Gog training : I wanna be your dog

Un après-midi, chez mes parents, je regarde, envieux, mon chien avant de lui lancer : « T’as quand même de la chance. On dit une vie de chien comme si c’était péjoratif, mais c’est quand même cool d’être un chien… Tu travailles pas, tu paies pas d’impôts, t’as aucune responsabilité, aucune angoisse pour l’avenir et on te remplit tous les jours ta gamelle. Ta vie se résume à faire la sieste et à manger, j’aimerais bien être à ta place… ». Et si c’était possible de mener une vie de chien, pour de vrai ? Les amateurs de pratiques SM poussées et autres consommateurs de vidéos chelou le savent bien : oui, devenir un chien, c’est possible. Ça s’appelle le dog training. Mais devenir un « dog » quand on est un homme, contrairement aux apparences, c’est du boulot. Ça s’apprend. En trois leçons ou plus si affinités…

1 / Oublier le ridicule et ses préjugés, trouver le juste milieu

Evidemment le dog training est à la base une fantaisie sexuelle. Les garçons s’y adonnant y cherchent une sorte de prolongation du plaisir de la soumission. Abandon total de soi, retour à l’état animal. Sur le papier, ça peut être excitant. Mais je me pose quand même la question : serais-je prêt à crier « Waf ! Waf ! » en restant sérieux ? Au début de ma recherche de vidéos, je tombe sur ce mec mature allemand, quasi-nu si l’on fait abstraction de ses accessoires en cuir, avançant à quatre pattes au cœur de la forêt. C’est plus fort que moi : je ris. Ça me paraît tellement absurde, tellement fou. Puis, j’ai peur. Car son maître est du genre sévère et sadique et le pousse à faire de l’uro et d’autres trucs un peu trop extrêmes pour moi. J’ai l’impression de voir se déployer un univers SM glauque cauchemardesque qui m’a toujours un peu terrorisé. Je ne bande pas, je suis juste passé du rire à l’effroi contenu. Petite nature ?
Je passe d’un extrême à l’autre puisque l’autre vidéo sur laquelle je tombe me fait basculer en plein univers furries-peluches. J’ai toujours été très attaché à mes peluches, je suis le premier à aller faire des calins aux hommes déguisés en Mickey à Disneyland mais le fait de l’associer au sexe me met mal à l’aise.

Je me dis que je dois être dans un entre-deux, que mon tag parfait serait entre le monde des peluches et le côté hyper SM dépravé. Il faut que je trouve dans la folie de la posture du dog la beauté de son abandon. Il faut aussi et surtout que je trouve des vidéos avec des mecs qui correspondent plus à mes goûts. J’espère ne plus tomber sur des mascottes ou des chubbies. Je veux voir Monsieur Tout-le-monde, le gentil voisin d’à côté se lâcher…

2 / Transformation

Je n’ai pas de grandes oreilles et ma queue est devant et pas derrière. Que faire ?

Pour devenir un bon dog, pour entrer dans le délire, l’accessoire est primordial. Je me renseigne. Les mecs qui font du dog training ont en général des genouillères pour pouvoir se déplacer continuellement à quatre pattes sans souffrir le martyr. Ca me semble être l’accessoire de base pour ceux qui veulent y aller à fond. L’autre must est indéniablement le collier ou collier-laisse (tag : gay with bdsm collar, ce genre de choses). C’est d’ailleurs devenu un objet de fétiche dépassant largement le cadre du dog training, une façon de jouer le petit dog soumis sans trop s’impliquer. On voit souvent dans des films porno des mecs avec des petits colliers de chien en cuir. Le collier suffit à les désigner d’office comme des soumis. Straight to the point et subtil.

Pas vraiment dans le trip peluche, le bon dog pourra quand même opter pour une sorte de masque de chien, un peu dans la veine de celui de Batman. C’est un fait : le dog training est rarement dissocié du cuir. Par exemple dans cette vidéo, on retrouve le dog soumis avec son attirail cuir et son masque et le maitre qui arbore un look biker un peu crasseux. Si je veux être un dog, je devrais m’accoutumer du noir… Le dog est également par essence un soumis. Au hasard des vidéos, je note que le trip dog training se mêle à d’autres. Un mix dog et skin, un mélange dog et couche de bébé, l’association dog et plaisir sneakers… Il faut se laisser “dresser”, obéir et accepter les dérives de celui qui mène la danse.

Last but not least, le problème de la petite queue de chien trouve une solution avec le « plug queue de chien ». Une petite queue en extension à un plug pour se mettre dans la peau de l’animal, il fallait y penser ! Illustration en vidéo avec un jeune dog en plein apprentissage, soumis à deux anglais sévères portant un pantalon treillis.

Une fois bien équipé, il reste au toutou à trouver l’essentiel : son maître.

3 / Un homme et son chien

Qu’est-ce qu’un chien sans son maître ? Pour ne pas être un bâtard de plus, il faut bien trouver un propriétaire, quelqu’un pour lancer la baballe. Beaucoup de vidéos trash, un peu affolantes, pour si peu de beauté. C’est le cas de le dire : le trip dog training est un trip de niche. On trouve peu de films bien produits sur ces pratiques (quelques productions des studios Falcon tout de même comme le vintage Abduction series III – Redemption ou Code of Conduct 2), sur le net le contenu est difficile à regarder en entier pour un novice. Trop trash. Et pourtant, par bribes, on l’entrevoit : la beauté de la soumission, de l’abandon de soi, le plaisir enfantin et grisant de deux hommes en train de jouer et de s’oublier, l’un dans le rôle du maître, l’autre dans le rôle du chien. La petite folie se mêle au plaisir, à quelque chose de ludique. Il me suffit d’une vidéo où la complicité jaillit pour que je trouve ça soudainement mignon.

Dog training n’était peut-être pas le bon tag pour trouver ce que je cherchais. C’est en allant du côté du #puppy que je parviens enfin à faire un peu enfler le centre de mon jean. Je mets la main sur des vidéos avec des mecs plus jeunes, qui ne s’encombrent pas plus que de raison d’accessoires. Un petit collier et une attitude suffisent. Je m’attarde particulièrement sur une vidéo de sexe en groupe, avec plusieurs jeunes dogs soumis. Visuellement, c’est plus agréable, confortable. Si je devenais un dog ou si j’en avais un sous le coude, je ne garderais que le collier. Soft, épuré. Laisser primer le psychologique, le mental, délaisser le côté cuir, violent. Ça doit être mon côté sensible, je ne peux me laisser émoustiller par le SM que quand il est presque de l’ordre de l’invisible, qu’il ne s’instaure que par des mots et des regards. Plus c’est chargé, plus c’est humiliant, plus j’angoisse, je débande en pensant à la frontière avec les snuff movies, mes pires cauchemars.

Finalement, la beauté et l’excitation du dog training se retrouvent plus dans le cinéma « tradi » que dans le porno. Grandeur de l’érotisme. Catherine Deneuve en chienne de Mastroianni dans Liza / La cagna, la recherche troublante de sensations fortes du soumis de Un ano sin amor ou les rapports de force entre une rock star et son fan dévoué dans F est un salaud m’ont bien plus troublé que ce que j’ai pu trouver sur les tubes. Ces films ont su ,même si le dog training n’était pas leur sujet principal, montrer, faire comprendre le vertige du don de soi, de l’obéissance, du lien mystérieux qui unit deux êtres jouant à des jeux hors-normes, toujours à deux doigts de la folie.

Pour certains, c’est d’ailleurs plus qu’un jeu : c’est un mode de vie. Les dogs les plus impliqués peuvent être amenés à signer un « contrat d’appartenance » (exemple sur le blog d’un maître). Façon de s’engager, de repenser son identité, signer pour basculer définitivement dans l’animalité…

Après avoir passé des heures à regarder des mecs soumis, baissant la tête et aboyant à tout bout de champ, j’ai regardé mon petit chien d’une autre façon : « Finalement, je ne pourrai pas avoir une vie de chien. Devoir obéir tout le temps et ne pas avoir le choix : pas la patience. Naturellement, je ne suis pas comme toi. Je vais rester, ma queue entre les jambes, et continuer d’être un homme. Et puis, tu sais, nous les hommes, si on a envie, on peut aussi se mettre à quatre pattes, juste pour le plaisir, sans être obligé de devoir manger dans une gamelle et de dormir dans un panier ». Content d’être humain malgré tout ? Waf !

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