Putain d’enfante de la Génération Y

A quinze seize ans, Elsa affectionnait particulièrement ce marché consistant – via webcams interposées – à montrer ses yeux bleus coquins, ses petites lèvres pincées et surtout ses petits seins ronds à ses camarades de la seconde trois, à la condition que ceux-ci se masturbent ostentoirement en retour. Honnêtement, un bon tiers des mecs de la classe y était passé. Peu de ces mecs assumaient l’attirance qu’ils éprouvaient pour Elsa, préférant la moquer en public et l’affubler de qualificatifs peu flatteurs pour une jeune fille de son âge. Elle s’en foutait, sûre de la fascination qu’elle exerçait sur eux.

Les années passant, Elsa se lassa du petit jeu de la webcam, se rabattant vers des territoires de chasse plus classiques. Les soirées chez les copains. Les rares sorties dans les boites de nuit locales. Les soirées chez les copains encore. Les soirées chez les copains toujours. Les autres filles, celles du lycée ou celles qu’elle côtoyait dans ces soirées, l’avaient toujours détesté ou au mieux méprisé. Les garçons, eux, ne savaient jamais vraiment comment aborder cette fille différente des autres, à la fois amatrice introvertie de bizarreries numériques, mais salement entreprenante et intimidante à l’heure d’arriver à ses fins avec eux. Elle s’en foutait. Avec frénésie, Elsa épuisa rapidement le vivier à sa disposition. Beaux, laids, abrutis ou sémillants garçons, les critères devinrent rapidement inexistants pour elle. Les frontières de l’acceptable finirent simplement par se dissoudre peu à peu dans l’alcool et la fumée. Elsa était devenue une machine à dépuceler les queues de ses potes et des potes de ses potes. Puis vint la délivrance. Les études supérieures. La faculté de sociologie. Paris.

La logique resta la même. Les soirées étudiantes. Les soirées entre potes. Les boites de nuit. Un peu plus souvent qu’en province. Puis l’année dernière, elle découvrit le graal. Ou plutôt, son graal. Twitter. Haha. Oui twitter. Pour la première fois de sa vie, elle foutait la main – et la bouche – sur une source de foutre intarissable. Des hommes matérialisés par des @. Sucer la queue de @machin. Se faire péter le cul par @truc. Et les jeter aussi rapidement qu’on se débarrasse d’un tweet mal senti.

Ouais, maintenant son truc à elle, c’est la chine numérique. Toujours selon le même processus simplissime et nauséeux. Choisir sa proie.  S’immiscer progressivement dans ta timeline en replyant des commentaires irréfléchis, inintéressants et vaporeux. Mais rien à foutre. Elle impose sa présence la Elsa. Une présence qui se fait pressante avec les jours qui passent. Puis l’attaque en DM. Les mots mielleux. Les LOL numériques faussés. Les soi-disantes références communes. Et la chine. Toujours la chine. Follow. Reply. DM. Facebook. Mojitos. Echange de fluides. Unfollow. Numérique et réel.

Ah, elle est volubile et insipide comme une wannabe actrice Elsa. Sauf qu’elle s’en branle, elle ne cherche à décrocher aucun rôle. Non, le rôle de sa propre vie lui sied parfaitement. Elle ne cherche pas à être aimée Elsa. Elle vit juste avec son temps. Putain d’enfante de la Génération Y.


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