Sex ist konzeptuell

Le porno chic, c’est fini, désormais la baise se veut conceptuelle. Le cul, objet de consommation tourné, retourné puis détourné, dernier bastion de la morale Boutiniste, tombe dans l’hipstorama en ces temps révolutionnaires de mariage pour tous et de démission papale.

Les pédés 2.0 et leurs fap (pour fille à pédé) ont été émoustillés devant I want your love, le fail arty du réal Travis Matthews de renouveler le genre du porno gay en proposant un court-métrage pas vraiment intéressant sur deux potes américains pas vraiment sexy qui, sacrosainte étrangeté, n’avaient encore jamais baisé et nous offrent la primeur filmée de leurs ébats. Rien de nouveau sous le soleil. Depuis, Matthews a tourné avec James Franco, apôtre ambigu des slasher arty, un remake #nananacomeon du Cruising de Friedkin avec Pacino, anecdote que l’on retrouve en clin d’œil appuyé dans les derniers épisodes de Californication, Hank Moody se voyant proposé par son gaygent de réécrire lui aussi le film.

Chris Philips, vingtenaire #cool, photographe de mode brésilien installé à #jadore Berlin, tient les rênes du site Pornceptual qui propose ‘A visual study of unusual pornography’, en français : Une étude visuelle d’une pornographie… et là je m’arrête un instant. Passé l’accroche pompeuse ‘d’étude visuelle’ qui ferait rougir les profs d’art plastique de ZEP, les termes ‘unusual’ et ‘pornography’ contiennent le cœur du projet, et ses limites, développé par Chris Phillips.

Metamorphosis Chris Phillips

Metamorphosis © Chris Phillips

La pornographie est ainsi wikipédiée : « représentation complaisante de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique ou représentation d’actes sexuels ayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur », et déjà le bât blesse. Les photos proposées sur Pornceptual sont loin de remplir cette finalité masturbatoire, je reste sur ma faim, et on est en droit de se demander si elles recherchent vraiment l’effet escompté. L’effet pervers de la Tumblrisation des corps, autrement dit foutre un amas de photos d’anonymes à poil ne s’engageant dans zéro partie fine, entraîne la désexualisation desdits corps. C’est l’effet kisscool du Minitel qui ressort. Une bite turgescente, c’est pas mal, mais une bite dans ta bouche adolescente, c’est mieux. A la rigueur, on pourrait qualifier ce site d’érotique, mais certainement pas de pornographique car soyons clairs, ça se montre sous tous les angles, ça fait sa coquine, ça paye son boule, ça bande même parfois, mais ça ne baise guère.

Luke Bo

Luke Bo – © Chris Phillips

Luke Bo

Luke Bo – © Chris Phillips

L’explication de texte est ensuite nécessaire pour ‘unusual’, vous pardonnerez mon bilinguisme acharné. En effet, l’adjectif peut être tour à tour traduit par : bizarre, étrange, insolite, spécial, peu commun, inhabituel, extraordinaire. Freaks & Geeks ! Il nous vend du rêve, du porno qui s’éloigne des sentiers battus, qui dérange, qui vient interpeller le quidam et qui ne sera pas la tasse de thé des couples #tellementvrai, Jean-Mi + Josiane ou Kévin + Flo’GaGa, mariage pour tous oblige. C’est une bite avec une valeur ajoutée, des seins avec une sensibilité artistique, des culs avec un vrai univers qui me touche, du porno dont tu es le héros. Car le site est participatif, chacun peut proposer sa série de photos conceptuelles, même si le haut du pavé est tenu par quelques élus, dont Chris Philips et son frère Eric #twincest, on peut même envoyer un simple mugshot dans la section Get Naked. Et au final ? Pas très bandant et déjà vu. Et vas-y que je te peins la bite en bleu et on joue à Schtroumpf-moi si tu peux.

Breno Caldas

© Breno Caldas

Sans trop ironiser sur l’intérêt artistique ou la valeur esthétique de ces clichés, je m’interroge sur la portée de ce projet. Notre rapport décomplexé au cul semble être un bon mètre étalon de l’évolution des mentalités : tout le monde regarde des pornos, les sites de rencontres sont devenus des planches d’anatomie génitale, notre génération Y excelle dans l’auto-promotion de soi, sait aussi bien se vendre pour un stage que pour un plan cul. L’hipsterisation du corps, autrement dit la recherche poussée à son paroxysme de distinction dans l’originalité, afin de sortir du lot, de la masse, d’individualisation suprême, parce que bon même si j’écoute des mixtapes indé sur mon Walkman avec un casque Beats by Dre, je suis un être unique, tu vois, un chevalier du Zodiaque, abat-elle sa dernière carte dans la nudité ? Le porno, c’est plus le bordel, tu vois, c’est conceptuel. Et sinon y a toujours Maison Close qui sort une nouvelle saison.

The Humping Pact

Dix crans au-dessus dans la conceptualisation, on retrouve The Humping Pact dont on a déjà parlé au Tag, que l’on traduirait volontiers par Pacte du Coup de rein qui propose un « acte suspendu de méditation esthétique sur le désir humain de croire au futile et de concevoir l’impossible, sur la nature de la dissémination, la volonté de conquête et les illusions de grandeur ». OK. En démultipliant l’image de leurs corps nus en convulsion, simulant la baise donc, les dry humpers Dmitry Paranyushkin et Diego Agulló, tous deux basés à #tropcool Berlin, dans divers décors urbains européens qui font bander, tentent de relâcher la tension des bâtiments qu’ils investissent par les mouvements saccadés de leur bassin. Bienveillance du air angry fucking. Viens là que je te pompe toutes tes mauvaises ondes. La grande richesse du projet de ces grands radiesthésistes de la teub, outre son intellectualité, est que les performances sont filmées. Mot-dièse : amazing. Et là, on se prend une bifle, c’est du Harlem Shake réduit à son essence première, sans les costumes idiots et la musique pompelup, un mélange de fantasme #planexhib et de twilight zone. Dmitry et Diego ont désormais leurs followers, le Humping Pack. Vous voulez faire partie de la meute ? Graou.

2 commentaires Voir les commentaires

  • Quelques réserves sur ta perplexité de ces arts conceptuels (d’ailleurs conceptuel en quoi? Encore un terme péd…ant?) mais j’avoue que je trouve ton écriture assez dinguissime.
    Suis pas non plus d’accord sur IwantYourLove qui m’a vraiment chamboulé. Ok le récit est inutile, mais as-tu vu la version courtmétrage de 15min? C’est vraiment très réussi.

  • Ah mon premier commentaire ! <3 Hey Traki, je ne suis pas pédant pour un sou, je suis australien maintenant :p Merci pour ton compliment concernant mon écriture. Oui j'ai vu I want your love version CM, et j'ai trouvé la fin triste, quand on sent que le mec qui reste au lit kiffe bien plus qu'il ne le montre le héros du LM qui prend l'appel après avoir baisé. J'ai aussi discuté avec Travis sur FB et maté Int. Leather Bar que j'ai trouvé vraiment naze…

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