comment résister à ce compte à rebours vidéolubrique qui nous annonce le 9 mai 2013, à 5 p.m. PDT (le 10 à 2h du mat’, pour nous) comme un événement digne du lancement de la xBox One ?

header kink virtual

Du shemale, un sosie roux de Rihanna et du bondage, bon délire vidéoludique en perspective

Jour J : place au jeu ! Inscription (gratuite), téléchargement de ce nouveau soft – download garanti 100% safe, j’ai confiance – l’excitation du jeu tout neuf revient, comme quand j’avais assez économisé pour pouvoir m’acheter Pokémon Or. Je vais enfin pénétrer gratuitement dans cette armurerie du vice, faire subir à des avatars consentants les pires outrages du BDSM, et rencontrer presque en vrai les modèles de cette grande maison.

J’apparais dans une salle qui donne le ton : bougies, croix de Saint André, chaînes qui pendent au plafond (au moins haut de quatre mètres), face à un lit encadré d’une #blonde plutôt court vêtue et d’une #redhead plus casual. Je parcours un peu du regard : sur la gauche, un futon, un bar, des cordes déjà prêtes à suspendre un corps, et une caméra, qui me laisse déjà entrevoir le fantasme de réaliser mes propres créations et les voir partagées sur Kink. À droite, pas grand chose, si ce n’est une charmante #ebony, en jean-débardeur qui s’amuse seule, allongée sur une table.

kink virtual crib

Welcome to my crib

Forcément, je m’approche de tous ces objets, de tous ces modèles qui n’attendent j’imagine que de subir mes assauts sadiques. Mais d’abord, je m’empresse de désactiver l’ignoble musique que streame le jeu. Every breath you take, chez Kink, sérieusement ? Je mute l’option, et balance à la place mon best-of de Nine Inch Nails.

Reprenons. Je m’approche des filles, mais aucune interaction n’est possible. Juste des potiches, aucun intérêt. La caméra – une Catapult Super Digital Ultra HD 81, pour les connaisseurs – est elle aussi inutilisable, malheur ! Une péritel débranchée, certainement.

glitch virtual kink camera

Le propre du réalisateur impliqué : ne faire qu’un avec sa caméra

Mais alors qu’est-ce qu’on peut faire ? Je clique sur les « tableaux » qui pendent aux murs, à savoir des pubs pour les différents sites de la galaxie Kink, en espérant être téléporté dans le monde merveilleux du Hardcore Gangbang ou de l’Upper Floor. C’est alors mon navigateur qui s’ouvre. Ces œuvres d’art ne sont que de simples bannières, la déception commence à m’envahir. Je ne me laisse pas abattre et m’apprête à cliquer sur cet enchevêtrement de cordes, finalement raison principale de ma présence entre ces murs de pixels. « You need a partner for this ». Qu’à cela ne tienne, je vais aller la chercher !

kink virtual you need a partner for this

Lâchez les fauves

Deux mecs arrivent à ce moment là dans la pièce, me laissant caresser l’espoir de devenir le découvreur du futur François Sagat. À peine le temps d’éructer « ha d’accord ambiance rock fouet pince sur les tétons cire sur la moule et même pas une soumise rooooooooo » qu’ils ont déjà disparu. Soit, je vais sortir dans le monde gigantesque promis par Peter Acworth à la recherche de « ma » soumise.

SEUL AU MONDE

Première surprise, j’atterris dans la « RLC Street ». En gros, cette pièce que je croyais n’être que le pôle d’accueil d’une Armory recréée à 100% dans laquelle je déambulerais nu en croisant Dana, Skin ou Riley se prêtant volontiers aux délires entretenus par notre collection de bons – et mauvais – fappeurs n’était qu’un prétexte, une simple vitrine ? Ça ne m’arrête pas : on m’a donné pour mission de ramener une gow pour l’attacher à une croix de Saint André. Je ne suis pas un stagiaire photocopieuse et je me lancerai à corps perdu dans cette mission. Problème, cette rue est désespérément vide.

screenshot RLC street

Un putain de désert

Je fais le tour des boîtes, du Passions au Night Candy, mais les lieux sont vides eux aussi. Ce n’est pas sur un dancefloor que j’arriverai à séduire quelqu’un jusqu’à mon antre dédiée à l’extrême. Mais un plan type métro me redonne espoir en indiquant le Transport Center. Un hall de gare, quoi de mieux pour rencontrer du monde ? J’y cours et rencontre enfin des gens : Lady Julie, Petite Fée ou Sacha Feline sont là.

On me salue – avec les fautes d’orthographe qui vont bien – et je salue en retour, avec une impression un peu désagréable : celle d’atterrir dans un truc un peu clos, comme si j’étais le petit nouveau du club libertin où tout le monde se connaît. On se moque du fait que je sois un « vert », et toute cette petite communauté de « jaunes » m’oublie aussitôt pour discuter entre elle. Ça parle d’une histoire de famille, de respect, d’excuses… je ne comprends pas trop et sens s’éloigner la perspective kinkesque qui m’amenait ici en premier lieu.

chat box on kink virtual sais normal

Sais normal

Puis arrive Okarishi. J’y vois déjà mon âme-soeur virtuelle. Une « verte », comme moi : c’est un signe, obligé. On va se prendre la main, quitter ce monde de « jaunes » suffisants et aller batifoler au milieu des cordes, des chaînes et des perceuses à gode. Mais comme elle est apparue, Okarishi, ma petite beauté au nom japonisant – terre de bondage – disparaît. Le coup dur.

DICTATURE KAPITALISTE

Je retourne dans mon antre, m’asseoir sur l’un de mes canapés et faire le point sur cette expérience qui dure déjà depuis trop longtemps sans réel résultat concret. Mais elle est là. Okarishi. Elle se déhanche sur mes tapis/dancefloor, au son de je ne sais quel succès des 90’s qui doit encore streamer dans ce monde que j’aurais voulu mien. Mon monde, maintenant, c’est Okarishi. On y est. On danse. On est « chez moi », entourés de ces accessoires qui ne demandent qu’à servir. Alors je me lance : je clique-droit sur la belle, bien décidé à « Invite for Sex » cette petite brune en tenue de soubrette. Et là, c’est un véritable parpaing qui m’arrive en pleine gueule : « Invite for Sex », c’est « VIP-Only ».

Do you want to upgrade to VIP

Nooooooooo !

C’est là tout le vice de ce qu’on me vantait comme un moyen de s’éclater sans contraintes, gratuitement, avec qui que ce soit : ça n’est pas gratuit. Rien n’est gratuit dans la vie bro’, j’ai voulu être naïf, croire en un idéal d’amour sans limites, sans les entraves du diktat capitaliste.

On ne va pas se mentir, je l’avais quand même un peu vu arriver ce gros logo « Upgrade to VIP » dans le coin supérieur droit de l’écran, dont j’ai trop vite fait abstraction. Amer comme après une mauvaise cuite, je décide de trainer ma rancoeur dans ce monde gigantesque pour noyer ma peine. Rien de plus facile que de se perdre, d’ailleurs : on clique sur une porte, on arrive dans un endroit ; on veut sortir, on reclique sur la porte par laquelle on est arrivé, mais on revient rarement sur nos pas. Je me suis retrouvé, entre autres, sur une plage, un karaoké ou même un bateau, au hasard de ces pérégrinations déçues.

nude beach red light center

Retraite dorée sous les cocotiers

De bar en bar, de boîte en boîte, dont la majorité ne m’est pas accessible à cause de mon statut de paria/crevard, où l’on me dit « You don’t have the permission to enter the requested region » comme si j’étais un clandestin qui voulait débarquer à Lampedusa, je finis quand même par trouver mon petit paradis : le Palace Sex Pit, qu’on peut aisément traduire par « la fosse à sexe ». Le nom se prête plutôt bien au lieu : il y a du monde, du jaune et du vert, et aussi quelques bots qui sont postés à l’entrée d’une espèce de carré VIP contenant plusieurs lits. En droite-cliquant sur ces bots, deux choix s’offrent alors : « Invite for dance » ou « Invite for massage », sans être agrémenté de ce « VIP-Only » qui a causé ma chute.

Le massage se déroule sur le lit, et s’apparente à une tranquille palpation anale en public au son d’un mix électro qui envoie régulièrement un «Face down ass up, that’s the way we like to fuck » qui me donne envie de gober des pilules dans un champ en Bretagne. Mon avatar a l’air d’apprécier le moment qu’il passe avec ce robot grimé en bunny de manoir, alors ce truc gratuit que j’ai eu tant de mal à décrocher, je vais le savourer, faute de mieux.

kink virtual massage in the palace sex pit

Happy end

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