The Instagram is for porn

Le taulier est rentrée dans la rédac’ comme un puceau dans son premier Tenga Fliphole : « ça parle de porn partout sur les médias mainstream, je veux savoir ce qu’il se passe. Vous avez deux heures. » Nous, médusés, la tête encore embrumée par nos bluettes estivales, on a regardé l’épais dossier jeté sur le bureau : des liens, en veux-tu en-voilà, qui tous contenaient le mot « porn » ; le taulier avait encore flairé le filon.

On a donc fouillé de liens en liens, naviguant dans les eaux tristes des médias SFW, pour comprendre ce qui se tramait. Au final, comme d’hab : le mot porn agrémenté à toutes les sauces, sauf celle qu’on aime vraiment, autour d’un débat vieux comme les Internettes : il y a du sexe sur les ondes, et notamment sur l’application officielle Cupcakes & Duckfaces qui porte le doux nom d’Instagram – dont la chaude actualité a sûrement stimulé ce regain d’intérêt.

« La pornographie en ligne peut-elle faire chûter Instagram ?« , titre le blog techno du Telegraph, tandis que son homologue du Huff’Po place carrément un « Instaporn » clignotant en headline, histoire de faire doubler la cliquaille. Et je ne vous parle même pas du DailyMail qui jette son pavé pesant dans la mare : « Le côté obscur d’Instagram : des milliers de contenus classés X » ; il paraît qu’Enquête Exclusive est déjà sur le coup.

Heureusement, il y a une explication logique à ce déluge d’interrogations plus ou moins fallacieuses. Celle-ci est vieille comme l’histoire du monde, et se résume en un souffle : les associations de parents mécontents. Encore eux, toujours eux, qui refusent d’admettre que leur cher(e) et tendre puisse tomber sur un sein alors qu’il(elle) se prenait en photo avec son(sa) besta dans les toilettes du collège. Même TechCrunch y va de sa quenelle à l’égard de ces méchantes start-ups qui dépraveraient notre saine engeance :

“They have a nifty PR campaign, but at the end of the day, they’re fine with porn. And they’re not that concerned about what kids see on their site. And, yes, some of this stuff still matters.”

L’article conclut ainsi en pointant vers un lien sur la sexualisation précoce des jeunes filles (tout en parlant avec mépris du fameux « mummy-porn », drapé dans le plus beau des hétérosexismes, mais ceci est un autre débat.)

On veut bien admettre au porno tous les maux du monde, mais faut pas déconner : ce ne sont pas une paire de seins moelleux ou un zboub enrhumé qui vont transformer notre descendance en monstre de lubricité. Dans le pire des cas, elle finira comme nous – donc comme vous -, et postulera pour un stage à la rédac’ du Tag ; on a connu parcours plus désagréable qu’une vue sur la Cité des Anges et le taulier qui fait l’hélicoptère.

Heureusement, d’autres se montrent un peu plus futés à l’égard de cette déferlante puritaine. Le NewStateman se fend d’un plaidoyer plus poussé que ses congénères, en résumant ainsi toute la problématique : « La solution au porn sur Instagram, c’est davantage de porn sur Instagram »

« The problem Instagram has isn’t all the porn, but the fact that all that porn isn’t labelled – and it won’t ever be, because there’s no motivation for uploaders to tag porn as such. The only way to mark porn is to report it as « inappropriate » and get it kicked off the site.

The solution to porn is more porn. Let people posting pictures of their naked selves to clearly mark it as such; let parents set filters on their children’s accounts; and enforce stricter penalties against those who insist on uploading untagged porn. This is how Flickr dealt with adult content (before Yahoo killed it), offering « safe, moderate and restricted » as categories.

Besides, how could we live with ourselves if we scrubbed fake polaroid photos of handbras from the internet? »

« Pornifiez, pornifiez, il en restera toujours quelque chose ! », nous prévenait déjà Extra Lunch Money l’an passé, en lançant l’idée d’un Instaporn, alors que les médias mainstream n’avaient d’yeux que pour d’autres. Ceux qui voudront à ce point nager dans les internettes en SFWorama sont donc priés de se rendre sur Pinterest, dont voici toute l’étendue des contenus tagués porn :

Ces moments de facepalm intense nous rappellent, tristement, que le chemin vers la démocratisation de la culture porn est aussi long et dur qu’une vanne prévisible. Heureusement, il nous reste Pretty Real et sa définition idoine du porn Instagram :

It’s not quite real porn, so don’t expect to see any dicks entering vaginas, but it’s still enough to give you a stiffy. Well, sometimes. Other times it’s just androgynous and weird and it can be a bit confusing for your penis, but it’s basically art, so you can’t complain about your I phone helping you to be a bit more cultured.

On ne saurait mieux dire. N’hésitez donc pas à nous envoyer toutes les photos de vos zizis-kikis, c’est pour notre culture porn.

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