La thérapie par le POV

Je me confesse, je suis accro, j’ai le POV qui me coule dans le cerveau.

Je recherche l’identification dans le porn et les gros plans de va-et-vient dans des trous m’intéressent autant que d’inspecter le moteur d’une bagnole. Je suppose que ça doit en fasciner plus d’un de regarder des pistons s’enfoncer mais perso ça me fait bâiller. Sûrement un savant mélange entre mon égo en surchauffe et ma timidité bien réelle ; je veux être au coeur de l’action mais j’ose pas trop regarder les choses en face. Alors, bien planqué dernière ma caméra subjective, j’observe sans me faire griller et c’est ma thérapie par le POV.

Nous étions timides, mais le POV nous faisait croire le contraire.

Ce mec-là, cet anonyme instalkable, m’a mis un jour la puce à l’oreille avec son site qui n’a presque pas changé en dix ans. À l’époque de ma jeunesse frustrée, j’étais puceau et j’allais garder cet état pour un bon bout de temps, alors je passais des sympathiques soirées à réfléchir à la cause de mon malheur et à soulager ma peine dans l’absorption de mega-octets. Aucune idée de comment le mot “netvideogirls” est tombé dans mes mains, sans doute en faisant le tri dans les merdes qu’avait aspirées ma raie manta. J’en sais rien, c’était à des années-lumières dans l’univers de l’internet ; toujours est-il que les auditions du loustic étaient toujours un pur moment d’excitation.

À l’époque on n’appelait pas encore ça du POV, mais ça en était et du pur. Le mec tenait lui-même sa caméra DV et partait mythonner un plan calendrier dénudé, à l’arrache. La blague. J’y ai jamais cru. Même avec la weed la plus grasse et la parano la plus honnête, je n’ai jamais pensé la moindre seconde que ces filles s’inscrivaient sur netvideogirls pour faire un putain de calendrier dont elles n’ont jamais vu la couleur. Comme cette vieille technique de la drague violente et filmée à l’arrière d’une camionnette ; qui a rendu plus d’un pornographe millionnaire.

Délice exquis, délicieuse innocence.

Ce qui me tuait, en plus de ma foncedé de l’époque, c’était que t’avais les deux pieds bien ancrés au sol avec notre pote : convaincre la fille d’aller un peu plus loin qu’une simple exhibition, faire monter la tension, lui prendre gentiment le cou, regarder ses yeux, la fixer sans la lâcher puis l’amener à toucher ta braguette à coups de “oh look at you” répétés encore et encore ; à mi-chemin entre l’accusation et le délice. Ce type c’était toi, c’était donc tout ce que tu voulais voir. C’en était fini des plans chiants de mecs bodybuildés qui se regardent baiser. Puis faut se resituer dans le contexte, : puceau, timide, sexué. La sainte-trinité du bullshit à 18 ans. Devant ton écran, tu avais un type avec une bite normale, dans un contexte quasi crédible, avec presque aucune faute de goût. Il devenait ton maître, ton phare, celui que t’aurais dû être si t’avais été un peu moins con.

La réalité, la vie, la vraie, tu veux quoi d’autre comme explication pour qualifier ce qui est bon ? T’es là, t’es dedans, c’est toi. C’est les premiers pas vers le sexe immersif, quand tu commences à parler à cette fille que tu ne verras jamais, à lui faire les yeux doux, à hurler dessus que tu l’aimes parce que bordel tout ça est trop proche de toi et que tu tuerais pour traverser l’écran et jouer les héros. Quand tu sens les premiers symptômes des neurones cramés, le lapdance mental, le I Want You So Bad qui t’éclate à la gueule et qui te fait oublier qui tu es. C’est la magie, l’exaltation, des années d’expériences acquises en quelques minutes.

Honnêtement, NetVideoGirls reste et restera imbattable, il m’a ému aux larmes quand je suis retombé dessus. Il faut que je lui dise à ce type, que je lui écrive une lettre au stylo-plume et soigner les taches au buvard, comme on se confie à son journal intime étant petit. Mais les temps ont changé, la nostalgie fait souffrir et il faut vivre avec son temps alors voilà où nous en sommes :

We need to go deeper

Le marché est assez clair, il raccroche le POV aux accros et aux fêlés : POV Junkie, POV addicts, POV pervert. Normal quand tu vois la grosse veine de notre front palpiter dès les premières secondes. C’est de la came, t’y touches et si la projection dans le porn est la partition de ta corde sensible, t’es foutu. Pour ma part j’ai toujours cru à ce triptyque infernal pour m’emmener loin ; la quinouille à la main : Tension-Immersion-Contextualisation. Ça donne le TIC, pour les acronym-lovers. Un bon porn c’est donc un bon TIC. Parles-en à ton dealer.

Il faut voir le porn comme un produit culturel, un moment de divertissement comme se faire un grand huit, regarder un film, lire un bouquin, faire du sport, prendre de la dope ou écouter de la musique. Un truc qui donne envie de te sortir de ta léthargie quotidienne. Le POV agit chez moi comme une subtile rencontre entre tout ça, quand je lance un Jack’s POV ou un Raw avec Manu Ferrara, j’ai l’impression de mettre des lunettes de plongée avec un casque sur les oreilles, en regardant un film fonfon et de partir pour un petit moment de frisson. C’est pas vraiment que t’es accro comme un sale junk, c’est juste que t’aimes ça, c’est de la branlette mais en mieux, ça pose un problème à quelqu’un ?

Alors voilà mon tag parfait est idiot, il s’appelle le POV. C’est ce qui défonce le crâne et souvent ça me tétanise, il m’arrive parfois même de penser que ce que je vis à travers ça est plus intense que les histoires sur le lit derrière moi. Troublant.

Mais qu’il est doux d’être addict, d’avoir ces relations privilégiées avec les filles cool que l’entertainment pour adulte nous sert sur un plateau d’argent. T’as pas à essayer de te représenter via un type qui ne te ressemble pas, c’est quasiment toi qui le diriges et c’est là qu’on se sent bien. Du tout cuit, du service à domicile sans capote. Que faudrait-il de plus pour y croire ? Quelle autre dimension, si on a déjà Tenga, lub de compète, POV pour Junky, dope en stock et main bien agile ? Justement…

PORN IN YOUR FACE !

Voilà qu’arrive sur son cheval blanc, avec feux d’artifice et pluie de dollars la 3ème dimension. La promesse d’une immersion totale. On en a déjà causé, j’étais un peu déçu, puis un matin : la violence. Du porn 3D en POV. Mes yeux ont pété un câble dans leur orbite et ils sont allés se réfugier dans mes bijoux bijoux, qui eux s’agitaient en tout sens, lançant des signaux d’alerte vers mon gagnant qui à part se dresser et faire le malin, n’était pas très bavard. Finalement j’ai esquivé un rictus et claqué la CB comme on lâche un billet à une fille : allez 3D, fais-moi kiffer bébé.

Sans entrer dans les détails, l’enthousiasme retombe un peu quand on s’aperçoit que la fille n’est pas une championne du dirty talk et que la 3D n’est pas encore si spectaculaire, mais le potentiel est réel et on s’y fait assez vite. Reste le problème des lunettes, t’as l’air niais et ça baisse la luminosité, donc ça gâche un peu le plaisir de s’en prendre plein la gueule. La technologie est récente, on va la laisser mûrir, j’y crois. L’avenir est là-dedans, même si pour le moment c’est un peu comme mettre du glaçage sur un gâteau, tu dis pas non, le fond du problème, lui, est le même : est-ce que le centre est moelleux, riche et fondant ? Est-ce que le TIC est validé ? A-t-on bien toutes les lettres qui s’allument comme au flipper ?

Si oui, extra-ball, same player fap again.

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