De l’importance du micro-blogging dans une autophilie de qualité

Je n’ai jamais été attiré par le porn professionnel. Toute cette lumière, ce n’est pas pour moi. Trop souvent les clichés se vérifient : la musique accablante, les filles qui semblent atteindre le septième ciel en avalant une quine, les acteurs quadragénaires généralement laids et mal coiffés, les intrigues squelettiques servies par un jeu proche du néant, difficile d’y trouver un quelconque intérêt. Pourtant j’ai bien dû passer par là, comme vous tous, en cherchant une cassette vierge pour enregistrer une rediffusion de Scream. Oh on l’aimait tous Clara Morgane, et sur les CD-R qu’on s’échangeait, on pouvait toujours trouver un petit .avi habilement dissimulé dans lequel la belle nous attendait. Mais non, j’ai essayé, essayé, jamais je n’ai pu concilier pro et pron.

Si on réfléchit bien, j’ai toujours envisagé le porno en terme d’adhésion, d’identification, et ces filles me paraissaient tellement inaccessibles et irréelles qu’elles ne m’évoquaient pas grand-chose d’autre qu’une branlette rapide, sans sentiment, sans affect. Mais nous, les sensibles, les pipou, on cherche autre chose, on cherche un plus, un supplément d’âme. Alors quoi? Alors je me suis tourné vers les tubes, et leurs livraisons quotidiennes de saillies amateurs, frustrantes souvent, magiques parfois mais toujours crédibles. #amateur comme une pierre de taille à affiner, comme un socle, une base solide sur laquelle se construire une autophilie de qualité. #amateur c’est l’AOC d’un bon tube élevé en plein air, nourri au grain de la caméra d’un iPhone. J’avais fait une croix sur les plastiques affolantes des pornstar aux dents blanches, j’avais banni les tag deluxe, me complaisant dans la lie du fait-maison, je bandais artisanal.

Kristina Rose, sa vie, son oeuvre, ses peines et ses joies

Et puis Twitter est arrivé, et avec lui est arrivée Kristina Rose. Insidieusement, ma timeline a vu fleurir des twitpic de la belle, habillée, puis moins habillée. L’intrusion était totale. J’étais chez elle, je voyais son chat, ses fringues en tas sur le lit, son bong sur la table basse. Elle, elle me parlait de tout et de rien, plus de rien que de tout d’ailleurs mais je m’en fichais. J’avais en face de moi une pornstar dans tout ce qu’elle a de plus simple. Je n’aurais pas dû cliquer sur ses liens malicieux mais il était trop tard, j’avais mis ma quine dans l’engrenage et je ne pouvais plus revenir en arrière. Et si après tout, ces filles existaient vraiment ? Peu de temps après Kristina Rose, c’est Dana Dearmond qui s’est invitée sur ma timeline. Elle nous parle de ses chaussures, de son mec, de ses chats sphinx et de son chien. Elle partage son intimité très simplement, avec une pudeur toute particulière. Si vous voulez la voir nue dans son bain, nue dans son lit, nue dans son salon, vous le pourrez, mais il vous faudra aussi passer par son nouveau vernis vert pomme, la robe trop chère qu’elle s’est quand même achetée, les soirées sushi avec @kellydivine et tout ce que vous font endurer vos autres gazouilleurs. Aujourd’hui elles sont des dizaines, il y a Dana, Judy, et Lou, et Sasha, et Sabrina

Dana Deamond, sa vie, son oeuvre, son chien qui tire la gueule

La problématique de l’adhésion au pron passe (pour moi) par la notion de plaisir que prend ou devrait prendre la fille à l’écran. C’est cette illusion fictionnelle qui m’a toujours posé problème dans le porn industriel, tant mon besoin d’authenticité primait sur le reste. Comment pourrais-je prendre mon pied si la fille devant mes yeux est en démonstration, dans un rôle de composition? Je ne pense pas être le seul, loin de là, et cela explique sûrement le succès des quelques vidéos Beautiful Agony disponibles sur les tubes. Ce manque, ce supplément d’âme que je ne retrouvais qu’en #amateur, il était là, sur Twitter. Le décalage discret qui faisait d’elles non plus des poupées de viande mais des personnes aussi réelles que l’étaient les petites amateurs qui faisaient les beaux jours de mes nuits, il tenait là, dans ces tweet anodins. Ce qui me manquait finalement, c’était cette re-érotisation du cul, qui ne pouvait passer que par ce coup d’œil presque voyeur sur les coulisses.

Érotisation de la timeline

Il suffisait d’un rien, j’avais juste besoin qu’on me rassure, qu’on me dise que ce monde clinquant artificiel fait de canapés en cuir blanc et de piscines à bulles n’est rien qu’un décor et que chaque soir, après une dure journée de labour, la petite Kristina Rose rentre chez elle, mange de la junk food et se roule un joint en écoutant MellowHype. J’avais besoin que ce porn graphiquement surchargé mais paradoxalement vide s’incarne, et prenne chair. Ma révolution des années 2k10 s’est jouée là, en 140 caractères, et je ne m’en suis toujours pas remis.

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