I Want Your Love, récit d’un tag raté

C’est le week-end, il ne fait ni beau ni mauvais, la nuit va bientôt tomber, et moi je suis le cul sur mes cours de langue française à tenter de paner quelque chose aux changements de paradigmes rhétoriques parce que j’ai partiel demain. Cette phrase est longue ? Vous n’avez rien compris ? Bienvenue dans mon dimanche aprem.

Ne me jugez pas, on ne fappe pas que pour l’amour du fap, parfois on se fait juste chier. Je ne vous sors pas des stats-Mazaurette pour prouver mes dires et je me retiens de poser la question : « Et vous chers Taggoux, pourquoi vous masturbez-vous ? Ça m’intéresse de donner la parole aux lecteurs masculins. Plutôt orgasme traditionnel ou prostatique ? ». Je suis persuadé que vous aussi, vous connaissez la pignole de l’ennui, celle qui vous fait cliquer machinalement sur Xtube, celle qui vous fait passer de Julien Lepers à Dustin Zito, celle qui vous prend la main dans le boxer alors que vous deviez faire la vaisselle.

Moi il fallait que je sorte les poubelles. C’est donc naturellement que je chope la boîte de mouchoirs Douce Caresse, prêt à me branlouter mollement pour taper un orgasme de seconde zone devant des Texans next door — des mecs qui pourraient me filer la gaule si j’avais pas grandi avec ces nouveaux archétypes de pédés-hétéros, sauf que j’ai passé mon adolescence à mater leur tête de gols. Lassitude, j’écris ton nom en lettres de sperme et je t’essuie vite fait avant que ma coloc ne revienne.

Quand je ne sais pas quoi regarder à la télé, je mets les clips de Direct Star en fond sonore ; par analogie, je venais d’afficher les vidéos les plus regardées du jour sur Xvid, et je tombe sur I Want Your Love en comprenant vite que c’est la vidéo ultime. C’est en fait un court-métrage qu’il est tout à fait légal de streamer comme un porc en mettant un doigt bien profond au FBI, ce que je vous enjoins à faire, même si vous êtes un hétéro à la quinophobie prononcée.

L’interview du réalisateur entrecoupée d’extraits s’il faut encore vous convaincre :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=JFo63Xhas1k[/youtube]

Autant vous le dire tout de suite, il ne se passe rien pendant les cinq premières minutes : on sort d’emblée de la logique porn qui veut qu’en livrant des pizzas à des teens, on peut tringler en trois secondes et repartir la couille légère quatre cartouches plus tard, avec autant d’hymens en bandoulière. Pas très grave, le jeu des acteurs est assez juste pour qu’on ne ferme pas trop tôt la page et ce putain de pop-up Livejasmin.

On a laissé une caméra par erreur et elle filme une scène naturelle qui s’intégrerait très bien dans une romcom ou un drame, une scène jamais tournée. L’effet de réel soutient tout et il est surtout assumé jusqu’au bout : le premier plan nous situe directement dans la chambre, au milieu des éclats de rire gênés ; les deux visages sont souvent filmés de très près (Lévinas me chuchote à l’oreillette que c’est bon pour l’empathie) ; ils s’embrassent sans se baver dessus ; le barbu essaie de ne pas avaler un poil de bite après la pipe, tandis que le spectateur est à fond dedans pendant qu’ils se font du pied en s’enculant. Ce qui signifie au passage qu’ils sont dans des positions pas trop compliquées qui permettent tendresse et sodomie, les maîtres mots d’un porn réussi pour les petits bâtards sensibles que nous sommes.

Échantillon représentatif des positions où c’est pas simple de s’aimer les yeux dans les yeux.

Oubliez vite la distinction entre érotisme et porn. À la rigueur, vous pouvez toujours dire que les cinq premières minutes sont teintées d’un homoérotisme intimiste si vous êtes critique aux Inrocks, mais sensualité et cul sont indissociables et gravitent autour de ce moment incroyable, où l’un libère la teub de l’autre et commence à le sucer comme un prince. Surgissement, déclic, on y est, j’ai pécho le rythme, je ne pense qu’à ça et ma grammaire du XVIIe n’existe plus, papa pourrait rentrer dans ma chambre, Patrick pourrait faire tourner les serviettes, je me battrai sans répit, j’ai la passion d’un dresseur Poképorn et mon poignet est indestructible. Je jouis avec eux, laissez-moi cinq minutes pour m’en remettre, eux aussi ils prennent leur temps après tout, ils sont là, le foutre qui refroidit dans le nombril, à me regarder, à se regarder, à somnoler l’un contre l’autre, à se caresser. C’est plus doux que mes Kleenex.

Je viens donc de tomber sur un morceau de Schubert alors que je matais tranquille NRJ12 et le monde ne peut pas rester sans savoir : donnez-moi trois quarts d’heure et mes twittounes préférées sont en transe. Enfin ils kiffent bien quoi, comme 99% des commentateurs des tubes d’ailleurs.

Trique et amour dans ma timeline

Pourtant c’est pas une histoire de scénario : deux pèdes qui se retrouvent dans la même pièce avec de l’alcool et qui finissent par ken, c’est aussi plat que la dernière saison de Skins. L’action progresse sans surprise, la machine infernale du “tétons-bite-anus” se met en branle, mécanique du porn bien lubrifiée, mais on s’en tape les couilles contre un sapin, vous avez vu cet anulingus ? Parfait #rimjob sans que personne n’arrive à déterminer pourquoi, mais si l’award des bouchanus existait, il le remporterait haut-la-bite. N’importe quel geste vu une centaine de fois devient sublime, on se croirait dans TopChef, quand les candidats préparent des patates et les rendent plus cool que du foie gras. Redonner toute son épaisseur au porn éculé, ces types sont mes nouveaux poètes.

Ce court-métrage est putain de banal, c’est l’histoire la plus simple du monde que personne n’avait encore filmée. C’est ce qui le rend ultime et en même temps intaggable : sur Xvideos, il était sous #gay et #friends, des tags mous comme des pâtes trop cuites. Mais en y réfléchissant, on mettrait quoi à la place ? Le fil directeur de l’extrait, c’est la #vraisemblance — rigole pas, ce tag marcherait très bien à la Sorbonne. Quoi d’autre ? Le titre est un hommage au morceau de Chromatics, et tous les choix esthétiques révèlent clairement un milieu indé, mais je tape quoi moi ? #hipster ? #indie ? Et je me retrouve avec des Tchèques qui bouillavent en bonnet ?

En fait, il suffit juste de regarder du côté de Mathews, le réalisateur, qui n’en est pas à son coup d’essai. Il sort d’abord en 2009 une websérie qui s’attarde sur le rapport à la masturbation de huit mecs, dont fait partie notre top qui vient de nous éjaculer des étoiles dans les yeux. C’est trop prometteur pour être vrai, mais mon attention est absorbée par iwantyourlovethemovie. THE MOVIE. Qui sort cette année. Je ne sais pas si ces 15 minutes parfaites résisteront au format du long-métrage (je vais probablement m’y reprendre à vingt branlettes pour en venir à bout), ni si les autres acteurs accompliront la prouesse d’être à la fois attendrissants et baisables, mais j’entame le nofaptime jusqu’à la sortie de I Want Your Love. Contre mauvais tag, bon fap, j’ai trouvé mon porn, je lâche rien et je croise le zizi pour retomber sur ces vidéos où la jouissance est spontanée, et où le plaisir se vit longtemps.

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