Revebebe, retour à l’imagination

Bouge pas, je te montre le décor. Vacances, résidence secondaire, l’éclate totale. L’ADSL n’arrive pas encore dans ce genre de bourgade, et les parents commencent à râler sur leur facture de tel à 4 chiffres (en francs hein). Toi tu te fais chier, la télé marche mal, y’a pas une VHS qui dérape ou même un Elle à se foutre sous le gland. Ton imagination s’est fait la belle sur le dos de la raie manta des darons, t’en finis même par faire des dessins cochons avec la buée des parois de la douche. Stylé, sauf que tu sais pas dessiner. Il est 14h, l’heure qui cogne en solo et les parents vont se barrer au carrouf. Tu vas pas les suivre, évidemment, t’es trop malin pour ça. T’entends la porte claquer, tu double check par la fenêtre, tu pousses le rideau quand la caisse prend le virage. Ton plan est rodé, calibré pour ne jamais te faire griller, c’est l’heure de récidiver ; s’envoyer en l’air avant de retomber d’une petite mort dans les bras de Morphée.

revebebe histoires érotiques

Derrière cette carrosserie pourrie se cache un moteur rutilant

Sur le papier ça se passe comme ça. Sauf que t’as pas la raie manta et que si tu continues à défoncer la ligne téléphonique, tu vas recevoir un interrogatoire un soir qui risque de te mettre mal. Et c’est là qu’apparaît dans ta vie : revebebe. Sous-titré « le site de l’imaginaire », sous-titre que je viens de remarquer à l’instant, à l’époque je voyais juste « je suis majeur, je veux rentrer », enfin surtout « je veux rentrer ». Le site a fêté ses 11 ans, et le compteur préhistorique affiche un impressionnant 72 millions de visites. Pas une pub, le web 0.5, c’est moche mais pratique à charger. Le site n’a pas changé depuis que je l’ai découvert, et je peux vous assurer que depuis je l’ai bien saigné. En retombant dessus l’autre soir, tous mes souvenirs sont remontés d’un coup. J’ai vomi des cartes postales de branlettes, c’était un double rainbow hyper intense, si j’avais eu un surf mental, j’aurais ridé ces souvenirs en riant si fort que les murs se seraient fendus.

J’avais dû être chauffé par un Bret Easton Elis, sûrement le threesome bi de 15 pages dans Glamorama, ou alors autre chose. Je ne sais plus vraiment comment je suis tombé sur cette mine d’or, mais ma vie sexuelle solitaire explosa. Finie l’heure à chercher les purs players de Jacquie et Michel, j’y arrivais plus de toute façon. J’avais déjà cramé mon potentiel d’imagination avec cette foutue raie qui me ramenait ma came à la tonne et je commençais déjà à voir pointer ces sales branlettes qui n’en finissaient pas, faute de matière à croquer.

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Revebebe dans la collection « J’aime lire, nue »

Je t’explique le principe du site. T’as une méthode de recherche simple et diablement efficace. Les grandes catégories ont une couleur, genre bleu clair pour du plaisir solitaire ou marron pour du SM… Ainsi qu’une recherche par tags très précise, quelques exemples : fff (groupes de plusieurs femmes), init (première fois), tutu (POV)… Soit la puissance de feu d’un char d’assaut lustré et pouponné ! Une précision chirurgicale pour l’esprit cartésien que j’étais et les artères de mon cerveau pompaient à mort quand je tapais cette url magique. Je faisais des combinaisons dingues. J’étais Dieu. J’avais la totale maîtrise de mes fantasmes. J’avais dans les mains un outil complexe et perfectionné, parfait pour me faire passer l’ennui qui coulait dans ma tête quand il ne passait plus rien à la télé. Tu rajoutes à cela que tout le monde pouvait noter les récits et tu avais l’équation parfaite d’une après-midi à se faire plaisir, tout en respectant le portefeuille des parents.

Des associations de tags précis, des couleurs, des notes. Oui, tu avais déjà en 99 ce qui allait devenir les tubes qu’on connait. C’était à la recherche du Tag Parfait version bêta, des croquis sur le coin de la table, l’idée était là, il manquait juste l’image. Et c’est bien là où se situe la puissance d’un récit, l’image c’est toi qui la crées. Les personnages c’est toi, la mère de ton meilleur pote ou la bombe de la classe. Le train que le personnage prend, c’est celui que tu as pris pour aller dans la maison de vacances. Le tag « init », c’est toi, normal t’es puceau. Tout fonctionne et c’est beau. Je choisissais souvent des récits longs, pour profiter au maximum de l’expérience, d’être au plus profond de l’excitation. Je te parle d’expérience, tu souris un peu bêtement, non mais mec c’était une vraie expérience, tu ne lis pas pendant vingt minutes les aventures d’un jeune qui se fait déniaiser par sa belle-mère sans sentir pointer dans ton dos la sueur froide. Cette délicieuse souffrance me revient en repensant à ce site, laisse-moi te faire une ode à Revebebe. Laisse-moi faire couler mes doigts fébriles sur ce doux clavier. Laisse-moi m’exciter tout seul les yeux fermés.

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Les yeux attachés par les mots, la main bloquée par l’amour.

Revebebe tu étais mon secret bien gardé, seulement partagé avec deux, trois coquines de la classe qui lisaient à voix haute les récits les plus crades. Oh,  la belle érection dans le pantalon que voilà. Elle ressemble à celle que j’ai quand cette fille me regarde, serais-tu réel Revebebe ? Serais-tu une maîtresse aux mille désirs ? Qu’es-tu devenu depuis que les tubes ont envahi nos cerveaux trop mous ? Tu me manques tu sais, l’autre soir, j’ai repensé à toi, j’ai vraiment senti des larmes venir. Ces fameux récits au bord de la piscine, ces hommes comme moi qui avaient le cœur sensible, ces filles qui prenaient la situation en main, ces boulangères entreprenantes. Tous ces récits avaient beaucoup plus de force que n’importe quel porno, c’était la réalité augmentée dont on te parle souvent ici, multipliée par tes propres fantasmes. Ouais, tu vois, t’étais bien avec ces feuilles imprimées ayant pris le soin au préalable de bien effacer le fichier du logiciel d’impression. T’étais bien à l’époque où le « naviguer hors connexion » existait encore. T’étais bien avec tes secrets, tes fantasmes, tes tags interdits, tes récits qui allaient trop loin, tes histoires qui n’existaient pas en vidéo. T’avais ton chez toi, tu partageais ces textes seulement si tu voulais draguer, façon « lis le Tag Parfait ». Ce blogi-blog n’existait pas et pourtant du plus loin qu’il me souvienne, tout était là. En écrivant ces mots, j’ai la nostalgie des chaudes après-midi d’été, des siestes avec le ghetto-blaster et l’envie bouillante de toucher pour la première fois vos intérieurs.

Que sommes-nous devenus ? Des branleurs idiots, jusqu’à l’arrivée du Tag, peut-être, j’espère, enfin, si on peut vous servir à quelque chose comme Revebebe pouvait me servir à l’époque, j’aurais l’impression d’avoir fait avancer un peu les choses. J’aime bien parler de mon adolescence par ici, c’est par là que je me suis forgé, j’ai pas changé et je ne regrette rien. Je suis toujours autant frustré par la vie, j’ai toujours envie de tout bouffer sans oser lever ma fourchette. Revebebe me fait couler des larmes en cet automne trop cruel. Et c’est pas un hasard si en écrivant ça je réécoute Chronic 2001 de Dr Dre, sorti en novembre 99, soit en même temps que Revebebe. J’écoute ces mecs qui étaient sur le trône du rap, avec des sons intemporels, la création note par note, comme chaque lettre que ces gens écrivaient sur leur word rudimentaire. Car ces gens écrivaient, et continuent à écrire des petits chefs-d’œuvre, dans l’anonymat le plus complet, sans égo, sans pub, sans argent, juste pour le plaisir de nous faire bander.

Allez sur ce site, éclatez-vous, c’est mon cadeau pour passer un bel hiver.

À l’ancienne.


15 commentaires Voir les commentaires

  • C’est tellement vrai!
    ça me rappelle les magazines Union (il y a plus de 20 vingt ans) il y avait une rubrique du genre « histoires vécues »… :)
    Très beau texte, je vous souhaite un bon coup de fourchette à venir.

  • Ma mère a été correctrice de textes, parfois érotiques parce que ça payait mieux. Mes premiers émois, mes premières mains baladeuses, mes premières culottes en coton humides, c’était devant un vieux Macintosh 95, pendant de moites après-midi, après avoir fouillé les tréfonds de dossiers aux noms peu évocateurs, mais je savais qu’ils étaient là. Comme quoi on est pas si différents… En tout cas à l’époque on savait s’émouvoir comme il faut, notre imagination était fertile, on découvrait nos corps et le fantasme prenait un grand F.
    Aujourd’hui encore les textes m’excitent plus que les images, merci Gonzo, je ne me sentirais plus jamais seule au fond de mon lit.

  • Le Tag c’est comme la main qui vient s’occuper de toi quand tu lis un bouquin cool à deux mains.

  • Revebebe… Y’avait ça et le « fichier caché » de 400mo sur le disque dur de 1,6go avec toutes les photos qu’ils fourguaient contre un code dans les mags de lulz de l’époque (la découverte du bukkake, wow…)… Mais quand même, putain, revebebe, tu me fais chaud au cœur, compadre… Sèche tes pleurs, ou reprends un Tercian fais comme chez toi hein, revebebe c’est so far de la porn valley : it’ll never die…
    Keep on taggin’, dude…

  • Putain je suis pas seule ! moi aussi ça m’a bien servi quand j’avais que le 56k… merci pour cet article ;)

  • Moi aussi ça me rappelle le courrier des lecteurs de Union. Ado, y’en a certaines que j’ai tellement lu que je pourrai quasiment les ressortir de mémoire.

  • Oh chouette article! Qui aurait bien sa place dans la bibliothèque Revebébé justement …
    On vous y attends de rêve ferme!

  • Ha, mais lancez-vous! De ce que je lis, vous avez la plume facile, et une manière bien à vous d’écrire, faites-nous donc ce plaisir. ;)

  • Quelle plume et quelle fluidite!
    Merci!

  • revebebe, l’ultime.

    et le fap, c’est 50% vidéos, 50% revebebe encore aujourd’hui.

    A l’époque ou l’internet n’etait pas roi, je sauvergardais quelques récits avec des appuis frenetiques de CTRL+A, CTL+C, CTRL+V, dans un mail que je m’envoyais.

    Je viens de vérifier, le plus vieux mail dont l’objet est « his » date d’octobre 2000

  • j’arrive un an après mais c’est la même histoire pour moi. C’est tellement bien résumé. argh.

  • Amen.
    Vas en paix Gonzo et ne révèle pas plus de ce St graal du plaisir solitaire.
    Des heures et des heures de lectures , une sorte de Brigade des Mœurs à chaque texte et sans la partie policière chiante.

    10 ans après le souvenir est intact.
    Bravo à eux, et à toi pour cette redécouverte.

    D’ailleurs bien des prods de porn auraient la une base incroyable de scénarios
    qui marchent !

  • Brigade mondaine . Pas brigade des mœurs biensur.

    Souvenirs intenses aussi ça .

  • le site qui m’a fait découvrir que je n’étais pas seule dans le monde du travestissement :)

    Longue vie à Revebébé !

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