Contes à faire rougir les Petits Chaperons

En discutant avec un camarade du TAG, j’en suis venue à me demander ce qui faisait pour moi un bon texte érotique. Faut-il simplement s’arrêter au fait qu’on soit excité par quelques mots ? Auquel cas, un simple chat sur gtalk pourrait-il prétendre au Hot Goncourt de l’année un peu comme du gonzo littéraire ? Ou bien la dénomination « littérature » peut-elle exiger un poil plus de soin, de technique ou de style ? Parti pris d’une littéraire avec ce décorticage d’un de mes ouvrages cultes.

Jean-Pierre Enard Contes

Contes à faire rougir les petits chaperons

La règle :

Tout l’intérêt d’une excellente littérature érotique réside, il me semble, dans l’affranchissement des envies personnelles et/ou des carcans de style habituels. Il faut donc se mettre à nu, autant que ses personnages et dépasser ses propres limites. C’est comme cela que l’on arrive à faire un chef-d’œuvre d’excitation d’une scène de nécrophilie. Bon, cette vidéo est un très mauvais exemple, Stoya biaisant à peu près toute tentative d’objectivisme à cet égard. Pourtant le texte en lui-même est fabuleux, transposant le nécrophile et le corps ; le premier devenant la Mort personnifiée, le second retrouvant toute la vivacité d’une victime. Et le tout prend alors le frisson délicieux des nombreuses scènes de sexe vampirique que l’on a pu lire du temps où ces derniers ne scintillaient pas, quand Anne Rice savait encore écrire autre chose que des sarcasmes à l’attention de ses concurrentes.

Jean-Pierre Enard Contes

La règle

La prose pornographique, c’est un peu le programme libre de la littérature, dans lequel on peut se permettre les costumes les plus dingues et les figures les plus excentriques. Sauf que contrairement au porno filmé, le talent rachète toute la crédibilité de l’intrigue et l’humour n’empêche pas la jouissance. C’est l’alliance sublime de l’orgasme cérébral, vaginal, clitoridien, anal, pénien, enfin le LSD à côté c’est presque peanuts.

L’exemple : 

Dans ce domaine, Jean-Pierre Enard est à la fois Candeloro, Sourya Bonaly et tous les patineurs actuels dont je ne connais pas le nom. Il est doué, un chouya risible sur le principe, mais excessivement doué sur la réalisation.

Jean-Pierre Enard Contes

L’exemple

L’idée, revisiter simplement les contes de notre enfance de manière un peu plus, bon ok, clairement plus cul. Son recueil de contes contient donc une bonne couche de scènes cocasses : on commence sans gêne, ni prétention avec un Pinocchio, baisant la fée bleue de sa trique nasale ; on enchaine plus loin avec une orgie de nains communistes… Mais comme vous l’apprendrez bien vite, ces scènes serviront de reprise de souffle pour faire durer la lecture et vous mener aux passages plus intéressants.

La touche de génie, entremêler ces scènes parfois imbuvables à la douceur d’une réalité fictionnelle. Là, l’auteur se trouve aux prises avec Alice pré-adolescente (dans les livres c’est permis apparemment) et plus nymphette encore que Dolorès Haze qui prend un plaisir littéral à le faire chanter et d’autre part, sa grande sœur Carole, cochonne entre les cochonnes qui adore se faire venir avec sa pipe en bois.

Jugez plutôt :

« J’ai lâché un jet de sperme qui lui a inondé le haut de la poitrine et le bras. Mon amie a poussé une plainte qui l’a soulevée depuis le ventre. La pipe a disparu jusqu’au tuyau dans le con. Carole est restée quelques secondes inerte puis elle l’en a ressortie et me l’a mise dans la bouche.

-Lèche ! m’a-t-elle dit.

Elle était imprégnée de ses odeurs secrètes. Je n’avais rien fumé de plus délicieux de ma vie. »

Ou encore :

« Elle sourit, retrousse sa robe, exhibe fesses et con, s’assied sur le rebord de la baignoire. Elle dit :

-Je ne dirai rien. Mais à deux conditions.

-C’est du chantage !

Elle néglige ce cri du cœur et continue :

-La première, que Louise me fasse ce que je lui ai fait.

La petite bonne se laisse tomber à genoux devant Alice qui lui offre ses cuisses ouvertes. Elle déclare, avec un rire de gorge :

-Avec plaisir, Alice… Faire minette, j’adore !

Déjà, elle suit de la pointe de la langue, l’intérieur des cuisses grêles de la jeune fille.

D’une voix un peu troublé déjà, Alice poursuit :

-Et toi, tu me racontes une de tes histoires. »

Je vous mets au défit de n’être sensible ni à l’une ni à l’autre, de ne pas vous abandonner aux contes pour mieux retrouver ces deux personnages par la suite. D’autant que le final, saura récompenser les lecteurs téméraires et tuméfiés. Ces contes, du lubrifiant textuel, on vous dit !

Cerise sur le gâteau de l’exercice de style, les innombrables références littéraires pour les rats de bibliothèques les plus lettrés.

L’argument :

Les vertus insoupçonnées du jus d’ananas

Bien sûr, tout cela n’implique pas qu’il faille parler de nains ou de cadavre pour se prétendre auteur érotique. On aura retenu de la dernière leçon que vouloir jouir des 120 jours de Sodome, c’était comme vouloir grimper l’Everest en étant cul-de-jatte, c’est possible mais c’est sale, pas facile et casse-couilles. Je prône simplement le jouissif de l’équilibre. Savoir mêler le fond et la forme, comme faire une pipe à un bon amant qui saurait l’effet du jus d’ananas sur le goût du sperme. C’est simplement divin. Reste qu’un bon roman érotique, à l’image d’une simple fellation doit donc évidemment commencer, et ne jamais oublier en route, le plaisir du lecteur. On vit dans une période si dénuée de tabous que le concept ne peut plus se permettre d’être dans la révolution uniquement, la littérature érotique, comme le porno, c’est d’abord le paradigme du divertissement.

Comme l’a si bien dit une plume du TAG : « tant que les gens sont contents, on s’en fiche ». Oui enfin, le terme plus exact serait si l’on décide d’enculer les mouches : « tant que les gens sont contents, on s’en fout ! »

5 commentaires Voir les commentaires

Laisser un commentaire