Peste Noire : « Notre société est éminemment pornographique »

Avec ses 13 ans d’existence et des sorties ayant marqué au fer rouge une scène plutôt somnolante, Peste Noire (ou KPN pour Kommando Peste Noire) pèse lourd dans le paysage mauvais du Black Metal. Peste Noire, c’est un condensé de culture française, un pot bien pourri où les références se téléscopent. Villon, Baudelaire, Artaud, Les Visiteurs, tout ça sur fond de Black Metal hybride. Une musique sans équivalent qui sent la terre et a le goût du sang, décomplexée des héritages divers, n’hésitant pas à incorporer des éléments en décalage complet avec l’idée que l’on peut se faire d’un genre musical fermé, pour ne pas dire sectaire.

Beats techno, musette, scansion urbaine, des associations iconoclastes que seul Famine, tête-pensante et homme-orchestre du groupe, peut se permettre. Des premières démos décharnées à « L’ordure à l’état pur », dernier album en date – en attendant la nouvelle galette éponyme – Famine, s’applique à édifier un monument à la fois sublime et crasseux à la gloire d’une Gaule fantasmée. On avait eu le rappeur rabelaisien avec Seth Gueko, voilà son pendant métallique. Il me semblait évident d’interroger Famine sur son rapport au cul et au porno, tant Peste Noire transpire le stupre et la grivoiserie. Cela étant, nous préférons avertir nos lecteurs, Famine a son franc-parler. Nous laissons, à sa demande, l’interview en l’état, sans édulcoration, ni censure. Les propos de Famine ne sont pas ceux du Tag Parfait, n’appartiennent qu’à lui et relèvent de son entière responsabilité. Le Black Metal est une musique extrême, dans la forme comme dans le fond, vous êtes avertis. 

Lors de notre échange préalable à cette interview tu m’as parlé de ton expérience des clubs libertins, de ta recherche d’une « aristocratie du cul » et de ta désillusion face à la beauferie environnante. Tu peux développer ?
L’esprit populaire associe le libertinage aux aristos décadents du 18ème et à des merdes de films  comme Eyes Wide Shut où s’enfilent des gens de pouvoir. On m’avait dit que c’était fréquenté par des notables et des bourgeoises. J’y suis allé pour niquer ma psychiatre et la femme de mon avocat, j’y ai trouvé mon boulanger et ma femme de ménage en train de danser sur du zouk et « A la queue leu leu », après s’être battus pour manger en premier. J’y ai cherché la saleté : ils sont obsédés par l’hygiène et la non-pilosité. J’y ai cherché la maladie mentale : ils aiment les gens bien dans leur tête et dans leur peau ; une sacralité satanique : c’est fun,  ça baise en pétant et rigolant, c’est juste des boîtes de nuit sauf que tu niques sur place ; de la soumission féminine : de veilles-peaux arrogantes qui n’excitent plus leur mari et n’ont pour revigorer leur égo que le pouvoir d’allumer des crevards afin d’oublier une soirée que leur seins s’avachissent et que leur vagin dilaté par deux ou trois progénitures commence à sentir le pourri. Tout ce qui jouit là-bas sonne faux. Ce n’est jamais neuf mecs qui baisent une meuf, mais une meuf qui baise neuf mecs. Pas un endroit où règne plus l’absolutisme féminin, fait exclusivement de narcissisme, de superficialité, de vénalité et de connerie (de femmes, quoi). Les hommes y sont réduits à l’état de clébards devant user de tous les stratagèmes possibles et humiliants (danser comme des tarlouzes, surjouer la sympathie jusqu’à l’écœurement) pour pas avoir claqué 50 euros l’entrée pour rien… Même les soirées SM sont truffées de soumis mâles, pas femelles. Jamais rencontré en six ans une seule personne intelligente ou cultivée dans ces trous. Je préfère cent fois les pédés, plus sales, dévoyés, intelligents, pervers. Je ne suis pas du tout pédé… mais chaque fois que j’ai un cil qui tombe et qu’on me dit de faire un vœu, je fais celui de le devenir. Bref il ne faut pas généraliser mais ce que j’avais écrit sur les néo-libertins dans le manifeste de PN (Ndlr : Peste Noire) de notre revue à venir, vaut pour 90% d’entre eux :

Les libertins font la fête. Ils font la fête puis l’amour, parfois les deux en même temps. Jamais ils niquent avec la mort. Les culs libertins sont glamour, chics, champagne, strass et paillettes, obsédés par l’hygiène (physique et mentale) et la non-pilosité. Leur fameux « no taboo sauf SM et crade ». Les libertins sont sympas, les libertins sont normaux, ils cherchent tous, de leur propre unanime aveu, « les plaisirs charnels sans tabous, dans le respect et l’hygiène, où tout est permis et rien n’est obligatoire ». Patrick Sébastien, Ardisson… SONT libertins, ce qui devrait te dissuader de l’être. Bordel de merde, nous recherchons le déplaisir de l’esprit par le tabou, l’obligation de faire faire à l’autre ce qu’il ne veut pas faire, justement. Quelqu’un se fait-il enculer par « plaisir de la chair » ? Rofl non. Elle, ou il, le fait par jouissance de sa déchéance. Quand Madame se retourne sur ses quatre pattes, on dit bien pattes, c’est moins pour « faire l’amour », que pour mimer la chèvre ou la guenon.

Ta compagne a versé dans le domina pendant quelques années, qu’en a-t-elle retiré ?
Pas mal d’argent je crois. Je ne suis plus avec. Bernard Lopette dans la pochette de L’Ordure à l’état Pur était l’un de ses soumis, dont voici la photo originale non-retouchée :

Bernard Lopette L'Ordure à l'Etat Pur Peste Noire

Dans ta dernière interview sur LMH, tu fais référence à une mythologie française dont la scatologie serait une facette fondamentale. Il est vrai que « Cochon carotte et les soeurs Crotte », un des titres majeurs de « L’ordure à l’état pur » tourne essentiellement autour du trou de balle. Tu penses qu’on peut adapter ça à la culture pornographique française et plus globalement de la gaudriole, avec ses Woodman, Pierre Moro, Jacquie & Michel et la nébuleuse amat qui parfois (souvent ?) verse dans le crado ?
Je crois qu’en fait de cul, les Allemands sont plus scatos que nous. Mais comme la France est un peu germanique, ça doit jouer.

Tu m’as dit ne pas être fan du porno US, qu’est ce qui te gêne dans l’approche yankee du porn ? Quand je vois des sites du type Facial Abuse et consorts (qui fait le bonheur d’eFukt), on a l’impression d’assister à la chute de l’Empire romain, en version accélérée, on ne peut pas être plus profond dans la jouissance décadente…
Le porno amerloque est comme le pays qui le chie et ses films d’action : toujours le plus extrême possible mais sans aucune intelligence, sans raffinement diabolique dans sa violence/méchanceté. Il est extrême d’un point de vue uniquement anatomique, juste un concours de dilatations, mais n’entend rien à la perversité, disposition à faire le Mal par les ressources de L’INTELLIGENCE et de L’IMAGINATION, réservées aux Asiats et aux Européens visiblement (ça vaut pour le porno mais aussi pour le cinéma en général). Quand c’est extrême ça reste souvent du gonzo, de la charcuterie lubrifiée avec un scénar minimal alors qu’à mes yeux, tout est dans le scénar. La sophistication vipérine des scènes de Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pasolini me fait bien plus bander que le porno-gore ricain dont tu parles. A la limite, même pas besoin de pénétration. Un croche-pattes, une culotte baissée publiquement dans la rue, ou ce gourou qui faisait énumérer les défauts physiques de ses fidèles par la secte entière, sont plus sexuels à mon sens que le gros plan chirurgical d’une bite dans un trou. J’ai beaucoup de potes pour qui c’est une vraie chianterie de se frapper les lourdes étapes de la séduction, des bisous-bisous et du restaurant, et même de la pénétration, pour arriver au seul moment qui leur importe : balancer une grosse tarte dans la gueule de la fille, ce qui dans le pire des cas, donne :

Eh mais tu m’as frappé là ? Ou : Tu es en train de m’étrangler ? 

– Ah excuse-moi, j’étais très excité je ne sais pas ce qui m’a pris, je suis un peu dominateur lorsque je fais l’amour… Je crois que je suis amoureux de toi.

Les baffes et les étranglements de gens à la volée sont interdits dans la rue. Au lit ça reste encore assez possible sans encourir de la prison. Ah si au Canada j’avais pété sur une mère qui promenait son enfant, les mecs d’Akitsa sont témoins. Ca c’est encore autorisé, de péter sur les filles. Je vois mal une fille porter plainte juste parce qu’on lui a pété à la face.

Famine Peste Noire Week-end chargé

Famine, sans sa bite mais avec son couteau.

Dans mon article « Du sang et du foutre », j’établissais le lien entre black metal, musique blasphématoire, éminemment rebelle et le porno/cul, tabou des religions du livre. Penses-tu qu’il y ait un lien pertinent à faire entre les deux ? Quelle est ta position avec Peste Noire sur la pornographie ?
Tu as juste oublié la dernière religion du Livre : la religion des droits-de-l’homme (de tous les droits pour tous les hommes, fussent-ils de petites merdes), égalitaire, laïcarde, capitaliste, libérale-libertaire, qui ne fait pas de la jouissance sexuelle un tabou mais un horizon exclusif de vie. Notre société, qui placarde des meufs à poil sur tous les arrêts d’autobus, est éminemment pornographique. Mon déodorant a la forme d’un gode et les pubs pour les produits-douche évoquent des bukkakes. Tu paies une redevance pour que ta fille mate des bouses comme Sex and the city ou Desperate Housewives afin de se faire déflorer à douze ballets mec. Mon camarade L’Atrabilaire écrit très justement dans notre revue qui arrive, à propos des blasphèmes des Black Metalleux qui d’ailleurs n’en sont pas, mais sont tout au contraire des avatars du Système :

Déjà concernant tes photos pornos blasphématoires, je voulais te dire, j’en supprime des dizaines tous les jours qui sont bien pires quand je nettoie ma boîte mail de ses spams, tout ça quand j’en ai fini de consulter les nouvelles méthodes d’agrandissement pénien et les nouveaux Viagras dispos, bien sûr. 

(Source : Sanadis par L’Atrabilaire – La Mesnie Herlequin)

Moi je suis un païen, voir une nonne un crucifix dans la chatte m’apparaît pas comme un blasphème, ce n’est qu’un geste domestique comme se laver les dents ou aller poser un négro. Je m’en branle. Les nones, qui doivent se goder régulièrement, s’en branlent aussi à mon avis (c’est le cas de le dire). Vers Carpentras où j’habitais avant, ils ont creusé le sol d’un couvent pour faire des travaux : c’était farci de fœtus enterrés en douce. Ce qui me dérange moi, c’est que de la même manière que le Kapital réduit la vie humaine au corps, à la seule jouissance matérielle, la pornographie réduit aussi le sexe au corps. Comme dit plus haut, un scénario machiavélique à la Liaisons Dangereuses de Laclos, une insulte vraiment blessante (je parle pas des « coquine », des « cochonne » et autres « chienne », ces invectives pour beaufs) ou une prise de taï ken do réellement technique et artistique dans la tête, dans ce genre là :

Prise Taï Ken Do

sont plus sexuels que le plan d’une queue dans un trou, les deux ne s’excluant pas, mais la pornographie a trop tendance à éliminer du sexe l’esprit. Les cerveaux limités ont juste besoin d’un cul, c’est pas un problème. Le vrai problème, c’est que le porno s’adresse trop aux cervelles limitées. Ma position avec PN donc, est que j’aime autre chose qu’un cours d’anatomie. Faut une histoire bien menée, la trahison d’une transcendance (amour, amitié, confiance, principes…), une situation d’horreur ou d’injustice, du Mal. Tant que ça reste du cinéma donc de l’Art, ou de l’imagination, y a pas danger, ça permet d’expulser, pure catharsis, je hais ces choses dans la vraie vie – et si je les détestais pas, elles ne seraient pas le Mal, qui reste toujours perso et relatif. Mais souvent j’imagine. Lorsque je baise une fille, je cherche à baiser Dieu, pas la fille. Même en baisant je pense à autre chose, je me déporte mentalement dans les Enfers. Parfois un bruit, un couinement me ramène dans le lit auprès de la fille avec qui je suis et je me dis : ah merde t’étais là toi ?

Ardraos - Peste Noire

Ardraos, batteur à lunette

Tu évoques de nombreux projets dans la dernière interview, dont un album de rap, et pourquoi pas une bande-son de film de boule ?
Une bande son cul PN, pourquoi pas, mais par-dessus du sexe avec un decorum de nains, de batraciens et de serpents comme dans un plan de l’excellent Caligula de Tinto Brass. D’ailleurs, si je peux en profiter pour placer que je cherche des mecs maîtrisant la vidéo afin de faire un clip de Peste Noire bien dégueulasse et goth sans me coûter des milliards, qu’ils m’écrivent ici : [email protected]

Tu consommes du porno ? Quels sont tes tags/mots clés favoris ?
Là c’est un peu comme la musique : je préfère composer qu’en écouter. J’ai plus d’imagination que ce que je trouve dans les films, donc je me queute souvent sans film. Sur mon site La mesnie, j’avais posté ce chef-d’œuvre d’art contemporain réalisé par mes soins, qui illustre bien mon propos car il regroupe tout ce dont j’ai besoin pour être heureux dans la vie :

Famine Peste Noire Montage

® Artwork : Famine. Tous droits réservés.

Une grotte, des livres, une guitare électrique et mon cerveau pathologique. Sinon quand j’en consomme, c’est à l’image du Black que j’aime (je suis pas amoureux d’un Congolais, je parle bien de Black Metal) : amateur, sale, inique et français – français car le discours est important et je capte que dalle aux autres langues. Pas de tag favori, je pioche juste dans l’amateur des situations de félonie authentique : hidden cams, cuckolding avec femmes enceintes et autres baises collectives sur toxicomanes dans le besoin, ce genre de choses. Les reportages de guerre nippons regorgent d’anecdotes sexuelles aussi. Dans les trucs plus produits, je te le dis, un film comme Caligula, qui n’est pas du porno mais à la lisière.

Photo d’en-tête par Metastazis.

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