Bondy porn

Au début, il suffisait d’une brune au teint mât et d’un costume de danseuse orientale. On l’appelait “Shéhérazade et les mille et une bites” : L’histoire était toute trouvée. Aujourd’hui la danseuse ne suffit plus, elle s’est transformée en lolita des quartiers. Celle qu’on check dans le RER ou qu’on surprend à manger chez ED pendant le Ramadan. Pleine de paradoxes : bimbo sur le portable, discrète à la ville, bonhomme dans le quartier, elle se plaît à rester insaisissable & affranchie. On l’appelle maintenant beurette, une niche lucrative et typiquement française.

Dalila Beurette

Dalila, ton père était fan

L’avant-garde, proto-beurettes

Tube8, sous “Horny arab teen” une vidéo vue plus de 2 millions de fois, Barkibu demande “Does anyone know her name ?”. Sikkiboy lui répond “beurette”. Ce n’est pas son nom mais peu importe, le mot est là : “Beurette”, verlan féminisé de arabe, ancré dans l’inconscient de cet internaute qui ne semble pas comprendre le sens. Les sites de partage de video racontent une histoire similaire : On cherche “arab”, ils nous proposent “beurette”. Et au milieu des montages amateurs estampillés arabsex.tk, la production française se hisse en bonne place. C’est par le jeu des détournements, habitude aisée du porno, que la beurette s’est tranformée en une niche que seule la France puisse se vanter. Un résultat imprévu des flux migratoires qui a pu être mis en scène après une longue patience. Dalila, porn star des 90’s, est ce qu’on peut appeler une proto-beurette : née à Casablanca, elle débarque en France en 1990. Vingt-et-un ans et prête pour conclure studieusement sa scolarité accompagnée d’une curiosité insatiable, l’étudiante perd sa virginité, gagne un peu d’argent en posant nue pour des peintres et s’invite progressivement dans l’univers du X. Après quelques photos de charme, elle atterrit chez Colmax où elle danse en sharqi  – le costume traditionnel de la danseuse orientale – un temps, mais sera surtout reconnue pour son énorme poitrine “méditerranéenne”. Elle finira par faire les affaires du X chic italien, le plus lucratif pour une actrice à l’époque. D’autres filles aux origines marocaines, Judith Barcelona ou Anastasia, connaîtront une carrière à peu près similaire. Le porno français des années 90 est aussi celui qui commence à recruter pas mal de filles issues des banlieues répondant aux annonces dans les gratuits. Elles sont attirées par l’argent relativement facile et ignorantes du monde qu’elles vont découvrir. En ressort une génération d’écorchées vives comme Raffaëla Andersson ou Karen Lancaume, rejetons de la France métissée et symboles d’un instant où il fallait dire fuck à tout le monde : À la domination masculine étouffante, aux fantasmes toujours plus sordides à satisfaire et à l’hypocrisie du business. Pas encore “beurette”, le discours est entendu chez les intellectuels et les aficionados, moins chez les banlieusardes. Pourtant, ce sont elles qui posent les bases de la fille de banlieue dans l’imaginaire porno : De grandes gueules passionnées. C’est ce principe que certains producteurs ne vont pas se priver de détourner avec plaisir.

Beurette

Voilées ET vicieuses, important de le souligner

Re-belles

En plein essor au début des années 2000, le porno semi-amateur va dessiner les contours de “sa” beurette en abusant du mythe de la maghrébine française : petite poupée brunette vierge, voilée, sodomite, revancharde. Le principe est suranné mais fonctionne toujours : ces filles brisent tous les tabous pour exciter le spectateur. On s’en moque alors de surexploiter les clichés ou de se faire taxer de racistes, on y va sans complexe. MilukMan, créateur de concept porno décalé et à succès (jemevenge.com, top-moches.com), remarque que l’industrie reste frileuse pour proposer un contenu typé 100% beurettes. Avec une once de provocation, et un voile acheté par un ami en banlieue, il lance Beurettes-Rebelles.com en 2002. Musique hip-hop et majeur en l’air face caméra. C’est un véritable phénomène, d’abord en France, mais aussi dans les pays du Maghreb comme en atteste l’hebdomadaire marocain de référence TelQuel : “Ce ramassis de clichés a séduit les Marocains, qui y ont vu comme une résonance de leur propre imaginaire érotique”. Surtout, et c’est le moteur de la production, les françaises d’origine maghrébine répondent présentes aux annonces. « Au début du site, nous avions une demande de casting par jour » souligne MilukMan. Pour certaines, ces films gonzos apparaissent comme une bulle d’air où elles peuvent exprimer une sexualité sans pression et un droit au plaisir universel. Une véritable alternative qui permet de chatouiller le quartier frileux à l’émancipation des “petites soeurs”. La production n’hésite pas à afficher la ville d’origine des filles, ou un statut qui confirme le cliché voulu “elle travaille au Quick de la place Clichy” et à les faire parler crûment en arabe, certificat d’authenticité. « Tu remarques que les premières castées sont kabyles ou maghrébine seulement d’un parent, comme moi » confesse Samira (son nom a été changé) actrice beurette éphémère « sans faire de mon cas une généralité, ça sous-entend un contexte familial moins lourd et plus de facilité pour faire du cul ». La plupart des filles enlève le voile au fil de la vidéo, artifice érotique et non islamique insiste l’avertissement à l’entrée du site comme pour se convaincre lui même. Certaines refusent simplement de le porter, à l’image de Samira : « Ce n’est pas une revendication mais j’en porte pas au quotidien, j’vois pas pourquoi j’allais en mettre un pour tourner ». Logique.

Beurette Yasmine

Yasmine chauffe la rue

Microstar

La beurette, comme beaucoup d’amatrices, est une étoile filante. Une ou deux vidéos et elle retourne à son anonymat. « Pour ma part, c’était une parenthèse pendant mes études » explique l’ex actrice « le faire en tant que professionnelle je ne l’ai jamais conçue ». Ces expériences fugaces sont un casse tête pour les fans qui surveillent mises à jour et forums spécialisés afin de glaner la moindre information sur leurs favorites. Bien sûr, il y a des exceptions comme la superstar Yasmine. Entrée dans la pornographie pour assouvir un fantasme libertin avec son copain, elle n’a joué la beurette que sporadiquement : pour HPG (À nous les petites beurettes) ou JTC (Maghreb Girls, Rachida et ses soeurs). Égérie Dorcel jusqu’à peu, Yasmine est désormais plus connue pour ses rôles dans le porno dit glamour. Elle ne renie pas ses origines et affirme être une musulmane croyante, non pratiquante. Sa notoriété en fait une ambassadrice des actrices maghrébines, elle cristallise tous les sentiments hétérogènes liés à ce choix atypique : à la fois conspuée et idolatrée par les dévots de tous les extrêmes. À défaut d’une carrière bien établie, la majorité enchaîne les productions amateurs avec détermination comme l’explosive Shaina (MSTx) ou plus d’indécision comme la timide Salomé (Explicite-Art) devenue la brûlante Leila Sheitan (Satan en arabe), les changements de pseudonyme révélateurs du tâtonnement. Mais au delà du monde amateur, les opportunités sont rares et personne ne propose un projet conséquent, fédérateur et sexy qui pourrait les propulser en pornstars alternatives, issues des quartiers. Une utopie. MilukMan nous fait redescendre sur terre : « Beaucoup de réalisateurs ont peur d’être taxés de racisme ou de recevoir des menaces quand ils font tourner des femmes arabes. La beurette est trop typée et ne correspond qu’à certains fantasmes ». Pour sortir du carcan, l’issue serait d’y aller soi-même caméra au poing, raconter SON histoire de cul, inspirée du porno activiste. Difficile selon Peggy Sastre, auteure proche des féministes hédonistes « [En France] De l’activisme porno, je n’en vois pas tant que ça dans les franges de la population dites « arrivées » […] Alors aller demander à des filles emprisonnées dans des cultures sur-machistes et sur-sexophobe de faire « youpi, je fais du porno et j’aime ça », c’est une autre paire de manches ». Le « Je suis un joli cadeau, non ? » de Zahia apparait alors comme le seul signe ostensible du bouillonnement sexuel dans les quartiers. Le plaisir y est imprévisible.

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