FAUVE Corp, frères d’armes

Les belles chansons se divisent en deux catégories : celles qui pénètrent ton cerveau dès la première écoute, et celles qui y trônaient avant même d’y plonger l’oreille. Les trois chansons de FAUVE font partie de la seconde. Trois petites chansons, trois seulement diront certains… mais quel threesome, putain.

Rares sont les choses qui m’auront autant fait chavirer en cette fin d’année foireuse. Peut-être parce que j’y retrouve la même fibre qu’à mon arrivée au Tag : la sensiblerie d’un gamin qui souhaiterait juste murmurer ses désirs à voix haute. Il n’y a qu’à entendre cet extraits de Nuits Fauves, leur troisième titre, traverser l’occiput et fendre en larme mon corps de pierre :

Tu connaîtras les nuits fauves / je te le promets
Elle sera tigre en embuscade quand tu viens te glisser sous ses draps
Tandis que toi / tu feras scintiller tes canines / lorsqu’elle enlève le bas
Elle t’offrira des feulements dans sa voix lorsqu’elle reprend son souffle
Qui s’échappent dans la cour pour aller faire gauler la Lune
Des coups de bélier / invoqués comme un miracle
Et qui veulent dire : « Si tu t’arrêtes, je meurs »
Toutes ces choses qui te la feront raidir / rien qu’à te souvenir
Pour le million d’années à venir

[Nuits Fauves]

Il y a qui derrière FAUVE ?
On est cinq : quatre musiciens et un vidéaste qui gère les vidéos, les photos, et plus largement tout ce qui a trait à l’image du projet. Pour certains, ça fait même huit ans qu’on bosse et qu’on partage des trucs ensemble. Mais ça, c’est juste le noyau dur. Comme précisé sur le site, tout le monde est invité à contribuer au projet s’il ou elle se retrouve dans le propos, que ce soit avec des photos, des vidéos, des textes, ou autre.

On est surtout une bande de potes. Notre source de plaisir, c’est justement de faire ces choses, de progresser avec ces amis, que ce soit sur FAUVE ou sur autre chose. Pas juste de se voir pour discuter et refaire le monde, mais aussi de monter des projets. C’est ce qui compte dans FAUVE, presque davantage que la musique qui découle du projet.

Dis-leur que tu te sens seul
Et que tu sais plus quoi faire pour trouver un peu de chaleur humaine :
Aller au bois pour que quelqu’un / accepte enfin
De toucher ton zob
Tripoter de la lycéenne
Porter des robes ?

[Nuits Fauves]

C’est d’ailleurs le plus difficile : garder des relations saines en dehors de FAUVE : réussir à se voir sans parler de musique, de textes et de concerts… Ce qui est compliqué quand on a des moments de création assez soutenus, comme en ce moment.

Cette idée de nébuleuse est importante ?
On essaie de progresser avec des collaborations. On a par exemple bossé avec Irène, un fanzine érotique avec qui on a partagé la direction artistique du clip de Nuits Fauves. D’où notre appellation de “FAUVE Corp” [ndlr : le nom complet du projet] : elle contient l’idée de faire “corps”, avec une dimension un peu guerrière : “frères d’armes”, on a envie de se battre l’un pour l’autre.

Votre projet dépasse d’ailleurs le seul cadre musical…
On s’est dit rapidement que le terme de “groupe de musique” ne collait pas au propos qu’on voulait transmettre. On essaye de le décliner sous différentes formes, pas forcément musicales. On ne se met pas de limites en termes de format, du moment que c’est en cohérence avec le propos. Si demain FAUVE doit être un film, ou un roman-photo, on le fera. Ou un porno, pourquoi pas ? Mais un porno ultra-hardcore vraiment vénère, forcément, ça ne serait pas très FAUVE…

On comprend l’appellation “Corp”, mais pourquoi ce nom, FAUVE ? On pense forcément au film Les Nuits Fauves, œuvre marquante de la Génération Sida, qui donne son nom à votre troisième chanson.
Le nom “FAUVE” vient effectivement du film. Enfin, pas du film lui-même, mais de l’affiche et du terme “Nuits fauves”, qui correspondaient parfaitement à l’imaginaire qu’on souhaitait mettre en musique. La chanson n’a rien à voir avec le film, d’ailleurs. Elle parle juste des relations qu’on a entre mecs et meufs aujourd’hui, et de cet espèce de protocole de merde qui veut qu’il faut faire-ci, qu’il faut faire-ça, pour qu’au final chacun rentre seul chez soi.

Des gars parlent des filles qu’ils baisent
Des filles qui baisent pour dire qu’elles baisent
La baise, on en garde souvent des regrets
Parfois des maladies
Au fond on fait ça sans plaisir
Sans réelle envie
C’est surtout pour ne plus penser

[Sainte Anne]

Vos textes se caractérisent par une sensiblerie salvatrice. Vous vous définissez comme garçons sensibles ?
Plus que la partie “sensible”, c’est le côté direct et sans fioritures qu’on trouve important dans nos textes. Ce côté gentiment naïf, presque enfantin… On nous a déjà reproché d’avoir des paroles un peu cyniques ; mais au contraire, on est même complètement idéalistes ! C’est juste qu’on a des réactions un peu brutes aux choses de la vie, que ce soient les meufs, le taff, les potes ou les parents.

C’est pour ça qu’on se réfugie dans nos pensées
Qu’on ferme les yeux très fort / jusqu’à voir des couleurs
En attendant que ça passe

[Nuits Fauves]

On fait les chansons dans un but purement égoïste. Elles sont thérapeutiques, et ça doit d’ailleurs se ressentir. Forcément, on est étonnés de voir que les gens s’y retrouvent à ce point. Et on ne peut que se réjouir. C’est aussi pour ça qu’on veut se concentrer sur les concerts, histoire de les rencontrer, pouvoir aller boire des coups avec les gens. C’est l’essentiel.

Les textes sont au cœur du processus ?
On part du texte, pas de la musique. On ne va donc pas dire qu’on est influencé par tel groupe ou tel chanteur. Ce qui nous intéresse, c’est le rapport qu’entretiennent certaines personnes à leur travail, que ça soit Dupontel, Odd Future ou Aimé Jacquet. C’est aussi pour ça qu’on a pas d’étiquette musicale : “chanson française” ou “slam”, on en a rien à foutre.

Enfin, on en avait rien à foutre. Mais on commence à tomber sur des articles qui nous comparent à des mecs qu’on n’a jamais écouté, ou qui nous collent l’étiquette du “slam-rock”. C’est pas grave et on s’en fout toujours, mais ça correspond pas du tout à ce qu’on imagine.

C’est la rançon du succès… J’ai d’ailleurs l’impression que depuis la sortie de Nuits Fauves, votre public est de plus en plus féminin…
C’est clair. Il y a une vraie différence depuis la sortie de Nuits Fauves, avec l’arrivée d’un public féminin. On l’a clairement vu sur les derniers concerts. C’est peut-être lié au côté crû et sensible de la chanson..?

Et pourtant / on passe notre temps
A se mettre des coups de cutter dans les paumes
A trop mentir / à force de dire :
« Par pitié, range la guimauve
Ecarte les jambes, je t’en supplie, me parles pas…
Laisse-moi seulement kiffer mon va-et-vient de taulard
Et m’endormir direct moins de trois minutes plus tard »

[Nuits Fauves]

C’est quelque chose qui vous étonne, cet intérêt des filles pour les choses plus crues ?
On ne peut pas dire “c’était comme-ci avant”, mais une chose est sûre : les meufs d’aujourd’hui sont très directes, très vite en mode “baise-moi”. Pas forcément dès le premier contact, mais elles vont switcher beaucoup rapidement qu’on ne le pense. C’est quelque chose qui est parfois chanmé, parfois déstabilisant.

A part ça on parle surtout des filles qu’on a vu sur le net
Et puis de celles qu’on aimerait attraper en soirée
Car ce soir, comme tous les soirs, on va essayer de niquer
Mais surtout pas de faire l’amour
Parce que l’amour, c’est pour les pédés

[Sainte Anne]

Je ne sais pas si c’est moi qui suis obsédé, mais je trouve que vos textes très sexualisés. C’est quelque chose d’important dans votre musique ?
La place de la sexualité dans le projet FAUVE ? Honnêtement, on la trouve relativement limitée. On défend surtout certains idéaux : la recherche de la dignité, le droit à la faiblesse, de pouvoir dire “je t’aime” à un pote… Parce qu’on est tous un peu trop durs avec nous-mêmes.

D’ailleurs, si on regarde ton corps
Quand tu te mets à poil
Faut bien avouer que tout nu
T’es pas vraiment l’homme idéal

[Kané]

La sexualité n’est donc qu’un sujet parmi d’autres choses telles que le taff, les voyages, la famille. Mais c’est vrai que ça transparaît, parce qu’on est des mecs de moins de trente ans… et que ça ressort inévitablement dans nos vies. Plus largement que la seule “sexualité”, c’est surtout le rapport au corps qu’on essaye d’explorer.

Vous parlez de porno dans certains textes… Vous en donnez une vision un peu caricaturale, non ?

C’est un peu à cause de tout ça si tous les soirs / c’est la même histoire
Métro / apéro / lexo / clopes et pornos à l’ancienne
Sur lesquels tu t’entraînes rageusement
Même si ça fait longtemps que ça t’amuse plus vraiment

[Sainte Anne]

C’est typiquement ce côté naïf, limite enfantin. Vouloir tomber amoureux-fou plutôt que de passer la nuit à mater les seins refaits d’une blonde sur Internet.

Mais la réalité, c’est que qu’en soirée, dès que t’es un peu à fond, tu te retrouves comme un con sur la première paire de seins. Parce qu’à la fin, on est comme tout le monde.

Ça t’arrive aussi d’être un peu
Libidineux
Quand t’es pas carrément insistant
De faire des trucs pas très élégants
Pour t’excuser le lendemain
Piteusement

[Kané]

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Prochain concert : NUIT FAUVE #2, le 3 janvier à L’International.

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