Katsuni : « Si j’ai toujours envie de tourner à 80 ans, ça pose un problème ? »

Arrivée à la fin de l’âge d’or du X français, Katsuni a rapidement su rebondir en se dirigeant avec succès de l’autre côté de l’Atlantique pour dorénavant voguer au gré de ses humeurs entre Los Angeles et Paris. Actrice, réalisatrice, bloggeuse, showgirl, animatrice… Une décennie à incarner le porno et à séduire. On est allé la rejoindre au Secret Square – temple du glamour parisien – pour un long entretien sur le présent et l’avenir du porn. 

Après dix ans de carrière, quel regard portes-tu sur la profession et comment l’as-tu vue évoluer ?
Je suis vraiment arrivée à une période charnière, tout le monde me disait que j’avais pas de bol de commencer en plein déclin ; c’était la fin des Hot d’or et la fin des grandes stars du X. J’avais à l’époque comme références : Tabatha Cash, Laure Sainclair, Julia Channel, Olivia Del Rio ou Dolly Golden. Que des filles avec un look de star du X et une vraie personnalité. C’était aussi le début de l’ère Clara Morgane ; une nouvelle période dans le X, et également l’arrivée des “stars de la télé-réalité”.

Je me suis lancée dans le porno car j’étais assez fan, je me suis retrouvée complètement en décalage avec cette évolution. C’était le marché du DVD, les K7 vidéos se vendaient encore à 4-500 francs et les sex-shops étaient des endroits à l’hygiène douteuse réservés aux hommes. J’ai aussi vu la mutation des films à scénario, qui petit à petit ont diminué pour se transformer en gonzo, mouvement auquel j’ai d’ailleurs participé avec allégresse. Quand je suis partie aux États-Unis, j’en ai beaucoup tourné, et ça été très positif pour ma carrière.
J’ai vu la crise du porno émerger avec le développement d’Internet. C’est pas une critique, c’est juste un constat, une mutation. Aujourd’hui on est dans un nouveau cycle, toujours avec des gonzo mais aussi avec un porno plus soft, plus sensible, plus féminisé… Je suis toujours là et je l’apprécie toujours autant.
Rien n’est pire que la routine et cette évolution me va très bien.

Quand tu parles de porno plus soft, tu penses à Digital Playground qui ne fait quasiment plus d’anal ?
Non, c’est leurs contract girls qui n’en font pas trop… Ils font pourtant des scènes très intenses car ils ont un excellent casting, ils prennent les meilleurs hardeurs, mais ils ont une manière de filmer plus “clean”. C’est pas le regard “pervers” du gonzo où l’on va suivre l’action, passer de la pénétration au visage de la fille. Ils tournent avec des caméras fixes et le rendu est donc différent, il parait plus soft car il est moins dynamique. Ils font vraiment du porno un divertissement, quelque chose de drôle et fun. Du coup ça passe plus facilement, mais en terme de pratiques ils se permettent quand même pas mal de choses. Ce n’est juste pas leur priorité.

Tu avais fait un passage remarqué chez Taddeï, ainsi que chez Ruquier. On sentait qu’il y avait un vrai fossé de générations entre les spectateurs et les différents acteurs du milieu. Le discours sur le web comme bouc émissaire ne passe pas du tout chez nous…
Effectivement, j’ai été mal comprise quand j’ai fait l’émission de Ruquier, on parlait de la crise du porno et j’avais dit que c’était à cause du web, du piratage… On n’est pas couché, c’est pas le genre d’émission où on a le temps de s’expliquer, on nous coupe tout le temps la parole, on est obligé de faire de gros raccourcis et du coup pas mal de fans avaient vivement réagi. Oui, j’ai un site officiel et des revenus par le web ; des revenus que je n’avais pas auparavant. De toute manière il faut évoluer ; à quoi ça sert de dire qu’on est contre ? Ça ne changera rien, Internet fait partie de notre vie, donc il faut suivre le mouvement et s’adapter.

Le souci est que notre génération consomme sans payer…
Cette génération est éduquée comme ça, elle ne veut pas payer. Mais j’ai l’impression que c’est très français aussi. Aux États-Unis on est face à un public très fan, c’est dans la culture d’acheter quand on aime quelque chose. Quand on va à un match des Lakers, tout le monde achète un t-shirt, c’est obligatoire. Ils ont cette énergie qu’ont les adolescents. Les Américains je les vois comme ça ; les français comme des vieux, ils râlent sur tout et tout doit être gratuit.

Tu bosses entre autres pour Brazzers, comment perçois-tu son rachat par Fabian Thylmann ?
Le porno avant était une affaire de passionnés, en marge ; c’était rock‘n roll. Maintenant c’est une industrie, il faut faire du chiffre. On ne parle même plus de morale, le porno n’est plus vraiment provocateur ou sulfureux. Aujourd’hui quelqu’un qui maîtrise sa carrière dans le X, c’est quelqu’un qui sait surtout faire du chiffre. Je suis une sorte de bébé de l’ancienne génération, qui doit s’adapter au nouveau modèle en place.

C’est pour ça que tu as pris ton indépendance par rapport à Digital Playground ?
Non, c’est simplement parce que je n’aime pas la routine ; j’ai été ravie de ce contrat, mais à un moment il faut savoir changer.

Alors qu’on a grandi avec, on a beaucoup de mal depuis quelques années avec le porno français. Plus rien ne nous parle (comédie, fantasmes, codes et références), c’est un peu la dépression. Ça vient d’où à ton avis ?
Il y a deux choses. Les gens qui réalisent n’ont pas notre âge, et pourquoi changer une méthode qui marche ? Tant que ça se vendra, ils continueront. Le vrai problème est que le marché est tout petit, on manque d’acteurs et d’actrices et il n’y a pas tant de réals que ça. Ceux qui sont là ont leur méthode de travail, ils ont commencé il y a un bout de temps ; du coup leurs consommateurs ont aussi un certain âge et tout ça leur convient très bien. Il manque peut-être une nouvelle vague. On a besoin de renouvellement et de diversité.

J’ai un projet de réalisation en 2012 avec Dorcel, je vais choisir des gens qui ne sont pas forcément partie du milieu porno. On est trop formaté. Même en tant qu’actrice, quand je faisais du gonzo tous les jours, j’avais une manière de baiser qui était répétitive, c’était tellement intégré que je ne m’en rendais même plus compte. Tu finis – mais j’ai dû l’être aussi – comme ces Américaines qui se mettent à gueuler dès que tu leur touches la cuisse. Elles sont dans la matrice, tout le monde est dans la matrice, c’est porno-land.

Mine de rien c’est un microcosme : comme dans tous les microcosmes, on a tendance à se regarder le nombril et ne pas évoluer. Comme on fait du chiffre, on continue comme ça et on devient paresseux. Il y a beaucoup de paresse dans le porno, on manque de talents, ça serait bien de s’oxygéner un petit peu avec des gens de l’extérieur. Mais pas des mythos, des gens qui ont vraiment envie de faire des choses.

Elles sont dans la matrice, tout le monde est dans la matrice, c’est porno-land

La séduction que tu pratiques dans tes scènes, c’est la même que dans tes shows ?
C’est différent. Le vrai intérêt des shows est l’interaction avec le public. Sur scène, c’est joué, surjoué – comme au théâtre, avec une musique, un thème. Évidemment je vais aussi regarder des spectateurs droit dans les yeux, pour que ça devienne personnel, mais ce n’est pas l’essentiel.

Quand je fais une scène, l’important c’est mon partenaire, mais je vais aussi penser à celui qui va regarder la scène, et ça va m’exciter. En fait, une scène réussie est une scène où je me dis que les techniciens et les mecs qui filment sont en train de bander. Il y a plusieurs rapports, celui avec le partenaire qui est la base, celui à la caméra et donc au spectateur virtuel et les techniciens qui sont là. C’est une séduction totale.

Tu as souvent tourné avec Manuel Ferrara, il a une sexualité fascinante. Il plane au dessus des autres. C’est quoi son secret ? La passion ?
Il est au dessus parce qu’il est unique, il est sincère et entier ; c’est une nature. Il est doué dans plein d’autres choses, les gens ne le voient qu’au travers de son statut de hardeur et je suis persuadée que certains n’ont pas idée de son intelligence et de ses qualités humaines. Il est vraiment fait pour ça, pas parce qu’il a des facilités pour bander, il va bien au-delà de la performance. Il a dit dans les Inrocks :

« Dans l’action, il n’y a que la fille qui compte. Tu fais tout pour elle. C’est de l’amour, à ce moment-là ».

Son moteur c’est le plaisir de la fille, il a tout compris, c’est cette interaction qui fonctionne. Il y a beaucoup de hardeurs ou de mecs lambda, voire des femmes, qui ont des rapports de manière narcissique, ils attendent de recevoir. Ils vont être performants car ça va mettre en avant leur virilité. Il a aussi ce côté-là, il a son ego et il aime séduire, mais il a surtout un vrai don, une vraie générosité et c’est très rare. Je ne connais personne comme lui.

Ça en devient même un modèle dans la vie privée…
C’est une énergie. Il va réussir à prendre le meilleur de chacune des filles, même celles qui peuvent être parfois pas terribles dans certaines scènes, un peu molles ou difficiles. Elles s’illuminent avec lui parce qu’il a ce don pour les éveiller.

C’est quoi une fille « difficile » ?
Une fille qui n’aime pas forcément son métier, qui te le fait ressentir, qui a des exigences, des caprices… Comme dans n’importe quel autre métier, il y a des gens plus ou moins agréables, c’est avant tout humain. Tu as des filles qui vont faire de très bonnes scènes, mais qui ne sont pas forcement agréables ou intéressantes quand tu parles avec elles. Et inversement.

T’es de plus en plus présente dans les médias traditionnels. Tu entames une nouvelle carrière ?
J’ai pas l’impression, j’ai eu beaucoup d’actu suite aux Hot d’Or, puis après je suis repartie aux États-Unis. Mais effectivement il y a eu plus d’exposition avec MCM et les Inrocks. C’est une évolution et c’est toujours une question de continuité. C’est évident que je suis appelée à arrêter les tournages, car avec l’âge on a d’autres défis, d’autres envies, puis on vieillit tout simplement. J’ai toujours dit que j’arrêterai de tourner quand je n’en aurai plus envie. Mais j’ai toujours envie de tourner… Si j’ai toujours envie de tourner à 80 ans, ça pose un problème ? (rires) En fait, j’arrêterai quand les autres activités prendront le pas. Le blog, ma marque de lingerie, les produits dérivés, tout ça c’est une continuité.

Justement, sur ton blog sur les Inrocks, tu as pas mal de trolls dans les commentaires, parfois très agressifs…
Je modère mon blog, je ne leur laisse pas ce plaisir, c’est comme s’ils avaient écrit pour rien. Dès que ça tombe dans l’insulte, j’efface. Quand ils attaquent, même si c’est violent je laisse, ils se discréditent tout seuls, et je trouve ça intéressant. Mais quand c’est vraiment dans l’insulte, ou que c’est complètement hors sujet, j’enlève, genre “tu mérites d’aller te faire violer en Thaïlande” !

Tu prends ça comment ?
Comme j’écris depuis Los Angeles, je me réveille avec les commentaires… Des fois ça m’énerve mais ça m’encourage encore plus, plus les gens m’attaquent, plus ils justifient mon blog.

C’est tout de même étonnant venant du lectorat des Inrocks, non ?
Quand il y a des attaques, on les retient car c’est elles sont violentes, mais sur l’ensemble des visites c’est très peu. Par contre je peux comprendre que certains vont sur le site des Inrocks pour la musique ou le cinéma, et qu’ils peuvent se sentir racolés si on leur met du porno sous le nez. Mais c’est pas grave, ce sont juste des gens qui râlent, en général on s’explique et on tombe d’accord.

Plus les gens m’attaquent, plus ils justifient mon blog.

Tu te vois où dans 5-10 ans, toujours à LA ?
Je ne sais pas… Pas à Paris en tout cas car je ne suis pas heureuse ici. J’y suis comme une touriste. J’adore cette ville, mais je ne veux pas y vivre. J’essaye de prendre le meilleur de chaque endroit, donc dans 5 ans je ne sais pas si je serai encore à Los Angeles, mais j’aurai arrêté de tourner. Je serai peut-être derrière la caméra ou sans doute dans des activités liées à l’écriture ou à la radio, et pourquoi pas le cinéma. Peu importe à partir du moment où ça me ressemble et me fait plaisir. Peut-être ecrirai-je pour le Tag Parfait ? Votre contract-girl MILF !

Tu continues à regarder du porno ?
Ça m’arrive. Quand je suis en train de me masturber, j’ai des images dans la tête, au bout d’un moment je vais essayer de retrouver ces images dans des scènes. Mais ces derniers temps moins. Il y a encore un an je regardais des scènes sur le web, surtout axées sur les filles. #reversecowgirl #bigtits comme tags, voilà ça me suffit. Je les regarde en boucle, je suis pas trop difficile, pour moi c’est vraiment du fast-food, c’est juste une image qui va m’exciter. Ça ne joue pas sur ma libido, c’est purement visuel. Mon vrai défi dans la réalisation c’est justement de dépasser ça, aller plus loin qu’une fille bonne qui se fait baiser, que ça fasse travailler la tête.

Ton tag parfait ?
J’aime beaucoup voir une fille avec deux mecs ; et les gros seins, je suis à fond dedans. C’est très primaire. Faut surtout qu’il y ait une bonne énergie. Le seul mec que j’aime regarder et qui m’excite c’est Manuel Ferrara, j’ai même envie de leur dire “montrez le plus !”. Il est tellement indissociable de la fille, c’est agréable à voir. Alors qu’en général, la tête du mec c’est plutôt un problème. Par contre, si une fille est trop mécanique, ça ne m’intéresse pas.

Tu as besoin que ça tende vers la réalité ?
Oui, je dois sentir qu’elle est vraiment excitée et c’est un problème car je connais la plupart des filles donc je sais ce qu’il y a dans leur tête. Je vais tout de suite voir le détail qui tue… Puis c’est très difficile de se branler sur les gens qu’on connaît…

Il y a quand même des filles qui t’ont marquée ?
Belladonna. Pas de comparaison possible ou de débat, c’est un bijou cette fille. Elle est vraiment belle, elle a une énergie, une douceur, elle est tout le temps souriante, c’est un ange. J’adore son côté extrême, super hardcore, même moi elle me choque ! Des fois je me dis qu’elle va trop loin, mais elle va trop loin par rapport à quoi ? Mes valeurs ? Et au final, pourquoi pas ? Comment tu définis les limites ? Elle, ses limites sont très simples, tant que j’ai du plaisir à faire quelque chose et que les autres en ont, tout va bien. C’est vraiment quelqu’un de libre.

Propos recueillis par Gonzo. Photos par Louis CanadasKatsuni est sur Twitter, suivez-la.

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