Il s’appelait Snowball, c’était un breuvage blanc

C’est dur d’être un mec, dieu que c’est dur (no pun intended). D’être un mec bien bien-dans-son-genre, bien-dans-son-slip, j’entends. Avec ce fameux gène “virilité” qui semble manquer à certains d’entre nous, section garçons sensibles. Venez à la rédac à l’heure du thé, vous comprendrez ce que je veux dire. Ce “mec” là, le macho-man, c’est un peu notre loup blanc et en même temps notre Graal du dimanche. On aimerait bien en avoir dans le slip, à notre grand dam, vous voyez ? On a beau être fiers de nos petits bras délicats, on aime quand même se persuader qu’on est virils dès qu’on en a l’occasion. C’est pas moi qui le dit, mais la science (it works, bitches) :

Une étude suggère que la virilité est un statut précaire, et que quand elle est menacée, les hommes ont souvent tendance à la réaffirmer de manière agressive.

La méthode Coué du boloss, et c’est précisément ce qui arrive quand on aborde le snowballing, cette pratique de couple consistant à recracher du sperme dans la bouche de son partenaire après l’avoir reçu en bouche… et puis retour à l’envoyeur, et ainsi de suite jusqu’à ce que ça ressemble à une boule de neige (c’était donc ça !). Et le mâle viril de sortir de ses gonds, en entendant ça : “mais c’est dégoûtant”, gesticule-t-il ! Le #snowballing, dernier tabou de l’homme qui en a dans le slip, et l’explication est aussi simple que confondante d’absurdité : ne serait-ce que goûter son propre sperme serait le point de non-retour vers le Fucking Blue Boy et les chansons de Dalida.

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La preuve ? Tapez snowball/snowballing (voire cum swap/cum swapping) sur votre xTube préféré, checkez les vignettes et cherchez le garçon (qui ne soit ni mateur ni homo, évidemment). Résultat ? Que dalle. Nada. Le néant de l’arroseur arrosé. Putain de porno hétéronormé, putain de low-grade straight-boy phobia. Il est grands temps de contredire la métaphysique des tubes.

Le pire ans cette histoire ? Nous autres, garçons sensibles, sommes aussi touchées par le fléau. On flippe, on imagine le pire, alors on fait tout pour éviter that awkward moment où ta copine te propose de récupérer ce que tu viens de lui verser. Alors on bombe le torse et on affirme nos valeurs : “Le sperme, très peu pour moi, merci mais non.

RIP la virilité

Mais comme je vais te le raconter, tout ça c’est du bullshit de vieux gars totalement has been. Déjà parce qu’en vrai, on l’a tous déjà goûté, ce con de sperme. A l’adolescence, sur les doigts ou contorsionné sur son lit, je ne sais pas comment vous faites, je ne pose pas de questions. Mais on l’a TOUS fait. Que celui qui n’a jamais goûté son propre sperme me jette le premier commentaire, amen.

SpongeBob Gay

Et puis surtout parce que la virilité, merde quoi : quel concept dépassé ! Tu peux crier derrière ton écran si tu te sens inconfortable avec ça, mais au fond de toi tu sais que c’est dans le Zeitgeist. Il est temps d’accepter la mort de notre virilité et son corollaire spermophile : oui, on peut être un hétéro bien-dans-sa-peau sans forcément cracher sur le sperme (justement). Question de classe, porno-gentleman t’as vu.

Alors pourquoi on en est là dans le porno, pourquoi on ne peut pas voir ça sur nos Tubes adorés ?? Pourquoi il faut toujours, toujours, que ça finisse en queue de poisson et blagues vaseuses sur Doctissimo et consorts ? Pourquoi, pourquoi, pour-quoi ? Merde, je ne veux pas une réponse, je veux des actes. Je veux un porno gros budget qui montrera la voie, qui montrera au monde ce que le monde doit admettre : que le sperme n’a jamais fait de mal au mâles. Et c’est à nous, garçons sensibles mais effarouchés, de défricher le terrain. Le dépassement du genre masculin est à ce prix, merci Yasmine.

Alors oui, ce sera difficile, mais il faut faire le premier pas. Tu as peur ? N’aies crainte, et on est là pour s’entraider. Prends-moi la main, et laisse-moi te préparer aux cinq phases du deuil de la virilité, avant qu’on ne l’enterre définitivement. Elle aura bien vécue, la bougresse. Paix à son âme, mais rassures-toi : on survivra bien sans elle. Dis-lui un dernier au revoir, une dernière prière, et on se lance. Ensemble. Et demain tout ira bien, tu verras.

Acte I – Le déni

“Haha mais t’es tarée.”

C’est tout ce que j’ai trouvé à répondre quand elle m’a proposé d’essayer quelque chose de nouveau. Elle m’avait dit que ça l’exciterait bien. “De quoi ?”, j’avais répondu, feignant de ne pas comprendre. “De t’embrasser. Après que tu as joui dans ma bouche”, elle avait répondu sans ciller. “De te rouler un gros patin avec ton sperme chaud qui passe lentement de ma bouche à la tienne”, elle aurait tout aussi bien pu dire, mais elle avait jugé cette version plus diplomate. Elle savait qu’elle était en terrain hostile, mais je flairais le coup bas. Et je préparais mes armes, un argumentaire en béton. Fontaine, fontaine, jamais je ne boirai de ton eau, tu vas voir ce que tu vas voir.

Acte II – La colère

“WOWOWO tu fais quoi là ?!”

Sa bouche s’est approchée un peu trop près. Elle m’avait pourtant prévenu. Et j’avais dit que je ferai un effort. Mais ça n’a pas suffi. Le corps a ses raisons que la raison ignore, mais que le blues post-éjaculatoire justifie très bien. Alors je m’étais planqué sous la couette pour être sûr que l’enfer blanc n’atteigne jamais ma bouche. Et j’ai ronchonné. Et elle s’est énervée. “Et pourquoi je devrais avaler ton sperme et pas toi ?!” Bonne question. Touché, mais pas coulé, j’étais paré pour le combat. “Regarde dans le porno”, j’ai répondu du tac au tac. Sûr de mon coup, parce qu’elle savait où je voulais en venir : que les rares scènes de snowball hétéro qu’on peut trouver sont soit taguées bisexual, soit dominatrix. Et elle ne voudrait pas que je lui préfère les bites ou le latex, n’est-ce pas ma chérie ? Malin, mais ça n’a pas suffit. Elle avait perdu une bataille mais elle avait déjà gagné la guerre psychologique en me mettant l’idée dans la tête. Inceptionné par ma propre femme, la honte. Alors j’ai réfléchi, un peu, avec ce qu’il me restait de cerveau traumatisé.

Normandie Gay

Acte III – La négociation

“Mais quel boloss je fais.”

C’est triste à dire, mais j’avais raison. Pas de refuser tout contact avec l’ennemi, mais de me rendre compte que je suis un boloss. L’argument porno s’était retourné contre moi, j’avais repensé à cette belle scène impliquant Clara Morgane et Greg Centauro (paix à son âme) qui m’a rappelé que les kiss au sperme, ça pouvait me tirer une larme émue. J’aurais bien voulu lui montrer, mais je n’avais pas réussi à la retrouver sur les internets. Et oui, cher lecteurs, ceci est une pirouette pour que l’un(e) d’entre vous la poste en commentaire. Si elle existe vraiment…

Gay pokemon

Et puis surtout, j’ai arrêté d’être si con. Parce que je me suis souvenu qu’elle ne disait rien quand je l’emballait après un cunni, alors pourquoi il en irait autrement dans le sens inverse ? Alors, au détour d’une conversation, je lui avoué dit que j’étais prêt. “Chouette”, elle a répondu, et j’ai senti dans sa voix que je ne pouvais plus reculer.

Acte IV – La dépression

On y est. Le climax. La tension. J’essaye de ne pas avoir en tête cette scène dans laquelle une fille en latex crache la semence sur son boyfriend couché pour l’occasion, mais je n’arrive pas à penser à autre chose. Et je jouis, et elle vient m’embrasser. Et je flippe, et ça dure une éternité. Et c’est salé, et ça pique, et je me sens mal, et j’ai la nausée.

Acte V – L’acceptation

Et puis ça passe. Tout seul. L’étoile de Centauro est avec moi, je sens sa main sur mon épaule qui me rassure, et je me demande pourquoi j’en faisais tout un plat.

Je me sens con, tu sais, d’avoir tant résisté”, j’ai donc conclu en silence, et j’ai dû le penser très fort parce qu’elle a acquiescé de ses yeux maternels. Et j’ai proposé qu’on le refasse, un jour, un soir, quand il faudra. Maintenant, je suis prêt. Et je veux te faire plaisir, ma chérie.

Ndlr : Ceci est une oeuvre de fiction. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à cette dernière, comme dit Jorge Volpi.

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