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18 jan 2012 - Dans : Reportages

Ces propos n'engagent que leur auteur

Mangez-moi, un B. Root indigeste

Vendredi 13 (janvier). J’ai oublié de jouer au Loto. L’Élysées-Biarritz, chic. Gonzo et GrosMikko arrivent à la bourre. On m’a déjà tamponnée la main à l’entrée, avec de l’encre invisible. Marquée aux rayons X comme par magie.

La fine fleur du porno français s’expose. Notamment les playmate du mois, Phil Hollyday, Nikita Bellucci et Ovidie. On s’assied dans les sièges en velours. John B. Root monte sur scène. Un an après Dis-moi que tu m’aimes, le réalisateur et producteur d’Explicite-Art reste dans l’impératif avec Mangez-moi. Il manque toujours de thunes (Canal + lui a filé 45 000 euros, 5 000 sont partis dans le buffet post-projo), mais pas d’humour…

Un inspecteur (Roman Roquette) enquête sur la mort d’Elena (Liza del Sierra), retrouvée poignardée dans sa maison d’hôte, tandis qu’un invité, Arthur (Phil Hollyday), scénariste, tente de renouer avec l’inspiration.

Le pitch a du chien ; pas autant que les dialogues de haut vol (Bertrand Blier, si tu nous lis) prononcés par Liza del Sierra, Jasmine Arabia ou Mike Angelo, avec l’accent chantant du sud. Soleil, soleil. Welcome to California.

Une demeure de nouveaux riches au fin fond du Gard. Papier peint cheapo-baroque, fauteuils pop : Valérie Damidot, sors d’ici tout de suite. Une tente, un hamac et un terrain de tennis. Une piscine à l’eau verdâtre, encerclée par des chaises-longues et la nature. Oh oui, la nature, le grand air, les feuilles mortes, les insectes. Et cette petite table bancale dans le jardin. Bancal, c’est le mot.

Interlude avec Jasmine Arabia qu’on aimerait voir plus souvent

Le décor est planté.

Action : un coup de hachoir dans la viande rouge. Dans la chair. Dégoulinante. L’inspecteur cuisine ses suspects tout en épluchant des pommes de terre. Quand Joël Robuchon rencontre Agatha Christie, ça fait des étincelles. John B. Root étale sa verve métaphorique dès l’introduction. Il essaie de susciter un désir morbide avec cet entrelacs de fluides. Et ces interludes culinaires qui aboutiront au remake de la Cène version Un dîner presque parfait, ces dégustations de fromage et de tapenade cadencent ce huis clos porno, bavard et longuet, aux faux airs de Cluedo.

Donc ouais, un polar, un polhard. Le Colonel Moutarde conte fleurette à Mademoiselle Rose dans la salle à manger. Un polar déguisé en film d’auteur plutôt. John B. Root parle d’une œuvre « personnelle ». C’est vrai qu’il met en abyme son syndrome de la page blanche. Le mystérieux producteur hollywoodien d’Arthur devenant ainsi l’allégorie de Canal +. C’est vrai que, planqué derrière ce personnage de scénariste, il dévoile sa névrose freudienne à un psy (Christophe Bier) factice et stéréotypé : voix caverneuse, idées préconçues. La thérapie par la création. C’est vrai aussi qu’il propose une interprétation très… pertinente ? expérimentale ? grotesque ?… du mythe d’Eros et Thanatos. Ce pseudo message philosophique évacué, il ne reste qu’un objet creux, pas plus mainstream qu’intello. En effet, raconter l’histoire d’un auteur qui sèche quand soi-même on sèche, sonne comme une splendide solution de facilité.

Nikita Bellucci, Pauline Cooper & Charlotte de Castille

Et la baise, dans tout ça ? Bah on reste dans le porno chamallow. Sucré, sympathique comme un dimanche en famille, un peu mou. Dix scènes de cul très courtes. Aucune tension. Et encore cette ambiance Cap d’Agde : on #partage tout, mais au final on se fait chier. Une seule scène sort du lot car moins théâtrale, plus moderne, montage tac-tac-tac, musique rock (trop) forte : celle où Francis (Michael Cherrito), l’employé de maison, et Belle (Coco Charnelle), une auto-stoppeuse impétueuse, redécouvrent les plaisirs de la balançoire. Un hommage à La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix, peut-être.

Le reste du temps, je n’ai pas tout à fait envie de me toucher. Pas tout à fait, non. Ni devant les filles surmaquillées aux fesses boutonneuses, présentées comme de pauvres cruches qui enquillent les pénétrations anales sans sourciller. Ni devant la mise en scène du sexe, peinarde, désuette, banale. Ni devant les mecs caricaturaux aux tatoos Titi. Ni devant l’esthétique crapoteuse. Pas de méprise, hein, une image abîmée peut avoir beaucoup de charme (le porno amateur et le cinéma [souvent agaçant] de la Nouvelle Vague l’ont démontré). Ici je ne comprends pas. D’autant plus que John B. Root, qui est bien loin de débuter, avait une caméra Sony F3 et de supers optiques à sa disposition. Les panoramiques dont il semble raffoler sont hésitants, saccadés, la moitié des séquences cramées, la texture trop lisse (type Plus belle la vie), la musique mal mixée. Des erreurs d’étudiant pas toujours liées à la faible économie.

Ok, le planning et le budget étaient ric-rac ; l’équipe réduite a travaillé sans rémunération, pour l’amour de l’art et l’esprit colonie de vacances. OK, L’INDUSTRIE DU X EST EN DANGER. John B. Root l’a bien rappelé dans son oraison funèbre à l’issue du film, faisant débander les rares sensibles. Ok.

Phil Hollyday, like a boss

Là, il y a deux options. La première : pleurnicher. La seconde : foncer à la salle de réception où s’impatientent champagne, verrines alambiquées et exhibitionnistes. Hum hum…

Photos par © Florian Delhomme

39 commentaires

  • Wowowo comment tu parles de PBLV là ?!

  • C’est sans concession, ça change, et c’est pas plus mal.

  • Le cocktail était de toute beauté.

  • Le truc c’est que B.Root est plus habitué a tourné du gonzo dans un studio que du faire des mise en scène de cinéma de fou, donc je suis pas étonné que le résultat n’est pas a la hauteur.
    Après évidement on va dire que c’est la dèche et que le budget est pas là, etc., mais de mon point de vue, le pb de B.Root c’est qu’en dehors de sa promo interne sur le net, c’est qu’il a toujours un peut trop fonctionné a l’ancienne et boycotté les webmasters du biz adulte (tout du moins en France)qui auraient pu promouvoir beaucoup plus ses prods, et donc aurait pu potentiellement lui générer du cashflow pour faire des prod à plus grand budget… Mais comme il ne la pas fait, et que les tubes son arrivé depuis, et bien on en est là… un film entre amis au camping?

  • Projection du film au cinéma Nouveau Latina avec Panic ! Cinéma, le samedi 18 février en présence de l’équipe du film. Comme ça vous pourrez vous faire une idée. Sinon c’est le film de canal du mois de mars, pour ceux qui auraient encore un décodeur ou habiteraient chez leurs parents.

  • En ce qui me concerne, ce film m’a bluffé à plus d’un titre. Pour faire rapide, même John B. Root qui fait figure de dernier des Mohicans dans la sphère du cinéma porno français se cantonnait gentiment à faire du travail propre dans ses dernières productions un peu ambitieuses. Les codes ne sont pas bousculés, le cocotier n’est pas secoué, « Montre-moi du rose !! » est l’exemple même du travail très joli et bien emballé qui n’a rien de révolutionnaire…
    Dans « Mangez-moi », le propos et une sensibilité exacerbée dégoulinent de chaque personnage, les scènes hard créent un vrai rythme dans la narration principalement constituée de montages alternés dans lesquels se créent des accords souterrains entre des personnages n’ayant, en surface, rien en commun.
    Un nuage noir plombe le tableau du début à la fin et tire lesdites scènes vers un goût inattendu…
    Des comédiens sont employés pour des rôles non-hard dont le discours de fond ne saurait se passer (Christophe Bier qui nous fait un véritable numéro à la Udo Kier bien senti !) – ce qu’on ne voit plus guère depuis des lustres. Et puisqu’on en parle, je n’ai pas souvenir d’avoir vu depuis des lustres non plus une telle direction d’acteurs dans un porno : on commence à savoir que Phil Holiday bouffe la péloche avec son naturel et sa gestuelle ; mais ici même Mike Angelo et Michael Cheritto – « performers » que l’on ne connaît guère emballés par les scènes de comédie habituellement – sont excellents, et des actrices comme Liza Del Sierra ou Jasmine Arabia irradient littéralement.
    Je suis arrivé à la fin du film en me disant que je venais de voir à peine vingt minutes de métrage, tant j’ai trouvé paradoxalement trépidants ces portraits de personnages qu’enchaîne pourtant le scénario avec une certaine culture du statique…
    Alors oui, le final de l’enquête tombe relativement à plat. Je ne peux que trouver surprenant ce fin limier qui baisse finalement les bras, de même que la banalité incongrue (on me passera le presque-oxymore) de cette « mort » d’Elena. Bah… Je m’en fous !
    L’important pour moi, ce qui m’est précieux à la fin de la séance quand les lumières se rallument, c’est de conserver dans ma mémoire un certain nombre d’instants de grâce, une impression de beauté évanescente purement liée à la découverte et à l’observation de ces quelques figures paumées dans la campagne, réunies par un flic à ce point sympathique qu’il préférera ne pas briser le charme et laisser s’évaporer le mystère… Avec en point d’orgue cette « cène » détournée.
    La cène… B. Root m’avait déjà fait le coup à la fin de son meilleur film « inkorrekt(e)s ». J’en avais eu le même goût amer et suave à la fois dans la bouche. Comme par hasard, cette image iconique fait se répondre les deux films les plus originaux et subversifs de leur auteur vis-à-vis du genre qu’il aborde. Les comparaisons sont nombreuses…
    Fan inconditionnel de son « inkorrekt(e)s », je ne peux qu’aimer passionnément le « Mangez-moi » de John B. Root, véritable « côté face » de son prédécesseur.

  • Un mot juste pour le lieu et ses adorables proprios acceptant de recevoir un tournage porno ds leurs vieilles pierres.
    Cette maison du Gard est magnifique.
    Bien loin du complet stéréotype dont parle la grande…

    Merci à eux !

  • « Et puisqu’on en parle, je n’ai pas souvenir d’avoir vu depuis des lustres non plus une telle direction d’acteurs dans un porno : on commence à savoir que Phil Holiday bouffe la péloche avec son naturel et sa gestuelle ; mais ici même Mike Angelo et Michael Cheritto – « performers » que l’on ne connaît guère emballés par les scènes de comédie habituellement – sont excellents »

    Pas mieux…

  • Arf, faudrait que la demoiselle Lula arrête de se regarder écrire. Je ne prétends en aucune façon avoir tourné un chef d’oeuvre, mais j’ai fait de mon mieux, avec honnêteté et plaisir. Et cette façon immodeste et narcissique qu’a l’auteur de ce papier de se poser en s’opposant me parait bien puérile…

    • Cher Monsieur, loin de moi l’idée de remettre en cause votre honnêteté et votre passion. Il y a en effet des qualités dans votre film, mais qui n’ont pas suffit à me séduire. J’ai d’ailleurs étayé mon discours avec de réels arguments.
      Quand on réalise un film et qu’en outre on veut adopter une démarche novatrice, on s’expose naturellement à la critique. En tout cas, je suis ravie que ce sujet suscite un tel débat dans le Tag Parfait. Pas vous ?

      • Moi? Non, je m’en fous à vrai dire. C’est votre manque d’humilité qui m’attriste. Et vos à peu-près rhétoriques. « Piscine glauque »? « Pauvres cruches »? « Esthétique crapoteuse »? J’ai passé six mois de ma vie à faire ce petit film, j’aurais trouvé aimable que vous passiez plus d’un quart d’heure à en rendre compte et que votre motivation, en écrivant ce brouillon de critique, ne soit pas uniquement de prouver au monde ébahi comme vous maniez bien le cynisme et l’ironie.

  • GrosMikko…? C’est qui, ça ? :) Je rêve. Mais vous êtes qui, les enfants? Vous vous prenez pour qui ? Vous avez fait quoi dans votre vie qui vous autorise à déblatérer et à vous poser en juges tout-puissants du boulot des autres ? Montrez-nous des trucs. Epatez-nous.

  • Aux vues de votre réponse rageuse, je pense que vous n’avez absolument pas saisi la teneur de ma remarque précédente. Je me faisais seulement le miroir du cynisme dont vous faisiez part.

    Loin de moi l’idée de qualifier votre travail de « brouillon » si c’est ça qui vous a piqué au vif.

    Personnellement je n’ai pas aimé votre film mais je n’ose plus vraiment le dire car visiblement nous n’avons pas le droit de citer ni même d’exprimer une opinion allant à contre-courant.

  • John B.Rooo et le meilleur scénariste/metteur en scène du porno actuel :)
    Un talent de folie!!!

  • Restons-en là. C’est stérile. Bougez votre cul et faites avancer le genre au lieu d’être les chiens qui mordent les pattes de ceux qui avancent. Point.

    • Certes, il y a ceux qui avancent… Mais sauf votre respect, mais tout le monde n’approuve pas forcément ce mythe qui veut « qu’un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche »… (vous n’êtes pas le con de l’affaire, évidemment)

    • Si je peux me permettre d’intervenir, c’est en cours, et on prendra la critique en pleine face si il le faut, en temps voulu.

      Après, nous sommes un site internet, pas une boite de prod, des spectateurs/consommateurs et non des personnes du milieu. Et il me semble qu’il y a essentiellement des articles positifs sur le porno ici qui donnent envie d’aimer le porno que l’inverse, encore faudrait-il se pencher dessus au lieu de se braquer. J’aimerais, et nos lecteurs aimeraient j’en suis sûr, vous voir intervenir sous d’autres articles à part ceux où vous êtes mentionné. On pourrait peut-être avancer et discuter au lieu de s’enfermer dans la vexation. Si j’ai publié cet article de Lula, c’est que je le trouvais assez juste, même si il était très tranché et assez dur.

      J’invite encore une fois les curieux à se déplacer le samedi 18/02 au Nouveau Latina pour se faire une idée de « Mangez-moi » ou d’allumer Canal + début mars.

  • Les chiens aboient, la caravane se crashe, avec Papy dedans.

    • Désolé. Ce n’était pas une critique. Une critique, c’est construit, justifié, épaulé par une vraie connaissance de l’oeuvre de celui dont on parle. Là, c’était juste le billet d’humeur d’une amatrice de gonzo. Fin de la conversation.

      • Je rigole un peu, c’est un peu comme si un « amateur » n’avait pas le droit de faire une critique sur un film par soit disant manque de connaissance?
        On devrait se fier qu’a HotVideo comme référent dans la « grande connaissance » des œuvres pornographique? On serait bien mal barré…

  • Parce que maintenant il faut avoir une solide culture en production porno pour pouvoir dire « pardon, j’ai pas eu envie de me toucher sur ton film » ?

  • Si un réalisateur de cinéma « traditionnel » réagissait ainsi à une critique, il se décrédibiliserait, je pense.

  • Je me trompe peut-être, Gonzo, mais il me semble que vous n’êtes plus de simples spectateurs-consommateurs…
    Entre autres choses, je vois de la pub, des liens vers des sites pro, sur le Tag Parfait, non ?!

    A quand une critique de Lula sur le Pornochic 20 de VMD par exemple ?

    • Oui vers X-Art ? On aime bien ce qu’ils font. Sinon, on est en régie avec Vice si tu veux tout savoir http://www.vice.com/fr/advice, à court terme y’aura même plus d’affiliation avec X-Art. Ça va changer quoi une mauvaise critique pour « Mangez-moi » ? La projo avec Panic Cinema sera blindé comme d’hab, je doute que les spectateurs du premier samedi du mois ou les lecteurs de Hot soient nos lecteurs. C’est juste une critique, et vous êtes vexé, faut s’en remettre. Mais au lieu de se braquer, et tout rejeter en bloc, ça serait peut-être plus interessant de soulever quelques points car on n’est pas les seuls non plus : http://twitter.com/JeanJacky/status/160010680378998784

  • J’ai pris la critique de Lula telle qu’elle est. Ne relevant que ce qui n’a pas trait à son opinion mais bien à sa méconnaissance du terrain et de la villa en question… Le reste, tu peux noter que je n’ai rien dit.
    Ce qui m’ennuie par contre, et je l’ai déjà dit ici ou sur FB, c’est le côté partisan, partial, non pas de la critique de Lula (puisqu’elle est parfaitement dans son rôle) – qu’on se comprenne bien – mais de l’ensemble du site. Le tout sous couvert de n’être que de simples spectateurs-consommateurs, alors que ça n’est pas le cas, vous n’êtes pas que ça. C’est tout.

    • Partisan ? Partisan de quoi et de qui ?

    • D’un autre côté, c’est depuis qu’il veut se prétendre impartial que le journalisme ne parle plus de rien d’intéressant. (et je fais pas du tout référence à quoi que ce soit de lié au porno, là)

      Les gens ont le droit d’avoir un avis et de l’afficher publiquement, et de prendre parti.

      Parler sans prendre parti, c’est quand même vachement inutile non ?

  • John a donné son avis, il me semble que les commentaires sont faits pour ça.
    Pour ma part, je ne suis pas vexée. J’ai pris cette critique telle quelle, comme une opinion, un avis, une info quoi, je l’ai dit.
    Quant à ce ton que tu emploies avec moi (« faut s’en remettre »), je ne sais pas… Vraiment.

  • Faites la critique de plus de films, français notamment…
    Ca créera une sorte d’ »étalon » au moins.

    • Je traduis pour les lecteurs : critiquer des films de Dorcel. Pourquoi il y en a pas plus ? Parce que personne se force à écrire, et la descente de film ne m’intéresse pas, perso je préfère cent fois plus parler de ce qui m’éclate que l’inverse. Et non les films de Dorcel ne m’éclatent pas, je l’ai suffisamment écrit il me semble.

  • encore, encore !!!
    Je sens que ça vient… ;)

  • Très jolies photos, vraiment. Chapeau l’artiste.

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